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Gran Torino

3 mars 2009

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de Clint Eastwood. USA/2008.

Walt Kowalski est un vieil homme au crépuscule de son existence. Supportant la mort de sa femme, il mesure chaque jour l’échec qu’a été sa vie. Ignoré de ces petits enfants et négligé par des fils opportunistes et vénaux, il vit dans un vieux quartier livré au gangs et déserté par les blancs dont il est le seul représentant. Walt est un vieux raciste aigri qui méprise ces voisins asiatiques et n’as que deux occupations: siffler des bière par caisses entières et s’occuper d’une Ford Gran Torino, souvenir de son passé d’ouvrier sur les chaines de construction de la voiture. Mais cette morne existence va être bouleversée par l’arrivée de Thao, le jeune fils de la famille habitant a coté de chez lui, qu’il sauvera d’un tabassage que s’apprêtait a lui donner un gang de la même ethnie. Walt ne l’a pas fait par grandeur d’âme mais parce que l’événement allait se produire sur sa pelouse. Malgré l’hostilité de Walt a leur égard, le voisinage le considére comme un héros et vient, a sa grande exaspération, lui apporter des présents. Une exaspération doublé par les assauts répétés du père Janovich qui voudrait voir Walt se confesser sur son passé de soldat revenu traumatisé du conflit Coréen et des actes terribles qu’il y a commis. Plus par sens du devoir que par générosité Walt va sauver Sue, la sœur de Thao, d’une agression et va finir par se lié d’amitié avec la jeune fille, son frère et découvrir que ces gens qu’il a si longtemps méprisés ont des valeurs que Walt aurait aimé voir dans sa propre famille. Le vieil homme va prendre sous son aile Thao et commencer son initiation dans la voix de ce qu’est un « vrai homme », mais le gang n’a pas oublié l’affront que lui a fait subir Walt et compte bien se venger.

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Pas vraiment besoins d’être devin pour deviner que Gran Torino occupe déjà une place particulière dans l’œuvre d’Eastwood puisqu’il s’agit, selon ces propres dires, de sa dernière apparition a l’écran. Gran Torino prend le chemin d’un ultime baroud d’honneur dans lequel le réalisateur va effectuer un de ces exercices favori, la mise en abîme de son image cinématographique. Eastwood commence a en jouer dès son premier long métrage, en tant que réalisateur, Un Frisson dans la Nuit (Play Misty for me/1972), une image de beau gosse macho que mettra a mal une femme névrosé ou en tant que « simple » acteur dans l’étouffant Les Proies ( The Beguiled/1971) de son pote le grand Don Siegel, dans lequel un jeune capitaine nordiste victime de son charisme sexuel, qui causera au final sa perte, devient,  en pleine guerre de sécession, prisonnier d’un pensionnat de jeunes filles sudistes. Les œuvres défilant au rythme des années, l’âge et la certitude de la mort se joindront au grand bal des thématiques abordées, de même qu’une généreuse rasade d’auto-dérision (Sundden Impact, La Dernière Cible, Le maitre de guerre ou La relève) tout en continuant de sonder de façon lucide l’âme et les mythes d’une nation, en n’oubliant jamais la nature profondément populaire de son cinéma. Parmi les autres thèmes abordés, on pourra rajouter celui de la famille « traditionnel » déconstruite (Le maitre de guerre,  La corde raide, …), la famille reconstruite (Josey Wales hors la loi), celui du héros – ou anti-héros –  solitaire et déphasé dans une époque qui n’est plus la sienne. En découle une mélancolie qui c’est faite de plus en plus prégnante au fil des années et des œuvres, ce qui n’a jamais empêché Eastwood de persévérer dans la satyre ou le pastiche de son image.

