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Baby Cart 3: Dans la terre de l’ombre

10 mars 2009

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Kozure Ôkami: Shinikazeni Mukau Ubaguruma de Kenji Misumi.

Japon/1972.

Avec sa simplicité narrative et sa débauche de férocité sanguinaire, l’Enfant Massacre s’est rapidement élevé comme l’insurpassable monument de violence graphique de la série.  L’énorme succès du film sera immédiatement suivit d’une suite qui, tout en restant dans la continuité thématique des épisodes précédents, prendra une voie différente. Dans cet épisode nous retrouvons Ogami et son fils Daigoro toujours pourchassé par la vindicte du clan Yagyu, mais avec Dans la Terre de l’Ombre Kenji Misumi prend immédiatement le contre pied de l’Enfant Massacre en entamant le récit par une superbe introduction au style contemplatif tranchant radicalement avec celle de son prédécesseur, qui plongeait d’emblée le spectateur dans la barbarie la plus excessive, pour sensiblement montrer la même chose, une nouvelle attaque contre Itto situé dans une forêt de bambous. Mais cette scène a également pour but de tisser les fils d’une intrigue qui servira de moteur a cet épisode en présentant le personnage d’une jeune fille destiné a devenir une prostitué. Les deux premiers opus ayant étaient très largement centré sur la personnalité et les motivations d’Ogami,  Koike densifie a partir de cet épisode les scénarios en faisans intervenir différents personnages souvent extérieurs au conflit opposant Ogami Itto aux Yagyu, a l’instar de Kanbei le ronin, personnage ambigu agissant comme un reflet d’Ogami qui voit dans le jeune samouraï l’homme qu’il fut. Kanbei, incarné par l’excellent Goh Kato, apparait dans une scène situé après l’habituel générique et qui parachève d’accentuer la personnalité de cet épisode.

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Quatre ronins se reposent sous l’ombre d’un abri. Kanbei se tiens a l’écart de ces grossiers compagnons pendant que ceux ci dissertent des avantages de leurs positions social, a savoir de pouvoir profiter en toute impunité de leurs privilèges de porte drapeaux d’un seigneur pour se livrer au viol. Malchanceux, un petit cortège composé de deux femmes, une mère et sa fille, et de leur serviteur passe dans le coin. Les trois ronins passe immédiatement a l’action et violent les deux femmes avant que le serviteur ne les attaques. C’est a ce moment que Kanbei intervient, tue le serviteur, les deux femmes et un des ronins avant de se retrouver face a Ogami Itto. En plus de présenter Kanbei, cette scène poursuit la description entamé par les deux précédents films d’un Japon féodale en pleine déliquescence moral tout en replaçant Ogami et Daigoro dans un univers plus réaliste qu’ils avaient quelques peu quittés dans les circonvolutions surréalistes de l’Enfant Massacre. Avec Dans la Terre de l’Ombre, Misumi poursuit la description d’un monde corrompu et sa déconstruction de la figure du samouraï. Si les Baby Cart ont toujours été irrigués par la veine crépusculaire du western US et celle corrosive et démystificatrice du western italien, cet épisode est celui ou Misumi affiche le plus ces influences et auxquels il rend d’évidents hommages. Dans la Terre de l’Ombre dresse le tableau d’un Japon tourmenté, un pays dont les routes se sont transformés en dépotoir des plus bas instincts et ou les jeunes vierges sont vendu sans ménagement a des maisons closes. Les scènes montrant les deux femmes violées et Omatsu agressée sont d’un réalisme saisissant, contrastant avec la folie de combats toujours plus délirants mais qui vont cette fois ci se faire plus rares. On peut également remarquer que la seule femme ne subissant pas les évènements est le chef d’un gang de yakuzas. A travers ce très beau personnage Misumi et Koike semblent nous dire que dans ce Japon corrompu, la criminalité est pour une femme le seul moyen d’exister, de ne pas subir la violence des hommes mais de la commander.

