Skip to content

Frankenstein par Terence Fisher

14 septembre 2008

Introduction

La fin de la seconde guerre mondial aura vu l’éclosion de films de science fictions US mettant en scène des extra terrestres et autres insectes géants, autant de métaphores de la paranoïa anti communiste et de la peur lié a l’avènement de l’ère atomique, qui finirent par reléguer les monstres du bestiaire fantastique généré par la Universal, descendu déjà bien bas au milieu des 40’s, aux oubliettes. Pendant ce temps en Angleterre une petite société, la Hammer, décide d’adapter une série télé crée par Nigel Kneale pour la BBC. Suite au succès des géniales adaptations des aventures du professeur Quatermass, Le Monstre et La Marque, tout deux réalisé par Val Guest en 1955 et 57, la Hammer décide de poursuivre dans le registre de la science fiction horrifique en produisant une nouvelle adaptation du classique de Mary Shelley, a l’époque tombé dans le domaine publique. Jimmy Sangster remanie en profondeur l’histoire littéraire de Frankenstein pour n’en garder que le concept central. Les dirigeants de la Hammer, Anthony Hinds et Michael Carreras, proposent a Terence Fisher, qui lui doivent un film, de le réaliser. Fisher, qui n’a jamais lu l’œuvre de Shelley, accepte. Ayant entendu l’annonce du projet d’une nouvelle adaptation du livre de Shelley l’agent de Peter Cushing, avec qui la Hammer avait de longue date l’envie de travailler, le contacte pour lui annoncé la nouvelle. Cushing fait savoir qu’il est intéressé et sera embauché en même temps que Christopher Lee pour sa haute taille. Le tournage commence le 19 Novembre 1956 pour s’achever six semaines plus tard. Une copie est envoyée a New York pour y être visionné par des dirigeants de la Warner, puis elle est rapidement acheminé chez Jack Warner qui devine immédiatement le potentiel de cette petite production de 60 000 livres. Frankenstein s’est échappé sort en avant première mondial a Londres le 2 mai 1957, puis sur le territoire américain ou il remporte un tel succès qu’il laisse derrière lui Le Pont de la rivière Kwaï ou le Saint Joan d’Otto Preminger. En France les réactions, nettement plus mitigés, vont du mépris a l’indifférence la plus totale. Bien heureusement cela n’empêchera pas le succès (assez discret chez nous tout de même) de l’opus qui allait faire de Fisher un des maîtres incontestable du fantastique, de la Hammer la compagnie la plus en vu du moment, de Cushing et Lee des figures incontournable du ciné fantastique et donner le départ de deux cycles ultra célèbres. Celui d’une série de films aujourd’hui incontournables, la plupart du temps réalisé par Fisher, avec l’équipe technique et les acteurs principaux de Frankenstein s’est échappé (Le Cauchemar de Dracula, Les Maîtresses de Dracula, Le Chien des Baskerville, La Nuit du Loup garou, La Gorgone, …) mais aussi celui composé des suite de Frankenstein et qui peut être considéré comme étant la plus belle réussite artistique de la Hammer, de Terence Fisher et une des meilleurs franchise de l’histoire du ciné fantastique. Bref le début d’une ère mythique.

Frankenstein s’est échappé (The Curse of Frankenstein. Angleterre/1957).

Un prêtre est demandé afin de recueillir les dernière volontés d’un homme condamné a la peine de mort sur l’échafaud. Le prisonnier, le baron Victor Frankenstein, considéré comme fou, lui raconte alors son étrange histoire. Jeune homme intelligent, Victor hérite de la fortune de ces parents et prend comme précepteur Paul, un homme instruit et ouvert d’esprit. En grandissant Frankenstein et Paul se focalisent sur les mécanismes de la vie et de la mort jusqu’à ce que Paul, conscient du basculement de Victor qui ne voit pas l’horreur de ces travaux, s’éloigne des expériences de son ex-élève. Pour Frankenstein la quête obsessionnel du savoir continue. Il poursuit ces expériences, élimine un éminent scientifique pour lui voler son cerveau et fabrique une créature hideuse a partir de morceaux de cadavres. Paul, qui a auparavant abîmé le cerveau, est contraint d’aider Frankenstein a la réanimer.

