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Né pour tuer

27 mars 2009

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Born to Kill de Robert Wise. USA/1947.

Parmi la multitude de thèmes abordés par le film criminel US des années 40/50’s, la sexualité dans ce qu’elle présente de plus sombre (frustration, névrose, manipulation) a sans doute été un des plus représentés. Né pour Tuer a ceci de particulier que contrairement a beaucoup d’œuvres au scénario similaire, il n’établit pas de frontière précise entre la « victime » et le « bourreau » tel qu’on a pu l’admirer dans Assurance sur la Mort de Billy Wilder ou Les Tueurs de Robert Siodmak. Après une rapide présentation des personnages, Né pour Tuer évacue tout le potentiel romantique de son récit en montrant le meurtre sauvage d’un jeune couple par Sam Wild, un sociopathe avide de pouvoir qui trouvera en Claire un parfait alter ego, une femme calculatrice qui, après la découverte des corps, n’appellera pas la police afin d’éviter un scandale qui pourrais remettre en cause son futur mariage avec son riche fiancé. Sans rien savoir l’un de l’autre, Sam et Clair vont se croiser dans le train qui la ramène chez elle. Sam voit parfaitement la femme qu’est en réalité Claire qui, de son coté, n’est pas insenssible au charisme sauvage de l’homme.  En bon arriviste, Sam va s’immicer dans la vie de Claire et épouser sa sœur, une jeune et riche héritière.  Toute la puissance de Né pour Tuer tiens dans ces personnages principaux. Non content de les élever comme les principaux protagonistes de son film, Robert Wise – dont c’est le sixième film en tant que réalisateur – et ces scénaristes ne se plieront pas au standards de l’époque.  Né pour Tuer décrit les agissement de Sam et Claire sans jamais opposer a leurs perversités un ou plusieurs référant moraux, ce qui fit de Né pour Tuer une des cibles favorites de la censure qui le conspua copieusement. On oubliera donc la jeune sœur marié et le fiancé de Claire, personnages inconsistants qui se distinguent par l’absolu fadeur de leurs caractères. Le détective poursuivant Sam est aussi sournois que vénal et ne voit dans cette histoire qu’une bonne occasion de s’en mettre plein les poches en faisant chanter Claire et le « pote » de Sam, interprété par Elisha Cook Jr, n’est rien de plus qu’une petite frappe entretenant une relation ambigu dont les consonances gay et masochiste sont assez évidentes. Avec toute sa clique de personnages dissolus, Né pour Tuer navigue sans cesse sur la frontière séparant la moralité de l’amoralité et sur les codes et limites des films de l’époque.

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Sam Wild est un personnage de pourri authentiquement méchant et jouissant totalement de sa méchanceté. Psychopathe dénué de la moindre once de remord, Sam pourrait être un cousin germain de Stanton le magnifique, incarné par Tyrone Power dans Le Charlatan d’Edmund Goulding, tant ces deux ont en communs d’incarner le mal dans ce qu’il a de plus pur. La partie ou Sam, Lawrence Tierney génial de rapacité, s’invite dans le milieu bourgeois de San Francisco et le conquiert est grandiose de décalage tant l’impression de voir un loup évoluer dans un troupeau de mouton est frappante. Mais Sam trouvera en face de lui Claire, une bourgeoise manipulatrice et vénale se cachant derrière une façade distante mais que l’on devine, en présence de Sam, rongé par une bestialité sous-jacente qui ressort dans quelques passages du film. Les confrontations entres les deux personnages sont jubilatoires et ne laisse aucun doute sur l’étendu du désir qui les habitent, les deux se dévorant du regard et se reluquant des pieds a la tête. Pour incarner un tel couple, il fallait un casting a la hauteur. D’un coté Claire Trevor, oscarisé pour son rôle dans La Chevauchée Fantastique de John Ford, incarne magnifiquement cette mangeuse d’hommes, une femme en quête de stabilité financière mais tenté par la débauche incarné par Sam Wild, joué lui par le génial Lawrence Tierney. Acteur au charisme réellement impressionnant, Tierney c’est auparavant fait connaitre dans le Dilliger de Max Nosseck (1945) et The Devil Thumbs a Ride de Felix E. Feist (1947) dans lesquels son jeu au minimalisme quasi-minéral, d’où semble émaner une violence froide et un cynisme sans limite, a fait merveille. Mais Tierney c’est aussi un personnage de « bad motherfucker » dans la vrai vie, un type qui a collectionné un nombre considérables de gardes a vues pour de multiples raisons (le plus souvent l’alcool et la baston) jusqu’à ce que sa vie publique et ces rôles ne fassent plus qu’un et que sa carrière périclite, pour qu’enfin Tarantino ne lui donne un dernier grand rôle dans Reservoir Dogs dans lequel il interprète le vieux commanditaire. Robert Wise a qui on devait déjà le lugubre The Body Snatcher et l’envoûtant The Curse of the Cat People et a qui on devra par la suite un nombre impressionnant de chef d’œuvres signe ici un de ces meilleurs films. Sa réalisation est sobre, efficace, les travellings y sont rares et soulignent toujours un moment important. Une sobriété qui sait se faire saisissante, notamment pendant le double meurtre qui ouvre le film ou la visite que rend Claire a la vieille fille qui a embauché le privé. Des instants ou la tension, la violence se fait presque palpable. Mais la plus grande réussite de Né pour Tuer c’est, avec son impeccable direction d’acteur, d’avoir réussi a expliciter sans effets surligné la tension sexuelle et la corruption total d’un couple tellement vicelard, donc forcement condamné a l’auto destruction, qu’on les imagineraient volontiers plumer et foutre a poil les personnages les plus tordus du Film Noir.

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