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Troupe d’Élite

2 mai 2009

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Tropa de Elite de José Padilha. Brésil/2007.

C’est en 2002 que débarquait sur les écrans une des plus belles mandales de ce début de siècle: La Cité de Dieu. L’électrochoc de Fernando Meirelles immergeait le spectateur dans la misère la plus crasse des tristement célèbres Favelas de Rio pour y raconter l’histoire d’une bande de gamins plongés dans l’enfer de la violence, illustrant le parcourt parallèle de deux adolescents. Le premier tentant de trouver une porte de sortie au triste destin qui semblait l’attendre, l’autre se frayant un chemin a coups de flingues et de meurtres sauvages  vers le trône de caïd suprême des Favelas. La Cité de Dieu était un film constat d’une accablante noirceur décrivant un pays gangrené par une violence quasi institutionnalisée, la misère absolue des classes populaire et la corruption des institutions. La Cité de Dieu, tout en évitait intelligemment la lourdeur moralisatrices des films « a messages » ou des œuvres a fort propos social, se positionnait également comme un pur film de gangster, dans la droite lignée des films de Martin Scorsese dont il retrouvait, avec bonheur, la formidable énergie et la puissance lyrique. Ému par la souffrance et le destin des enfants des Favelas, le bon président Lula, choqué devant tant de misère, se promis d’endiguer le mal rongeant le cœur de son pays et tout le monde d’applaudir devant ces bien belles intentions. 5 ans plus tard un autre film, une autre baffe débarque et impose un constat aussi simple qu’affligeant: rien n’as changé !

bope-logoLe capitaine Nascimento, chef d’une section du BOPE, un troupe d’élite de la police militaire chargée des opérations « spéciales » dans les Favelas, est a bout. Laminé par son quotidien et bientôt père, Nascimento décide de quitter le BOPE mais doit nommer son remplaçant. Son choix se porte sur deux nouvelles recrus;  Neto, une tête brulée animé par une énergie quasi suicidaire et André, un cérébral posé prenant des cours de droits a la fac. Mais avant cela Nascimento doit accomplir une dernière mission: restaurer momentanément le calme dans les Favelas pour la venue du Pape a Rio alors qu’André entretient une relation avec une jeune bourgeoise travaillant dans une OMG installé dans les Favelas; avec l’assentiment du caïd local fournissant la jeune fille et ces amis en drogue. Troupe d’Élite prend le contre h_troupe_elite_101pied de La Cité de Dieu pour finalement raconter la même chose; la perdition ou la contamination de l’homme par la violence. Adapté d’un livre écrit par Luiz Eduardo Soares (un officier du BOPE), le major André Batista et un ancien policier, le capitaine Rodrigo Pimentel, Troupe d’Élite décrit le quotidien de ces flics et la violence de leur environnement de travail. La voix de Nascimento, narrateur omniprésent, ouvre le film et nous introduit dans les Favelas décris comme une zone de combat ou règnent les narcotraficants; des adolescents pour la plupart, muni de véritables armes de guerre. Padilha établit un parallèle entre les trafiquants et les forces de polices, mal payés, sous équipés et complètement dépassés par les évènements; ils sont rapidement supplantés par les hommes du BOPE, ceux de la section commandé par Nascimento qui nous présente froidement la véritable fonction de cette troupe en mettant en avant les deux symboles définissant les hommes du BOPE, l’écusson a tête de mort et les tenues de combats noires.

panorama2Le BOPE, véritable unité de vigilants légales,  se charge du sale boulot et Troupe d’Élite ne nous épargne aucun détails des méthodes employées par les commandos. Les descentes dans la Favelas s’apparentent a d’authentiques plongés dans des zones guerres ou seule prime la loi du plus fort, et pour arriver a ces fins Nascimento et ces hommes n’hésitent pas a utiliser la torture physique et psychologique, y compris sur des ados. Ce qui nous vaut de saisissantes scènes de guérilla urbaine dans lesquelles des bâtiments en ruine ou de simple bouts de ruelle se transforme en véritable champs de bataille, ou des mômes sont étouffés dans leurs propres sangs dans des sac de plastique par les BOPE. Troupe d’Élite dresse un portrait saisissant d’une ville, d’un état et d’un pays en pleine déliquescence mais se garde bien de porter un jugement moral sur les agissements et la pensée de Nascimento, partit en guerre contre les narcos et les ripoux mais dont la vie se retrouve contaminé par la violence de son boulot.  Une des grandes qualités de José Padilha est de n’être jamais placé  sous un angle bassement moralisateur mais sous celui d’une grande honnêteté intellectuel. Lucide, le réalisateur ne cache rien des activités des hommes du BOPE mais n’en fait pas pour autant des monstres assoiffés de sang, mais des hommes plongés dans l’horreur du combat contre des narco-trafiquants, des types borderlines constamment sur le fil du razoir, usés  par leurs jobs et rappelant lointainement leurs collègues de Les Flics ne dorment pas la nuit (The New centurions/1972) de Richard Fleisher, un autre film constat qui prenait lui aussi pour témoins les représentants de l’ordre de l’épuisement d’une société a l’agonie, étranglé par sa criminalité, l’égocentrisme des individus qui la constitue et l’absence des politiques.

