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L’Enfer est à lui

6 mai 2009

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White Heat de Raoul Walsh. USA/1949.

annex-cagney-james-white-heat_01L’Enfer est a lui est un des grands chefs-d’œuvre des carrières de James Cagney et Raoul Walsh. En cette fin des 40’s la carrière de Cagney marque un retrait après avoir brillé au plus haut du statut de star hollywoodienne en ayant décroché un oscar pour son rôle dans La Glorieuse Parade (Yankee Doodle Dandy/1942) de Michael Curtiz. L’acteur d’origine irlandaise est devenu célèbre au début des 30’s pour le rôle de Tom Powers dans l’Ennemi Public (The Public Enemy/1931), le gangster teigneux et l’anti-héros du chef d’œuvre de William Wellman qui ouvrit – avec Scarface de Hawks (1932) et Little Caesar de Merwin Le Roy (1931) – le mythique cycle gangster des 30’s. Puis il enchaine les films avec plus ou moins de bonheur, qu’ils soit gangster – Les Anges aux figures sales (Angels with Dirty Faces/1938) de M. Curtiz, Les Fantastiques Années 20 de Walsh (The Roaring Twenties/1939) – ou flic – ‘G’Men de William Keighley – ne faisant finalement pas de différences, Cagney était devenu archétype du « Tough Guy », du dur a cuir impulsif et violent qui, tout en alternant avec des comédies, atteindra finalement le point culminant de sa carrière avec la comédie musical de Curtiz white-heat_011qui mettait en valeur les talents de danseur de Cagney. Après cette consécration Cagney veut plus de liberté et profite de sa fin de contrat avec la Warner pour devenir producteur mais sans grand succès, sa carrière en est au point mort. Ce qui n’est pas le cas de Walsh qui, non content d’enchainer les contrats depuis le début des 30’s, vient de tourner une épatante série de films avec Errol Flynn – entre autres La Charge Fantastique (1941), Gentleman Jim (1942), Aventures en Birmanie (1945) ou La Rivière d’Argent (1948) – qui ont quasiment tous remporté un franc succès. Walsh et Cagney se connaissent puisqu’ils ont déjà eu l’occasion de travailler ensemble notamment sur The Strawberry Blonde (1941), une comédie avec Olivia de Havilland et Rita Hayworth, et surtout Les fantastiques Années 20; une fabuleuse épopée racontant l’ascension puis la chute d’un gangster et qui marquait la fin du cycle consacré a cette figure mythique du cinéma américain, une fin que Walsh entérinera deux ans plus tard avec La Grande Évasion (High Sierra/1941) dans lequel Humphrey Bogart interprète un ancien gangster sortant de prison, confronté a une société dans lequel il n’est qu’un paria et le milieu qui ne voit  en lui qu’une vieillerie conduite par des codes dépassés. Cagney tombe sur le scénario de L’Enfer est a lui écrit par Ivan Goff et Ben Roberts, d’après un livre de Virginia Kellogg qui avait déjà inspirée T Men d’Anthony Mann.

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white-heat_04Voyant immédiatement avec le personnage de Cody Jarett le moyen de renouer avec le succès d’antan, Cagney suggère d’en modifier quelques éléments en s’inspirant des relations incestueuses qu’entretenaient Kate « Ma » Barker avec ces fils*, collant ainsi avec la vague de films a tendances psychanalytique qui fleurissaient sur les écrans de cette époque. Une époque qui voyait également le grand retour du gangster, après quelques années d’absence , dans un contexte particulièrement troublé. Si la seconde guerre mondial avait vu l’apparition du Film Noir et de son icône principal – le détective – les criminels n’allaient pas tarder a faire leurs grand retour dans de nombreux films de casse ou de prison. Le tout sur fond de guerre froide, de chasses au sorcières, de délations, de paranoïa anti-communistes et du tolet venant d’une partie conservatrice de l’opinion voyant d’un très mauvaise œil le retour de ces personnages, si éloignés des valeurs morales et patriotiques d’une Amérique en guerre contre les communistes et peu enclin a jeter un regard sur les ennemis de l’intérieur. D’une manière ironique, c’est une nouvelle fois Walsh qui définira la tendance avec La Grande Évasion. Après ce film, le gangster ne sera plus jamais maitre de son destin mais un personnage troublé et constamment ballonné par des forces qui lui échappent. Que ces forces représentent un syndicat tout puissant,  les forces de l’ordre, le destin ou – comme c’est le cas dans l’Enfer est a lui – une névrose ou une pathologie n’a finalement pas grand importance, le gangster venait de faire son entrée dans l’univers particulièrement trouble et plein d’incertitudes du Film Noir. L’Enfer est a lui annonçait les biopics brutaux de gangsters de la fin des 50’s (l’Ennemi Publique de Don Siegel, Mort d’un Caïd de Budd Boetticher ou Mitraillette Kelly de Roger Corman) et Cody Jarett – avec le Tommy Udo du Carrefour de la mort d’Henry Hathaway – les criminels psychotiques qui allaient bientôt étendre le concept d’anti-héros a la fin des 50’s/début des 60’s.