Fisher et Sangster ne ce sont pas seulement contentés de reconstruire l’intrigue mais en ont totalement réinventés les ressorts en remettant le baron Frankenstein au centre de l’action, cassant ainsi la confusion entre la créature et son maître née après le chef d’œuvre de James Whales, La Fiancée de Frankenstein. Le baron devient un quasi surhomme se moquant éperdument des conventions, de la moral et dont les facultés intellectuelles sont dirigés vers un seul et unique but. Ce personnage séducteur au cynisme flamboyant et a l’entêtement obsessionnel est incarné par un génial Peter Cushing qui donne au baron une formidable énergie et un charisme réellement envoûtant. Jeune idéaliste chutant dans l’excès puis le meurtre, Frankenstein est le vrai monstre du film et par extension de la série. Un monstre a la présence magnétique et « sadienne », comme un grand nombres des grandes figures du mal qui vont traverser l’œuvre de Fisher ( Dracula, les aristocrates décadent du Chien des Baskerville ou de La Nuit du Loup garou, le Mocatta des Vierges pour Satan), a l’opposé du Frankenstein rongé par le remord incarné par Colin Clive dans les films de Whales. A coté Christopher Lee ferait presque office de gentil monstre. N’ayant pas pu utiliser le maquillage originel de Jack Pierce pour une sombre histoire de copyright, Phil Leakey et Roy Ashton ont conçu un maquillage impressionnant faisant de la créature un macabre puzzle de pièces mal assemblées, un cadavre a la démarche hésitante, un être bestial, sans âme, stupide et meurtrier. Pourtant devant la froide cruauté du baron on se prendrait presque a ressentir de la pitié devant ce monstre qui n’est au final qu’une victime née de l’aveuglement d’un homme faisant passer sa quête d’absolue avant tout autre considérations. En s’attaquant a Frankenstein Fisher a déjà derrière lui plus d’une trentaine de film. C’est donc un technicien aguerri (Fisher a toujours clamé son admiration pour John Ford et Frank Borzage) qui va révolutionner un cinéma gothique devenu poussiéreux. Un technicien soucieux d’aller a l’essentiel et de porter le scénario a travers une réalisation qui ne s’embarrasse pas de superflus. Les plans sont souvent fixes et superbement composés, les travellings ne font jamais dans l’esbroufe et souligne toujours une action importante. Le montage est assez tendu et Fisher insuffle une énergie démentiel qui trouve en Peter Cushing un parfait réceptacle. Mais on ne fait pas un film tout seul et Fisher est ici remarquablement bien entouré.

En plus des maquilleurs déjà cité on peut rajouter Jack Asher, le génial chef opérateur avec qui Fisher va signer ces plus beaux films, Bernard Robinson se chargera de concevoir les superbes décors du film dans lesquels évolueront les acteurs habillés par les costumes de Molly Arbuthnot, et pour finir James Bernard dont la musique romantico/frénétiquo/majestueuse très caractéristique définira le style musical des prods Hammer suivantes. En plus d’être le premier film du genre a utiliser un superbe technicolor Frankenstein s’est échappé introduit une dimension érotique explicite, dans un genre jusqu’ici en général assez pudibond, qui prendra de l’importance dans les prochaines productions de la Hammer. Passant le plus souvent par un décolleté plongeant et des chemises de nuit diaphanes moulant les généreuses formes des Hammer girls, cet érotisme bien discret aujourd’hui fera fantasmer plusieurs générations d’érotomanes avertie. Valerie Gaunt et Hazel Court ont donc le privilège d’ouvrir la voix a toute une série d’Hammer girls ( parmi les plus célèbres Susan Denberg, Ursula Andress, Caroline Munro, Ingrid Pitt, Marie Devereux ou Raquel Welch) qui ont ajouté une touche de charme, parfois troublant, a ces effusions de sang qui, et la c’est vraiment une première, ne sont plus suggérés hors champs mais bel et bien montrés dans un déluge de couleurs chamarrées. Frankenstein s’est échappé n’est pas juste un chef d’œuvre du film de genre mais un chef d’œuvre qui va révolutionner le genre par la modernisation de l’un de ces plus grand mythe.