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En tant qu’ultime prestation d’acteur, Gran Torino se pose comme une synthèse référentiel de toute la carrière d’Eastwood (mais c’est pas la peine d’avoir vu toute l’œuvre pour l’apprécier) et un adieu. Un adieu a son publique mais également un pied de nez a tous ces connards obtus qui n’ont toujours voulu voir en lui qu’un indécrottable réac, car autant le dire tout de suite Gran Torino n’est pas le vigilant flick que beaucoup attendaient, un dernier retour au cinéma d’action mais un bouleversant drame intimiste auquel vient s’ajouter un humour ravageur a base de punchlines d’une puissance inter-galactique et de situations comiques se moquant gentiment, une dernière fois, de l’Eastwood acteur. Si Kowalski aura sans doute rappelé a beaucoup le mythique Harry Callahan – auquel Eastwood fait explicitement référence – le vieux misanthrope pourrait être n’importe lequel des personnages incarné par Eastwood par le passé (on pense beaucoup au Maitre de guerre, le sergent Thomas Highway).  Mais plutôt que situer Gran Torino derrière l’Inspecteur Harry, Le Maitre de Guerre ou La Relève il serait peut être plus juste d’y voir la resurgence d’Honkytonk Man, Bronco Billy ou Million Dollar Baby. Comme ces oeuvres a forte porté social, Gran Torino est une chronique situé dans l’Amérique des losers, des oubliés, de ceux qui survivent. Le titre même designe une modèle de 1972 concu par Ford pour les familles et salaires modestes et aucunement une modèle mythique (la Torino de la série Starsky & Hutch est un modèle 75), une façon pour Eastwood d’assoir la porté populaire de son film tout en soulignant discrètement l’immense solitude de Walt Kowalski, un homme modeste entretenant  le vestige  d’une époque heureuse révolu avec un soin obsessionnel.

Gran Torino

Eastwood brosse rapidement le portrait d’une famille américaine vérolée par l’indifférence et une perte des valeurs morales que Walt retrouvera dans la famille de Thao et Sue, Walt entamera alors un chemin qui le ménera vers la tolérance. Le prix de Gran Torino est justement de ne jamais céder a l’émotion facile, au moralisme et de develloper un humour dévastateur teinté de nostalgie. Eastwood nous offre de purs instants de bonheur en surjouant les grands moment de beauferie de Walt tout en ne perdant jamais de vu la logique de son personnage, alors que beaucoup d’autres auraient joués la facilité de l’acte de rédemption larmoyant, tout en demontrant qu’a 78 ans le grand Clint conserve son charisme intact. Cette sobriété et cette pudeur se retrouvent dans le drame discret d’un homme rongé par le cancer, hanté par son passé, qui voit la fin arriver a grand pas et qui reste incapable de communiquer avec sa famille, de renouer avec elle et qui trouvera une famille se substitution chez les « Niakwé » comme il ne cessera jamais de les appeler, passant de l’insulte raciste au sobriquet affectueux. Gran Torino c’est aussi des seconds rôles mémorables (le barbier, la grand mère ou le prêtre), une impeccable direction d’acteurs et une dimension nostalgique indéniable, car si l’on retrouve des références a ces rôles comptenporains, Eastwood en égrène d’autres qui invitent le spectateur a se replonger dans le passé western de l’acteur, ou qui sont tout simplement le témoignage de l’énorme affection du cinéaste pour le genre et de son influence majeur dans son œuvre. Tel que celles, nombreuses, ou Walt se déguste une bierre sous son porche, va se faire raser « a l’ancienne » ou tout simplement le « duel » qui évoque le réglement de compte final d’ Impitoyable. Si cette scène ne surprend finallement qu’a moitié, elle marque bien la lucidité du cinéaste/acteur a l’encontre de sa personne (une façon aussi de remetre les pendules a l’heure sur la moralité de Kowalski et surtout d’Eastwood) et clôt de superbe façon tout un pan de la carrière d’un acteur au charisme unique et fascinant qui est devenu, au fil du temps, un des réalisateurs les plus passionnants qui soit.

