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White Zombie

15 mai 2011

Réalisé en 1932 par Victor Halperin, produit en indépendant par lui même et son frère Edward, White Zombie eu l’insigne honneur d’être le premier film de zombie de l’histoire. Très loin des débordements sanguinaires qui marqueront le genre quelques décennies plus tard, Halperin emploie l’imagerie liée au folklore attaché au Vaudou et situe l’action de son film en Haïti ou se rendent Neil et Madeleine pour y voir Beaumont, un ami qui s’éprend de la jeune femme qui repousse aussitôt ces avances. Dépité, Beaumont se rend chez Legendre, un planteur jadis élève d’un bokor, qui reçoit la demande du jeune homme de transformer provisoirement Madeleine en zombie, de sorte que Neil, la croyant morte, retourne aux U.S.A. Legendre accepte mais avec de sombres arrières pensées, ayant lui aussi des vues sur Madeleine et sur les propriétés de Beaumont, qui sans le vouloir vient de mettre en marche des forces qui vont le détruire. Aujourd’hui encore, et malgré ces évidentes qualités, le métrage de Victor Halperin continue d’être pris pour un gros nanar ennuyeux a peine digne de figurer, si ce n’est pour des motifs purement historiques, aux cotés des grandes réussites du genre de l’âge d’or des 30’s.

Sans posséder l’évidence de ces contemporains, le réalisateur modeste qu’est Halperin se montre souvent habile dans ces choix de mise en scènes et distille dès l’arrivé du couple sur l’île une ambiance prenante de menace, notamment pendant la première rencontre du couple avec Legendre (Bela Lugosi), a la croisée d’un carrefour, immobile, fixant Madeleine d’un regard sans équivoque. Accompagnant cette scène d’un effet en fondu enchainé du regard de Lugosi sur la calèche, idée reprise par Coppola pour son Dracula, Halperin construit de manière adroite une ambiance lugubre sur une imagerie fantastique en totale résonance avec un sous texte fortement sexué (pour l’époque) qui sera la marque de White Zombie. A l’instar de The Black Cat (1934) d’Edgar G. Ulmer, la motivation des personnages est centrée autour de la possession d’un femme, victime de l’irrépressible désir qu’elle suscite, transportant le film d’Halperin dans un climat diffus de perversion. Pur film d’atmosphère, White Zombie tire sa force des choix esthétiques d’Halperin dans son illustration du scénario, somme toute très classique de Garnett Weston, et de son habile utilisation des décors récupérés sur Dracula ou Frankenstein. Après une introduction classique des personnages principaux, le film « décolle » pendant la visite de l’étrange sucrerie de Legendre, se servant de zombies comme « masse ouvrière » pour le fonctionnement de son usine. Halperin décrit le broyeur de canne a sucre, un mécanisme a deux étages actionné a sa base par des malheureux condamnés a faire tourner le broyeur jusqu’à la mort et alimenté par d’autres zombies qui jettent la canne dans l’énorme entonnoir qui se trouve au second étage. Beaumont assiste a la chute d’un des porteurs dans l’entonnoir; sans un cri de sa part, il sera broyé par les pals de l’hélice actionnés par les zombies, qui continuent inlassablement de faire tourner le mécanisme de l’engin. Si le hors champs a son importance dans cette scène, l’utilisation du son ou de la photo y sont primordiales. Rythmé par le sourd et lancinant grincements de l’engin, unique présence sonore, cette scène littéralement infernal est éclairé par un superbe clair obscur qui en renforce l’atmosphère ténébreuse et oppressante. Autres passages marquant sont celui ou Beaumont prend conscience de l’erreur tragique de sa démarche en voyant Madeleine zombifiée jouer mécaniquement, sans âme, sur un piano, ou celui ou il est lui même transformé en zombie sous le regard amusé du sadique  qu’est Legendre.

Les décors, très caractéristiques du gothique américain de l’époque, participe de l’onirisme ambiant. L’immense maison délabré et rempli d’ombres qu’habite Legendre n’est en rien « réaliste » ou crédible, mais une construction graphique métaphorique de la personnalité de son propriétaire. Le schéma narratif se conforme avec les codes de l’époque, happy end compris, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une allégorie d’un capitalisme anthropophage dont le but final serait moins le fric que la volonté de pouvoir et de domination de l’autre. L’interprétation de Lugosi va dans ce sens, il incarne un être unidimensionnel dans sa malveillance, avec toute la pelleté de grimace et de rictus dont il avait le secret, uniquement motivé par l’assouvissement de sa méchanceté par l’emprise totale qu’il exerce sur ces victimes. On notera que les Halperin Bros réalisèrent Nation Aflame en 1937 – l’adaptation d’une nouvelle de Richard Dixon, auteur raciste de The Clansman, roman à la base de Naissance d’une Nation – que je n’ai pas eu l’occasion de voir mais qui, selon plusieurs commentaires piochés sur la toile, tout en étant une adaptation fidèle aux écrits de Dixon en inverse le propos pour en faire une œuvre anti-raciste dénonçant la corruption des membres des milices d’extrêmes droites, ce qui semblerais valider pour White Zombie l’idée d’un fantastique poétique aux résonances sociales discrètes mais bien réelles, ce dont se souviendra John Gilling en réalisant quelques décennies plus tard l’Invasion des Morts Vivants pour le compte de la Hammer, qui par l’emprunt de nombreux thèmes en constitue un quasi-remake. Si aujourd’hui le look des zombies et le jeu savoureusement outrancier de Lugosi peuvent prêter a sourire, White Zombie conserve le charme authentique de la naïveté des films de cette époque et reste une des œuvres fantastiques importante des 30’s. Une petite perle pour toutes personnes cherchant dans le ciné fantastique cette poétique de l’image qui semble avoir aujourd’hui complètement disparu.

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