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Cet épisode se place comme un des plus narrativement dense de la série, sans doute celui ou la complexité psychologique d’Ogami est la plus mise en avant, grâce justement a l’apport d’Omatsu et Kanbei qui vont tout deux renvoyer Ogami a une part de son passé. Mais ce n’est pas seulement dans ces thèmes abordés que Dans la Terre de l’Ombre rencontre l’univers du western italien mais également dans l’action, car si cet opus n’est pas autant fourni que son prédécesseur en charcutage virtuose, Misumi réserve néanmoins quelque morceaux de choix démontrant une volonté de surenchère, rejoignant ainsi la décadence cruel et baroque du western italien. Si Leone a sans aucun doute été l’influence majeur de Misumi sur la série des Baby Cart, c’est aussi du coté de Sergio Corbucci et de son Django qu’il faut chercher la trace. Si le samouraï/garde du corps de la victime désigné d’Ogami est un hommage manifeste aux fameux pistoleros de Cinecittà ou d’Almería, le plus gros reste le fameux berceau, équipé d’une multitude de calibres servant de mitrailleuse, réminiscence évidente du cercueil du célèbre vengeur incarné par Franco Nero, et qui fera des ravages lors de l’anthologique final qui verra Ogami affronter victorieusement une centaine de soldats. Pure scène de folie qui ne fait pas oublier les multiples et délirantes attaques des tueurs envoyés par les Yagyu, assez en retrait dans cette épisode. Mais la violence ne s’étire pas uniquement dans le ludisme de ces scènes d’actions, elle déborde dans de nombreuse scènes et contamine tout le métrage en se présentant sous une forme nettement plus sèche et réaliste, comme celle du viol, celle ou l’on voit Omatsu arrache la langue du yakuza qui tentait de la violer et l’épreuve qu’Ogami devra subir a fin de libérer la jeune femme et contenter les yakuzas, le supplice de l’eau et du bâton.

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Mais c’est le dernier duel qui finira par achever de faire de Dans la Terre de l’Ombre une œuvre crépusculaire sur la fin d’une époque, celle des samouraïs et du Bushido. Si Ogami refuse le duel que lui demande Kanbei lors de leurs premières rencontre et décide finalement de l’affronter, c’est par respect pour le samouraï avec qui il partageait la même vision du devoir. Mais Kanbei est devenue un anachronisme, une relique dans un monde sans valeur moral – Ogami n’est d’ailleurs pas en reste puisqu’il utilise les ruses les plus basses et des armes a feu pour arriver a ces fins – et n’est plus qu’un Ronin en quête de signification et du sens d’une vie dirigé par le Bushido. Kanbei est une figure tragique, impitoyable (l’exécution des deux femmes) et dépassé a l’heure ou les samouraïs utilisent des armes a feu, c’est un personnage suicidaire qui cherche dans l’ancien bourreau une sortie honorable et une réponse a ces questions*. Ogami acceptera le duel comprenant que le jeune samouraï n’as plus sa place dans ce monde et l’exécutera avec tous l’honneur qu’il était du aux personnes de hauts rangs. Une fois de plus Misumi signe un grand Chambara traversé par de nombreux moments de grâce, touchant souvent au sublime. Dès l’intro, Misumi renoue avec une forme de contemplation lyrique, rendant d’autant plus brutal et subit les instants de violence. Avec cette économie de plans et une science du cadrage hors norme, Misumi battit non seulement des scènes d’actions puissamment visuelles – le récit de Kanbei, l’introduction qui voit Ogami tuer des Ninjas dans une forêt de bambous, le combat final que livre Ogami  face a une petite armée ou les duels contre Kanbei – mais aussi de grands moments de poésie filmique tel que la courte scène qui voit Daigoro regarder la pluie tomber, accompagné par le superbe score d’Hideaki Sakurai qui illumine ce film d’une note mélancolique, une œuvre qui se pose comme le dernier épisode d’une trilogie qui a ici fait sa révolution et qui a fait le tour du personnage. Dans la Terre de l’Ombre est le dernier film posant les jalons des codes régissant l’univers des Baby Cart, les épisodes suivants ne feront que les reprendre, sous une forme ou une autre,  sans vraiment en proposer de nouveaux…

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To be continued…

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*La désaturation chromatique  final qui suit la décapitation de Kanbei, et le sourire qu’affiche sa tête, vont dans le sens d’une révélation intérieur final, de l’illumination spirituelle finale d’un homme qui a enfin mis fin a sa quête, une mort « honorable » comme seul but de vie.

2 commentaires leave one →
  1. 13 avril 2009 21:39

    Honte à moi, je n’étais pas encore venu te féliciter pour ce nouvel excellent article sur une série qui ne l’est pas moins.

    Le combat final de cet épisode est absolument dément, et le personnage de Kanbei est peut-être mon « méchant » favori de la saga.
    Je reste toujours étonné que, pour une série de films ayant été tournés très rapidement à la suite, les tons soient aussi différents (comme tu le dis le côté pulp et décomplexé du précédent est légèrement mis de côté).

    Sinon concernant les suivants, je ne sais plus si c’est le quatrième ou le cinquième qui prend le temps de développer la relation père-fils d’Itto et Daigoro, ce qui permet à l’épisode de garder un peu de fraicheur, même si effectivement quasiment tout a été dit dans les trois premiers.

  2. ygrael permalink*
    13 avril 2009 22:10

    Pour Daïgoro c’est un peu des deux, mais c’est surtout le cinquième qui lui laisse le plus d’espace. Ce sont deux passages qui approfondissent la filiation entre père et fils et ou Ogami est en retrait, voir absent. Mais j’aurais l’occas’ d’y revenir plus en détail un peu plus tard.

    Merci pour le compliment, ça fait toujours plaiz’😉

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