11 commentaires leave one →
  1. 4 mars 2009 06:21

    Très bonne critique, pour un très bon film🙂

  2. Cfury permalink
    4 mars 2009 08:35

    Oui c’était bien, j’ai ri et beaucoup souri en tout cas et c’est imparable dès que le personnage d’Eastwood fait démarrer la machine (avec d’ailleurs ce principal défaut qui parfois s’affiche façon « Clint, ce soir au café de la gare »). Je suis beaucoup mois convaincu par contre par la profondeur du film, si l’on excepte le constat fait de la responsabilité des parents sur l’éducation des enfants, dès lors que le film s’en va traiter du problème « ethnique » sur le sol Américain ou qu’Eastwood pose un énième regard cynique sur sa carrière, alors qu’il me semblait déjà avoir réglé ce problème dans les films que tu cites et surtout [b]La Relève[/b] impeccablement calé dans le cinéma des années 90 avec en plus ce petit plus visionnaire sur le cinéma d’action contemporain.

  3. 4 mars 2009 14:34

    Ton billet donne vraiment envie. Bravo.

  4. ygrael permalink*
    4 mars 2009 23:12

    Déjà merci pour les compliments, c’est pas mérité mais ça fait toujours plaisir😉

    CFury > Comme je ne sais pas si tu réagis sur mon article ou si c’est une réaction dut a la vision du film avec l’autre bande de branlasse je dirais que:

    -j’aurais pas utilisé le mot « cynisme » parce que le terme n’est, a mon avis, pas vraiment adéquat, je dirais plutôt qu’Eastwood navigue dans le domaine de l’auto-dérision, par large rasades dans Gran Torino, et qu’il pousse souvent l’exercice jusqu’a sa limite mais sans tomber dans l’auto-parodie, le seuil a partir duquel on ne pourrait plus croire a son (ces) personnage (s).

    -Je pense pas qu’Eastwood traite vraiment du problème ethnique (comme pourrait le faire un film a thèse par ex.), Gran Torino ça reste avant tout l’histoire d’un homme, mais il situe son récit dans un milieu largement défavorisé dont la représentation montre que le brassage ethnique US est un échec, que si un noir a été élue il existe d’autres minorités exclus du système (ça devrait faire plaisir a Spike Lee ça :mrgreen:) et parle de la nécessite d’aller voir de l’autre coté de son petit cocon pour comprendre l’autre. C’est pas tant qu’il traite le problème mais qu’il en parle (je sais pas si j’arrive a me faire comprendre là) !

    -“Clint, ce soir au café de la gare” –> Je suis pas d’accord mais vu que Gran Torino est un panaché de punchlines absolument énormes, je peux comprendre😉

  5. Cfury permalink
    5 mars 2009 18:55

    Oui bien sûr, je réagissais par rapport à ton article (quand même oh ! je te lis!) et à mon ressenti du film

    >Mais même dans l’exercice de l’auto-dérision j’ai pas été convaincu, parce qu’il s’est déjà mis en scène dans ces situations là dans d’autres films avec plus de panache et moins dans le cadre d’un chant du cygne dans lequel s’inscrit ce film. C’est en tout cas franchement drôle et les dialogues sont effectivement souvent imparables (sorti donc de quelques moments qui font un peu « one man show »).

    >Oui plus que le « problème ethnique », c’est sa façon de montrer l’autre versant de l’Amérique que j’ai trouvé démonstratif. Le coup des latinos VS Hmong, ça fait vraiment le cinéaste qui découvre un truc sur son pays ou qui tente de le faire découvrir parce que je pense que le public, d’où qu’il vienne, en sait assez sur les problèmes communautaires qui flinguent les USA ; c’est pas comme si les émeutes de 90’s et Katrina n’étaient pas passés par là… Après j’entends bien qu’il s’agit d’un personnage évoluant dans un certain contexte mais tout ça est assez naïf. Le blanc qui tchatche comme un renoi, bon voilà quoi c’est déjà vu et archi-rev et notamment par l’un des meilleurs amis de Clint dans  » Bamboozled « ^^, en plus intéressant.
    Mais j’ai beaucoup aimé hein ( :mrgreen:), parce que je suis capable de pardonner beaucoup de choses à un mec qui malgré tout arrive a faire fonctionner son film de la sorte