La Revanche de Frankenstein (The Revenge of Frankenstein. Angleterre/1959).

Grâce a un habile subterfuge, Frankenstein échappe a la guillotine en faisant décapiter le prêtre venu lui administrer les derniers sacrements. Quelques années plus tard, il est installé sous le faux nom de Dr Stein, propriétaire d’un cabinet de consultation pour clientèle huppé et d’un hospice pour mendiants et délinquants. De son coté l’ordre des médecins voit d’un mauvaise œil la concurrence que lui fait ce Dr Stein qui a réussi a lui rafler la moitié de sa clientèle bourgeoise. Ceux-ci envoie une commission venu lui proposer de faire parti de l’ordre mais Victor refuse. Un jeune médecin reconnaît Frankenstein et lui propose ces services en échange de son savoir Tout deux vont s’atteler a une nouvelle expérience: Frankenstein a construit un corps qui doit être destiné a Karl, un mal formé qui aida naguère Frankenstein dans son évasion. L’expérience semble réussir mais l’homme qu’est devenu Karl est passé a tabac par le gardien du laboratoire alors qu’il tentait de détruire son ancien corps. Pour la « créature » commence une dégénérescence physique et mental qui vont l’amener au désespoir.

Frankenstein s’est échappé fut une réussite, sa suite un coup de maître. Contournant l’inéluctable fin du baron a l’aide d’une idée aussi subversive que cruelle, Fisher et Sangster en profite pour affiner le personnage de Frankenstein. Posé, froid, le baron devient nettement plus ambigu, son altruisme apparent toujours commandé par une insatiable quête de savoir et un esprit redoutablement manipulateur. L’hospice dans lequel le baron soigne ces pauvres en guenilles lui sert également de réserve afin d’alimenter ses expériences, le transfert du cerveau de Karl dans un nouveau corps n’a pas seulement pour but de l’aider mais surtout de servir de preuve de la réussite de ces théories en exhibant la créature comme une bête curieuse. Ce sinistre baron que l’on imaginerait volontiers médecin dans un camp de la mort n’en demeure pas moins un personnage captivant et presque sympathique dans son opposition contre les objections offusqués d’une bourgeoisie hypocrite prônant un immobilisme stérile. Cushing, toujours aussi génial, joue a plein régime le registre de la séduction (du spectateur) et du cynisme devant les tenants de l’ordre moral, leurs tenant tête a coup de remarques laconiques au cynisme brillant. La nature subversive de Frankenstein est mis en avant grâce au personnage du docteur Kleve, jeune praticien qui trouvera en Victor celui qui l’a toujours attendu, le détenteur d’un savoir interdit qui lui fera franchir les barrières d’un conformisme que le jeune homme rejettera en devenant immédiatement son assistant. Frankenstein est bien un héros, mais un héros situé de l’autre coté du miroir. Un homme plongé dans les ténèbres afin d’y trouver la flamme primordial qui lui permettrait de vaincre la mort et peut être de devenir un dieu.

