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Darkman

25 mai 2009

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de Sam Raimi. USA/1990.

C’est après Evil Dead 2 que Sam Raimi s’attelle a la réalisation de Darkman. Pour Raimi une constatation s’impose; la suite de son mythique film d’horreur, reprenant toutes les caractéristiques de son modèle, a explosé les frontières de son style et reculé ces limites stylistique dans une démentiel apothéose graphique. Darkman doit sa mise en œuvre a une volonté de Raimi de raconter une histoire, non seulement par le billet de sa très volubile caméra mais cette fois en contant sur des personnages doués d’une véritable personnalité, de pouvoir compter sur des acteurs investis par leur rôles. Également conscient qu’aussi virtuose soit il, il n’attendra jamais le cœur du grand publique – peut réceptif aux outrances visuels du petit génie en costard – Raimi décide de calmer ces ardeurs, maîtrisant sa caméra, de s’essayer a un style plus posé. Bref Raimi veut de l’émotion et une plus grande reconnaissance, sinon critique, au moins publique. Darkman est en outre une première puisqu’il s’agit de sa première expérience dans le cadre d’un film de studio – la Universal – et constitue donc a bien des égares un film pivot dans sa carrière. Peyton Westlake est un chercheur travaillant sur une peau de synthèse dont le défaut est de se désagréger au bout de 99 minutes. Julie, sa fiancée, travaille pour le procureur sur une affaire de pots de vin auxquels semble mêlés un milliardaire et un gangster de sinistre réputation, Durand. Une nuit, alors que Peyton découvre enfin la faiblesse de sa peau synthétique – une exposition prolongé a la lumière – Durand débarque et détruit le laboratoire. Peyton, que tout le monde crois mort, a survécu. Horriblement défiguré et doué d’une force surhumaine, il décide de se venger en utilisant son invention.

18906218_w434_h_q80C’est sur une trame simple – qui fut néanmoins l’œuvre de 5 scénaristes – que repose Darkman, une intrigue qui remet en avant les thèmes autrefois utilisées par les productions de la Universal pendant les années 30, Darkman évoquant les monstres pathétiques de cette périodes par le billet de références visuelles ou sémantiques. L’apparence et le parcourt de Peyton ont souvent value a Darkman de nombreux commentaires sur sa ressemblance avec Le Fantôme de l’Opéra, avec lequel il entretient effectivement de nombreux points communs, mais il semble judicieux de signaler que Darkman évoque également d’autres figures de la culture populaire, qu’elles soit fantastique ou non. Son apparence et ces origines en font une sorte de relecture « positive » de l’Homme au Masque de Cire d’André de Toth (House of Wax/1953, lui même remake de Masques de Cire de Michael Curtiz, réalisé en 1932), l’histoire d’un sculpteur défiguré se servant de masques en cire pour cacher son visage défiguré et accomplir sa vengeance. On peut également y percevoir un parallèle avec l’Homme Invisible de James Whale, qui sitôt débarrassé de ces bandages devient invisible, de même que Peyton qui se cache derrière les masques de ces ennemis. L’histoire d’amour développe quand a elle une affiliation certaine avec le mythe de la Belle & la Bête, voir avec Le Bossu de Notre Dame par sa tragique impossibilité. En poussant un peu plus loin on pourrait même voir une vague ressemblance graphique avec The Shadow, ce  qui pousse le héros du film de Raimi dans l’univers des justiciers masqués et de la bande dessiné US. Grand fans de comic books Raimi a affublé son héros d’un grand manteau, le situant dans la ligné (lointaine) de Batman en surlignant l’aspect dramatique du personnage. On peut également remarquer que les origines du Darkman contiennent quelques similitudes avec le Swamp Thing de Bernie Wrightson et Len Wein.

Panorama

The Phantom of the Opera (1925), l’Homme Invisible (1933), House of Wax (1953) & Darkman.

18906219Du comics, Darkman a conservé la construction mythologique de son héros et une galerie de méchants particulièrement folklorique, en haut de laquelle trône Durand,  un tueur sadique collectionnant les doigts de ces victimes, interprété par une pure tronche dont ce fut la mémorable heure de gloire : Larry Drake (« une tête de Bulldog sur un corps de Bulldozer » dixit Raimi). Darkman fut reconnu dès sa sortie comme un authentique comic-book movie, au même titre que Robocop – avec qui il partage quelques points commun – ou Terminator, bien plus que les adaptations officielles se résumant a l’époque au Punisher, Les Tortues Ninja, la grosse baudruche de Tim Burton ou Dick Tracy (film sympathique mais paralysé par le statisme de son concept) qui n’avaient pas franchement soulevés l’enthousiasme des fans par leurs qualités d’adaptations et/ou pour leurs qualités cinématographique. Si Sam Raimi ne trouve pas l’équilibre et la fluidité qu’il atteindra sur la trilogie des Spiderman, Darkman reste 19 ans après sa réalisation une des œuvres les plus attachantes de son réalisateur. Son style très caractéristique qui donnait a ces précédentes réalisation un aspect comics évident – comment ne pas voir l’influence des Tales From the Crypt ou The vault of Horror dans les Evil Dead ou celle de Tex Avery et Chuck Jones dans Mort sur le Grill – fait des merveilles et pâlît au manques évidents d’un scénario superficiel rendant Darkman bancal malgré toute ces qualités. Ce n’est pas par les dialogues ou les situations que Raimi impose les enjeux de son récit mais bien aux travers de pure moment de réalisation. Si le gunfight qui ouvre le film n’est ce qu’on a vu de mieux dans le genre, la destruction de Peyton, les hallucinations qui annoncent ces crises de colères – dont certains plans seront repris pour le premier Spiderman – le meurtre  du voyou joué par Ted Raimi, l’excellente poursuite final ou le Darkman est suspendu a un câble suspendu a un hélicoptère avec a son bord Durand qui essaie par n’importe quel moyen de s’en débarrasser – une idée qui servira d’inspiration pour une scène identique dans Matrix – ou la fin situé sur les échafaudages d’un gratte ciel sont toute des scènes blindées d’idées visuelles complètement démentes.