  6. ygrael permalink*
    5 mars 2009 23:51

    > Oui plus que le “problème ethnique”, c’est sa façon de montrer l’autre versant de l’Amérique que j’ai trouvé démonstratif. Le coup des latinos VS Hmong, ça fait vraiment le cinéaste qui découvre un truc sur son pays ou qui tente de le faire découvrir parce que je pense que le public, d’où qu’il vienne, en sait assez sur les problèmes communautaires qui flinguent les USA <

    Heeuu… là tu m’excusera de ne pas être du tout d’accord mais je pense pas qu’Eastwood soit un niais qui découvre les réalités de son pays a 78 ans. Une scène comme celle des latinos VS Hmong sert juste de détonateur au récit. C’est cette scène qui justifie que Thao entre dans le gang, tente de piquer la caisse de Walt, etc… C’est un pur mécanisme scénaristique dans le but de provoquer un enchainement d’événements et c’est pareil avec l’agression de Sue par les blacks. C’est juste que c’est plus crédible de provoquer ces évènements en se servant de plusieurs phénomènes connu (la segmentation racial de la société américaine, la pauvreté et la criminalité qui en découle) en plus du fait que t’y passe pas des heures, parce que le propos du film n’est pas dans la dénonciation, la thèse ou le constat (parce que le constat tout le monde le connait ou s’en doute) mais juste dans la description des derniers jours de la vie d’un homme, de son amitié avec un autre et surtout de montrer qu’il n’est jamais trop tard pour changer (en bien). Bon maintenant c’est clair que les procédés ne sont pas d’une extrême finesse et je comprend que ça puisse un peu irriter (je choisis mal le mot mais là j’ai rien d’autre qui me vient a l’esprit)😉 !

    Edit: Et puis bon vu qu’une grosse partie de l’humour du film est basé sur les origines ethniques, le blanco qui joue au renoi est un peu voulut comme une caricature, enfin je crois !

  7. Cfury permalink
    6 mars 2009 09:33

    A 80 balais, j’entends bien que son regard soit lucide sur son environnement:mrgreen: !
    C’est l’impression que donne certaines de ces scènes en tout cas. Qu’elles servent au développement de l’histoire n’enlèvent rien, à mon sens, qu’elles aient l’allure de ficelles scénaristiques un peu grossière pour commenter l’Amérique dans laquelle vit son personnage.

  8. Cfury permalink
    6 mars 2009 10:59

    Ah ouais mais on peut pas édité en fait, j’ai oublié des mots dans mon post au-dessus
    Bon c’est pas grave et on s’en fout en fait, Gran Torino ça reste bien.

  9. ygrael permalink*
    6 mars 2009 11:55

    Nan il n’y a que moi qui peut éditer les posts ici, d’ailleurs ton dernier est très bien et dit l’essentiel, pas la peine d’en rajouter:mrgreen:

    Edit: Si tu veux tu peux réécrire ton post en rajoutant ce qu’il te semble nécessaire de dire, je ferais le reste😉

  10. Cfury permalink
    6 mars 2009 21:54

    Non mais en fait la phrase correcte était (les mots manquants en gros) :
    «  » (…) Qu’elles servent au développement de l’histoire n’enlèvent rien, à mon sens, AU FAIT qu’elles aient l’allure de ficelles scénaristiques un peu grossière pour commenter l’Amérique dans laquelle vit son personnage. »

    Mais ne corrige rien surtout, file plutôt finir ton papier sur BabyCart!!!:mrgreen:

  11. ygrael permalink*
    6 mars 2009 22:06

    Au point ou j’en suis avec le papier sur Baby Cart 3, c’est pas le mot « finir » que t’aurais du utiliser mais « continuer » ! (putain quelle grosse faignasse je fait :()

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