A l’opposé se trouve Karl, la pathétique créature victime des ambitions de Frankenstein. A l’inverse de la série produite par la Universal celle-ci ne survit jamais au film et se voit remplacé a chaque nouvel épisode par une autre, ici interprété par Michael Gwynn dont l’émouvante interprétation donne toute sa profondeur a cette créature au destin tragique. Le rêve de Karl de devenir autre chose qu’un bossu difforme est souligné par quelques idées visuels (les reflets de miroirs) d’un Terence Fisher ici en état de grâce, ne faisant qu’accentuer le désespoir d’un homme voyant son souhait le plus chère s’écrouler après en avoir entraperçut, le temps de quelques instants, la réalisation. Soutenue par le même staff technique que le précédent épisode La Revanche de Frankenstein est une suite de tableaux a l’esthétique flamboyante ou la retenue de Fisher touche au génie et en fait un sommet d’épure dans le sens ou, tout comme Frankenstein s’est échappé, celui-ci ne va qu’a l’essentiel tout en étant d’une grande imagination dans le choix de ces cadres et de ces mouvements d’appareils. Fisher était déjà un excellent technicien doublé d’un grand conteur, il devient ici (sans oublier son chef d’œuvre Le Cauchemar de Dracula sortie l’année précédente) un esthète raffiné, un formaliste de génie. Une mise en scène qui illustre parfaitement un scénario blindé d’humour noir et idées morbides dont la meilleurs reste le final qui verra Frankenstein devenir sa propre créature puis investir la bourgeoisie qui l’a tant méprisé. Le baron, qui dans les autres films de la série est un éternel perdant constamment en train refaire indéfiniment la même expérience, sort grand vainqueur de son combat contre le monde, l’humanité. Cette fin fait de Frankenstein s’est échappé et La Revanche de Frankenstein une sorte de diptyque un peu a part dans cette série dans la mesure ou la boucle est bouclé, que les enjeux entamés par le premier épisode trouvent ici leurs aboutissements. Ce film génial de bout en bout est une perle que tout amateur de films fantastique se doit d’avoir vu et revu.

Frankenstein créa la femme (Frankenstein Created Woman. Angleterre/1966).

Hans est, avec le docteur Hertz, l’assistant de Frankenstein qui vient de réussir une expérience. Afin de fêter l’événement Frankenstein l’envoie chercher du champagne a l’auberge du coin, tenue par le père de Christina. Trois jeune bourgeois ivre débarque et insistent pour ce faire servir par Christina, la petite amie malformé d’Hans. Elle accepte et se fait immédiatement humiliée. Hans réagit en rossant les trois hommes. La nuit venue, ils reviennent dans la taverne et commence a vider le bar. Le père débarque et se fait assassiner. Hans, victime d’une injuste réputation, est arrêté pour meurtre et finira sur l’échafaud. Christina se suicide après avoir assisté a l’exécution. Frankenstein y voie l’aubaine de concrétisé une nouvelle théorie sur le transfert de l’âme. Il récupère les deux cadavres, opère celui de Christina afin de faire disparaître les stigmates de la malformation et transfert l’âme d’Hans dans son corps. Ressuscité la jeune femme parait dans un premier temps normal, jusqu’à ce que l’un des trois assassins soit retrouvé décapité.

Il faudra donc huit ans pour que Terence Fisher retrouve Frankenstein dans une œuvre très différente des films précédents. Frankenstein créa la femme n’est pas une suite directe des épisodes précédents et n’aura pas d’incidences les suivants, qui sont de toute façon eux aussi des œuvres indépendantes du dyptique originel. Frankenstein continue ces expériences en secret tout en étant publiquement connue. Sa première apparition suffit a marquer la différence vis-à-vis des autres épisodes puisque c’est lui qui est ressuscité et les scènes d’opérations se verront réduites a leurs plus simple expressions, laissant le coté chirurgical de coté au profit d’éléments plus propre a de la pure science fiction. A première vu Frankenstein parait être une pièce rapporté dans une histoire de possession et de vengeance assez classique. De l’aveu même de Fisher « le thème de la vengeance est primordial, celui de la création secondaire, mon attitude a évolué. Je m’intéresse moins aux détails qu’à la signification de l’ensemble« . La première partie est donc centrée sur le parcourt d’Hans et Christina dans une démarche assez singulière et extrêmement rare, celle de décrire les futurs « composants » de la créature, ici matérialisé par les formes avantageuses de Susan Denberg (ça change des bouts de barbaques mal cousus). Le résultat est sans doute la créature la plus touchante de la série, une femme enfin libéré d’un corps difforme mais hanté par l’âme de son amour lui réclamant vengeance. Là aussi la communication des deux parties se fait au travers du reflet dans un miroir mais sur lequel est planté la tête d’Hans, devant une Christina agenouillée et totalement possédée par les instincts meurtriers de son « hôte ».

