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L’échange

21 novembre 2008

changeling

Changeling de Clint Eastwood. USA/2008.

Avertissement: Il est très fortement conseillé d’avoir vu L’échange avant de lire cet article.

Eastwood a, en 53 ans de carrière, réalisé 29 long métrages, traversé et survécu a autant d’époques que de modes et réussit a faire plier les ténors de la bien-pensance qui, naguère ne voyant en lui que l’icône machiste d’un cinéma réactionnaire, applaudissent aujourd’hui a tout rompre sur le cinéaste mature et le géant du cinéma américain qu’il est aujourd’hui devenu (sic (1). Tout en restant honnête avec lui-même, avec son publique et toujours peu enclin a servir une soupe bien chaude au studio, Eastwood a construit une filmographie passionnante et intègre, avec ces hauts et ces bats, en traitant de thèmes presque toujours fondamentalement lié au mythes attachés au États-unis et a certains aspect de sa société. L’échange pourrait se situer quelques part entre Mémoires de nos Père et Mystic River en prenant du premier comme point de départ un évènement, les conséquences de sa médiatisation et les manipulations qui y sont attaches et du deuxième le drame intime lié au meurtre d’un enfant. L’échange, inspiré d’un effarant fait divers, raconte le parcourt de Christine Collins en quête de son fils disparu et le combat qu’elle sera amené a mener, avec l’aide d’un pasteur compatissant, contre la police corrompue de Los Angeles. Dans la droite lignée de ces dernières œuvres L’échange est la description au quotidien des affres intérieurs d’une personne affligé par les conséquences d’un terrible évènement. Après les quelques notes mélancoliques jazzy qui ouvrent le générique, Eastwood pose avec sobriété et pudeur le personnage de Christine Collins (extraordinaire Angelina Jolie), une femme solitaire partagé entre son unique fils, Walter, et un travail arrassant l’empêchant de pleinement s’y consacré. Puis vient le drame inexplicable, la disparition de Walter. Suivent les longs mois d’attentes et finalement la nouvelle arrive: la police de Los Angeles vient de retrouver son fils. Seulement voila arrivé a la gare, sous les feux des reporters invités par une force de police se servant de l’histoire afin de réhabiliter sa déplorable image de marque, Christine ne reconnait pas Walter. Sous le choc, et pressé par un fonctionnaire, Christine fini par reconnaitre dans le jeune enfant son fils. Après plusieurs jours, ne tenant plus et maintenant convaincu que le jeune garçon n’est pas son fils, elle demande que d’autres recherches soit effectués et cri a l’imposture. Mais la police de L.A. a fermer le dossier et n’entend pas que l’affaire s’ébruite. Christine va entamer un long et douloureux parcourt en découvrant certaines des plus sombres pratiques des forces de police de Los Angeles, le mythique L.A.P.D.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que la « fin » de carrière d’Eastwood est assez étonnante. Alors que de jeunes réalisateurs découvert ces dernières années, souvent annoncés comme autant de messie potentiels, semblent déjà au taquet et déçoivent Eastwood lui continue tranquillement son bonhomme de chemin et enquille les perles sur un collier déjà très lourd. L’échange n’est pas le plus facile de ces films dans le sens ou l’on n’y entre pas facilement. Le début laisse une petite impression d’indifférence, certainement dut au fait que ce qui nous est raconté l’a déjà été milles fois et que la mise en scène sobre, voir assez statique, d’Eastwood n’aide pas vraiment a l’implication du spectateur. Dès l’instant ou Christine décide que Walter n’a toujours pas été retrouvé L’échange démarre vraiment, a partir du moment ou cette femme effacée passe a l’offensive alors qu’elle ne faisait jusque là que subir le chagrin et les manipulations. En ceci Christine est purement un héros – ou plutôt une héroïne – du cinéma Eastwoodien. Une personne qui trouvera le courage de se battre, qui se définira dans l’action tout en ne cédant pas aux pressions extérieurs, en gardant entier son intégrité d’être humain. Une intégrité qui sera mis a rude épreuve par les méthodes plus que douteuse de l’institution censé faire respecter l’ordre et la loi. Si Eastwood n’a jamais vraiment été tendre avec les représentants des institutions on a cependant du mal a se souvenir d’une telle violence critique et surtout d’une noirceur aussi profonde dans la description qui est faite du L.A.P.D. Une bande d’ordures cynique et carriéristes se servant de leurs badges pour instaurer leurs règles sur le monde de la pègre. Par le crime, la terreur et l’intimidation. Christine sera envoyé dans un hôpital psychiatrique – ou plutôt un mouroir dans lequel croupissent des femmes qui ont a un moment gênées des membres du L.A.P.D – en y subissant les humiliations les plus intimes. Une des grandes forces des films d’Eastwood a toujours été la description pudique et retenue des émotions les plus fortes, ne cédant jamais au facilités mélodramatiques souvent usités pour la stimulation des glandes lacrymales, L’échange en est le nouvel exemple dans le profond respect irradiant de Christine malgré la dureté des épreuves (2). Si les scènes situé dans l’asile sont très chargées émotionnellement, elles s’effacent devant ce qui est sans aucun doute LA scène du film. L’interrogatoire d’un jeune garçon qui va révéler une affaire sordide a laquelle Walter est tragiquement mêlé. Eastwood a souvent fleureté avec le fantastique mais jamais (hormis dans son diptyque guerrier) avec l’horreur, ici la plus total. Glauque, dégueulasse et salement brutal, cette scène, monté en parallèle avec les aveux d’un garçon ayant vu (et en partie fait) l’innommable, est un aller direct dans un authentique cauchemar éveillé dont la puissance frontal renvoit tout les torture flick du monde dans la cuvette de chiottes d’où ils sont sortis. La suite est une partie plus convenu et un grand classique du cinéma US, les scènes de procès, fort heureusement ici assez courtes. L’échange se fini sur une note faussement positive, Christine a bel et bien gagné son combat mais n’aura jamais réussi a se convaincre du sort de Walter, a obtenir une vérité qui puisse lui donner une paix intérieur. L’échange se fini comme il a commencé, sur une note mélancolique.