* Kate Barker, surnommée Ma Barker et née Arizona Donnie Barker, était une criminelle à la tête d’un gang composé de ses fils et spécialisé dans le rapt, le vol de banque et la grande criminalité dans les années 20. Ces « exploits » ont entre autres inspirés Robert Aldrich et Roger Corman pour Pas d’Orchidée pour Miss Blandish (The Grissom Gang/1971) et Bloody Mama (1970).

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white-heat_08Cody Jarett et sa mère sont a la tête d’une bande de hors la loi poursuivit par le FBI pour le vol d’une très grosse somme commis après le piratage d’un train. Se sachant traqué et pour éviter d’être jugé pour ce crime, Cody se fait arrêter dans un autre état, pour un autre crime. Mais un agent du FBI est envoyé dans la même prison afin de se rapprocher du criminel… Autant commencer par ça, L’Enfer est a Lui n’a rien perdu de sa force et on reste aujourd’hui admiratif devant le souffle qui émane du film de Walsh qui a, dans ces meilleurs films, toujours montré une fascination manifeste pour l’énergie déployé par ces personnages, qu’ils soient bon ou mauvais, et Cody Jarett en est un des meilleurs exemples. Les quelques kilos et les années pris par Cagney depuis Les Fantastiques Années 20 (son dernier rôle de gangster) lui ont octroyés un aspect massif ainsi qu’un rugosité accentuant la dureté de son personnage, un hors-la-loi épileptique et psychopathe entretenant une relation quasi symbiotique avec sa mère. L’interprétation puissante de Cagney reste anthologique dans ce qu’elle traduit de la folie de Jarett, la rendant quasiment palpable en faisant ressortir le danger que représente le criminel. Mais Walsh n’oublie jamais que Cody reste le héros du récit et prend soin de ne pas le rendre forcément antipathique en lui réservant quelques scènes montrant que, si fou soit il, Jarett n’en demeure pas moins humain, presque en opposition a la plate et triste rectitude moral des membres du FBI qui n’intéressent absolument pas Walsh. On pourrait d’ailleurs même voir dans l’Enfer est a lui un détournement des films d’infiltrations – en vogue depuis La Maison de la 92e rue d’Henry Hathaway et censés vanter la qualité des agents gouvernementaux – dans lequel le réalisateur aurait pris un malin plaisir a inverser le statut de héros, le film de Walsh se concentrant largement plus sur Jarett que sur « l’héroïsme » des agents. Cagney fait de Cody Jarett un gros teigneux irascible et méfiant, souvent porté par d’incontrôlables crises de colères mais capables de sentiments humain souvent liés a sa mère – personnage central de l’existence de Cody, faisant passer white-heat_101au plan secondaire sa femme, incarnée par la très gouleyante Virginia Mayo – qu’elle soit a l’écran ou non. A titre d’exemple je citerai celle ou Cody apprend sa mort en prison. Afin de restituer l’impact de la scène, Walsh donne ces indications a Cagney et aux cascadeurs mais sans dire a l’un ce que les autres devaient faire, et inversement. En résulte un moment purement électrisant ou Cagney déambule en assommant chacun des gardiens lui barrant la route tout en continuant a hurler sa douleur, la petite manipulation de Walsh parvenant a crée d’une manière réaliste le chaos mental de Cody. Une scène qui défini assez bien le cinéma ultra dynamique de Walsh dont la modernité croise parfois celle d’un Aldrich, notamment lors d’un final de folie ou Jarett, coincé par les flics sur un énorme réservoir de gaz et comprenant qu’il va mourir, provoque son explosion en hurlant « Made it Ma, top of the World » au milieu des flammes, le fiston rejoignant ainsi sa tendre et chère môman.

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5 commentaires leave one →
  1. Vimaire permalink
    13 mai 2009 13:23

    Une vraie pépite ce film ! La claque que je m’étais pris en le voyant !
    En tout cas très beau texte ( comme d’hab ^^ )

  2. ygrael permalink*
    13 mai 2009 22:32

    Cimer Capitaine😉

  3. 21 juillet 2009 12:57

    Quoi dire d’autre: un film formidable!
    Tout y joue: le noir et blanc, avec sa crudité,par exemple (je ne vois pas ce film en couleurs!): une histoire qui vous donne froid dans le dos, paradoxalement par rapport au titre original: « White Heat », ça signifie « chauffé à blanc » (Le titre français « L’enfer est à lui » est bon lui aussi, mais finalement un peu trop « moral »).
    Une mise en scène soignée dans les moindres détails, par exemple, dans l’attitude et la façon de faire des personnages: avez-vous noté, au passage, que Steve Cochran, avant d’embrasser, Virginia Mayo et que Celle-ci avant d’embrasser James Cagney, crachent leur chewing-gum…

  4. marie3573 permalink
    24 février 2011 13:57

    quelqu’un saurait peut-être m’aider…Je cherche la traduction française officielle de « Top of the World, Ma! »..?

  5. ygrael permalink*
    24 février 2011 21:48

    j’aurais bien du mal a te répondre puisque je n’ai jamais vu ce film autrement qu’en VOSTF (qui ne sont sans doute pas fidèle a la traduction de l’époque), mais peut être que quelqu’un d’autre pourra…

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