Panorama&

Mais ces idées ne font pas seulement merveille pendant les scènes d’actions. Le plan en fondu enchainé qui voit Julie assister a l’explosion de laboratoire de Peyton pour lentement se transformer en veuve est une des plus belles idée de Raimi est jamais eu, il met en évidence la dramatique de la situation en un seul plan là ou d’autres  en auraient fait des caisses dans le registre du larmoyant, de même que la plupart des scènes intimistes sonnent juste et font preuves d’une excellente direction d’acteurs. Raimi – armé d’un petit budget de 8 M$ – se rapproprie le langage gothique de ces références de base et le réadapte au standard de l’époque (les rues noyées sous la pluie, le repaire de Darkman ou la fête foraine et son monstre, tout droit sorti du Freaks de Tod Browning), tout comme le thème de la dualité de la monstruosité, physique chez Darkman,  intérieur chez  Louis Strack Jr, le promoteur véreux a l’origine de la mutilation de Peyton qui, malgré son statut de héros romantique, est néanmoins gagné par le gout de la vengeance, et par la même abandonne son ancienne identité pour pleinement assumer  la nouvelle (par un ultime plan franchement réjouissant). Malgré les quelques scories qui entache son métrage, Raimi signe une œuvre adulte et noire et gagne ces galons de réalisateur de studio sans y perdre son âme. On saluera au passage le superbe maquillage de Tony Gardner qui n’handicape pas le jeu de Liam Neeson tout en évitant une ressemblance, même lointaine, avec Freddy Krueger, le score discret et très caractéristique de Danny Elfman et la belle photo de Bill Pope, depuis devenu le chef op attitré de Raimi sur quasiment toutes ces réalisations. Raimi n’allait par la suite pas se priver de puiser dans Darkman dont il reprendra quelques idées dans le deuxième et troisième épisodes de Spiderman (le repaire du Docteur Octopus et le final du 3 dans l’immeuble en construction). De film multi-référentiel, Darkman est aujourd’hui une œuvre de référence et le manifeste comic-book d’un réalisateur de génie en pleine mutation.

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6 commentaires leave one →
  1. Cfury permalink
    26 mai 2009 18:34

    « (…) En poussant un peu plus loin on pourrait même voir une vague ressemblance graphique avec The Shadow(…) »
    Putain mais ouais quoi, Raimi sur The Shadow ça aurait été géant!o_O

    Et en lisant l’article il apparaît que c’est bien et seulement Sam raimi qui aura offert à la Universal le plus bel hommage contemporain aux films de monstres de ce studio.

  2. ygrael permalink*
    27 mai 2009 14:50

    Ben en fait j’ai cité The Shadow en ayant ça en tête (daté de fin 2007) :

    « Asked about The Shadow, Columbia Pictures’ adaptation of the legendary 1930s pulp hero, Raimi added, « I don’t have any news on ‘The Shadow’ at this time, except that the company that I have with Josh Donen, my producing partner, we’ve got the rights to ‘The Shadow.’ I love the character very much and we’re trying to work on a story that’ll do justice to the character. »

    Mais depuis il n’y a pas eu d’autres nouvelles de ce projet. Peut être après Spidey 4, qui sait ?

  3. Hutch permalink
    27 mai 2009 15:33

    Je crois que Raimi avait postulé aussi pour la reprise de Batman après le départ de Burton.
    Heureusement, on a eu droit à Joel…

  4. ygrael permalink*
    27 mai 2009 18:55

    A’u’ Hutch😉

    Effectivement, ça aurait été dommage de voir Raimi stopper net le projet de cinéma homofluo de Schumi…

    (Je connaissais pas cette anecdote, putain, Batman par Raimi… o_O)

  5. my_shell permalink
    16 février 2010 18:26

    Bonjour, je n’est pas vus le film mais juste pour dire que l’affiche me fait penser à «The Spirit»

Trackbacks

  1. 33e PCJ. La Harpe de Birmanie de Kon Ichikawa (Japon/1956) et Darkman de Sam Raimi (USA/1990) «

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