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L’échange est caractéristique du style classique et modern d’Eastwood (et pas académique comme on a tendance a le lire beaucoup trop souvent), le sujet ne requérant pas de mis en scène spectaculaire L’échange se distingue par une réal sans fioriture, a hauteur des personnages, a l’exception de la scène du poulailler décrite un peu plus haut nettement plus sèche et pourvu d’un montage plus cut, a la mesure de son contenu. La palette chromatique des couleurs a été désaturé afin d’obtenir une image proche du N&B pour accentuer l’aspect dramatique de l’histoire et l’on pourra admirer la précision de la reconstitution des États Unis de la fin des 20’s. L’échange est également une nouvelle preuve qu’être un grand réalisateur ne passe pas seulement que par les choix de mises en scène mais également pour la qualité de la direction du casting. Angelina Jolie est exemplaire et si on regrette que John Malkovich ne soit pas plus présent a l’écran on peut néanmoins se réjouir de la consistance de seconds rôles remarquables. Jason Butler Harner est excellent dans le rôle Gordon Northcott, un monstre pathétique, détestable et lâche, un tueur en série ordinaire éloigné de l’image d’Épinal généralement utilisé par Hollywood. Amy Ryan arrive a attirer l’attention malgré un rôle de très courte durée mais mon coup de cœur va a Michael Kelly, le détective recevant l’aveu du môme (qui lui aussi déchire pas mal). Comment les directeurs de casting peuvent passer a coté d’un acteur aussi charismatique ? Kelly crée un personnage de détective d’apparence blasé, honnête et perspicace qui impose immédiatement la sympathie. Pour finir je dirai que L’échange est un Eastwood grand cru, malgré quelques petites réserves, mais dont il est aujourd’hui impossible de dire quelle place il occupera dans la filmo du grand monsieur qu’est Clint Eastwood.

(1) Spécial kassdédi a Henry C. de là ou tu es si tu me lis !

(2) Au passage je doit avouer que je n’ai pas pu m’empecher de faire un parallele entre divers point soulevés et qui m’ont semblé faire échos a certaines pratiques utilisées par l’administration Bush (enfermement et tortures sans autres formes de procédures, utilisation et mensonge médiatique, privation des droits civiques au nom du bien publique). Pas que L’échange soit un film politique, une parabolle ou quelques chose dans le genre mais j’ai personnellement trouvé que c’était là, lointain mais bel et bien présent.

One Comment leave one →
  1. Cfury permalink
    24 novembre 2008 18:44

    Ah oui carrément, il est superbe ce film. Celui que j’ai le plus aimé cette année en tout cas, d’une consistance rare en effet. Pourtant j’étais pas chaud à aller le voir, sentiment conforté par une mise en place laborieuse de mon point de vue, mais passé cette demie-heure « difficile », c’est un grand film que j’ai vu. A partir de ce moment j’ai plus décroché, c’est fou comment j’ai réussi à être embarqué même dans les trucs les plus conventionnels du ciné ricain, notamment les scènes de procès.
    Michael Kelly. Voilà je me souvenais plus son blaze l’autre jour, mais c’est clair j’hallucine! Pourquoi on ne le voit pas plus souvent? Ou comment d’anecdotique son interprétation a fait passer son personnage à une dimension énorme.

    Grosse bastos de cette fin d’année et sans doute de l’année tout court

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