panorama2

h_troupe_elite_19Tout comme Nascimento,  Neto et André sont eux aussi témoins de la déchéance de Rio. Neto est une tête brulée confronté a la corruption policière dès sa première mutation au plus petit niveau de l’échelle, ou il est témoin des magouilles de ces supérieurs et de ces collègues. Comprenant que le système est entièrement pourri, Neto va rejoindre le BOPE, ainsi qu’André dont l’histoire est elle très différente. André sort avec Maria, une jeune bourgeoise faisant partis d’une OMG dont l’existence dans la Favelas n’existe que par le seul bon vouloir du caïd local. Maria et ces amis sont non seulement livrés en drogues par les narco mais entretiennent un fort sentiment anti-flics qu’ils manifestent devant André qui a tenu secret son appartenance au corps de police et qui a de plus en plus de mal a supporter l’attitude et les habitudes de consommations des jeunes étudiants qui entretiennent le marché et la positions des trafiquants. A travers ces récits croisés, Padillha multiplie les angles, donne une vue d’ensemble de l’ampleur du problème et cultive une certaine ironie vis a vis d’une jeunesse doré qui tout en stigmatisant les forces de l’ordre pour leurs violence cultivent une vision idéaliste des criminels qui voient leur position conforté par ceux là même qui sont censés aider leurs victimes. Si le parcourt de Neto ne réserve aucune surprise sur la finalité du personnage, celui d’André est nettement plus intéressant. Troupe d’Élite raconte non seulement l’histoire de son narrateur (Nascimento) mais également celui d’un jeune homme, au départ situé sur le chemin de la pensée et qui va peut a peut, et au grès des drames et prises de consciences, prendre le même chemin que celui du capitaine du BOPE. Padillha ne raconte en fait que la triste histoire d’un cercle sans fin, celui d’une violence qui détruits les uns (les étudiants ou Neto qui n’ont jamais vraiment pris conscience du danger) et contamine les autres (André). S’il est un peu moins maitrisé que La Cité de Dieu le métrage de Padilha n’en demeure pas moins redoutablement efficace. Armé d’un solide bagage de documentariste, le réalisateur utilise un style proche du film documentaire tout en utilisant des effets de styles – aller retour dans la narration ou gel d’images – renforçant l’impact du récit et plaçant directement Troupe d’Élite dans la lignée du film de Meirelles. On saluera une direction d’acteurs impeccable et la révélation de Wagner Moura, tout simplement énorme de réalisme dans le rôle de Nascimento. Bref c’est a voir d’urgence parce qu’il est assez rares de voir des œuvres traitant de sujets aussi complexes et sensible avec autant de franchise, sans s’empêtrer dans la mélasse d’un discourt policé et conformiste tout en étant un vrai et putain de film de genre.

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2 commentaires leave one →
  1. 13 mai 2009 08:33

    Tiens c’est marrant tu n’évoques même pas un tit peu la polémique pourrie qui a eu lieu à la sortie du film ?

    (moi j’ai bien aimé aussi sinon)

  2. ygrael permalink*
    13 mai 2009 10:49

    Salut Aurélien ^^

    En fait j’en ai vaguement entendu parler mais sans plus, je suis tombé par hasard sur un joli article du monde écrit par quelqu’un dont c’est, je pense, un peu le métier de se scandaliser. Mais vu que je ne consulte plus rien dans la presse en ce qui concerne le cinoche, je suis un peu largué sur la question !
    Mais ça ne m’étonne pas du tout ce genre de mini scandale. Quand Fleischer a sorti Les Flics ne dorment pas la Nuit, le film c’est fait accueillir en France par des pelletés de merdes pour son soit disant contenu fasciste, simplement parce qu’il ne fait que décrire le malaise des flics. C’est un des trucs qui me fait le plus marrer dans ce pays, c’est la catégorisation simpliste et super paradoxal dans laquelle se fourvoie nos bons élites culturelles: les flics c’est forcement des facho vicieux et brutaux et les gangsters sont violents mais c’est pas leurs fautes (la société, les parents,…). Les mecs sont limites de nourrir une vision romantique des mecs qui vendent de la dope a leurs mômes et de fustiger ceux qui les arrêtes (mais qui sont eux très loin d’être irréprochables hein ;)).

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