Frankenstein créa la femme est un film a part dans la série pour son caractère réellement dramatique, émouvant. Même Frankenstein, pourtant toujours prit par la porté de ces expériences, semble plus humain, presque sympathique quoique toujours aussi déterminé dans l’accomplissement de son travail visionnaire. Il est ici affublé d’un assistant, un médecin tâtant souvent du goulot et amateur de bonne chaire, interprété par Thorley Walters qui donne toute sa truculence et sa générosité a ce personnage très humain dont la personnalité légère tempère celle de l’ombrageux Frankenstein. Ce n’est tout de même pas un film comique mais le contraste entre des deux réserve quelques instants assez savoureux. La donne change quand Christina/Hans entament leurs campagne vengeresse en traquant et tuant les trois assassins. Fisher installe une ambiance inquiétante, voir par certains instants assez glauque (la scène du miroir). La chasse et les meurtres des jeunes hommes, en plus d’être finalisés par des meurtres brutaux assez gore, a quelques chose de perturbant dans le fait qu’ils sont perpétrés par cette femme superbe (qui ne rendra certainement pas insensibles les spectateurs masculins) habitée par la personnalité d’un homme. Évidement tout cela se termine mal et Frankenstein retournera a son laboratoire pour y accomplir d’autres expériences. Même si Arthur Grant ne remplace pas Jack Asher a la photographie, Frankenstein créa la femme reste une œuvre esthétiquement très classe. Les décors sont toujours aussi beaux, même si pas aussi flamboyants que les deux premiers opus mais c’est comme d’hab Fisher qui fait la différence. Rien que la scène de début, qui voit Hans assister a la décapitation de son père, est un pur morceau d’anthologie dans le choix des cadres et la qualité du montage. Le cinéaste dose savamment la tension dramatique, prend son temps afin de poser les différents personnages, les enjeux pour tout faire exploser dans une dernière demi heure d’une classe folle, mêlant le drame, l’étrange et l’horreur avec la dextérité des grands. Là aussi un film exemplaire a voir absolument.

Le Retour de Frankenstein (Frankenstein must be destroyed. Angleterre/1969).

Frankenstein poursuit toujours ces expériences dans la clandestinité quand son repaire est découvert par la police. Il se réfugie dans la pension d’Anna Spengler, une jeune femme qui a pour petit ami le Dr Karl Holst. Frankenstein découvre par hasard que Holst se sert de son statut pour arrondir ces fins de mois en faisant du trafique d’héroïne. Le baron tient le jeune couple et va désormais commander leurs vie. Frankenstein échafaude le plan d’enlever Frederik Brandt, un chercheur devenu fou avec qui Frankenstein échangeait une correspondance et qui avait réussi une expérience capital que Frankenstein avait échoué. Ce dernier veut le secret de Brandt et se sert de Holst pour l’enlever et de la pension d’Anna pour y effectuer les opérations nécessaires. Brandt étant mourrant, Frankenstein transfert son cerveau dans le corps du directeur de l’asile et le soigne. Celui-ci se réveille horrifié d’être devenu une des expériences de Frankenstein et ne pense qu’a une chose, se venger.

Si Frankenstein avait dans les opus précédents montré des sentiments qui pouvaient encore le rattacher au reste de l’humanité, il devient ici une ordure intégrale cachant derrière son apparence distingué un homme calculateur, froid, impitoyable. Peter Cushing, 56 ans à l’époque, donne une énergie hors norme a son interprétation du baron et le rend d’autant plus effrayant dans sa détermination a réussir ces objectifs. Le Retour de Frankenstein est le film le plus nerveux et le plus cynique du cycle. Frankenstein ne se préoccupe plus des moyens mais bien du résultat. Meurtre, chantage, kidnapping ou viol, le baron ne connaît plus de limite et se régal de la domination qu’il exerce sur le jeune couple. La scène ou Karl tue involontairement un veilleur et réalise qu’il vient tout juste de se condamner a obéir aveuglement à Frankenstein, qui observe la scène en exposant un sourire glacial étalant ainsi toute la joie sadique de l’emprise supplémentaire que vient de lui offrir le jeune homme, est particulièrement révélatrice de l’ignominie profonde du personnage, tout comme celle du viol ou Frankenstein coince la jolie Anna, vêtue d’une très légère robe de chambre. Cynique, il fera croire à la femme de Brandt que son mari va bien, il va jusqu’à lui montrer son corps dont la tête est bandé. Les deux vont communiquer par signes alors qu’ils ignorent tout deux que Brandt est déjà devenu une expérience de Frankenstein. Comme unique constante de ces rapports avec la communauté humaine, sa détestation de la petite bourgeoisie qu’il n’hésite jamais a fustiger dans son conformisme et son « étroitesse » d’esprit. Il est donc assez difficile pour le spectateur de trouver un référant dans cette avalanche de péripéties sinistres et amorales d’autant que les autres protagonistes, mis a part la créature, n’encouragent pas la compassion. Anna et Karl sont quasiment des victimes consentantes et l’inspecteur « traquant » Frankenstein n’est qu’un gros bouffon hautain et incompétent auquel Thorley Walters apporte toute sa dimension comique. Le Retour de Frankenstein marque un retour vers La Revanche de Frankenstein dans l’aspect pathétique de sa créature. Là encore il faut saluer la performance de Freddie Jones. Une performance nuancée qui illustre parfaitement le désarroi d’un type se retrouvant dans le corps d’un autre, rejeté par une épouse qui ne le reconnaît pas et n’ayant pour seul avenir que la vengeance et la mort. Le Retour de Frankenstein se distingue également dans la forme et le ton. On n’est plus ici dans les grands élans esthétiques des premiers épisodes d’où brûlaient la flamme d’un gothique au couleurs étincelantes et baroques. Si la photo claque toujours autant, elle se fait plus sobre, a l’image des décors qui ont abandonnés (a l’exception du repaire présenté pendant l’introduction) les éprouvettes multicolores et les bacs de résurrections. L’asile, la pension et sa cave ainsi que la demeure abandonnée qui sert de repaire a Frankenstein sont, malgré leurs apparentes simplicités, une nouvelle foi une réussite des artisans de la Hammer.

Fisher reprochait a Hitchcock d’être un brillant technicien mais dénué de cœur. Dire que l’ombre d’Hitchcock plane le métrage de Fisher serait exagéré mais Le Retour de Frankenstein contient quelques scènes de pur suspense qui renvoie directement a l’œuvre du mammouth anglais. Les premiers plans de l’excellente scène d’introduction rappels immédiatement la scène d’ouverture de L’inconnu du Nord Express, les tourtereaux trafiquants et meurtriers victimes d’un maître chanteur ainsi que la scène du cadavre dans le jardin (Fenêtre sur court ?) portent bien l’empreinte d’influences parfaitement digérés du maître du suspense, ce qui est au final assez logique si l’on compare Le Retour de Frankenstein et la citation de Fisher sur Hitchcock cité plus haut. On pourrait a la rigueur ergoter sur quelques points du scénario qui ne portent pas vraiment atteinte au film. Toutes les scènes incluant le flic et ces sbires lancés au trousse de Frankenstein n’ont strictement aucun impact sur le reste ( il me semble, mais sans en être sûr, que ce personnage fut inclut a la demande des producteurs afin d’alléger un scénario trop sombre et d’apporter un personnage « positif » a l’histoire. Son traitement apporte un éclaircissement sur ce que devait en penser Fisher qui de toute façon n’avait pas vraiment l’air de porter les forces de la maréchaussée local dans son cœur) tout comme le viol d’Anna qui fut une « demande » de James Carreras, contre l’avis de Fisher, qui trouvait que le film manquait singulièrement de sexe. Fisher et Cushing firent leurs excuses à la belle Veronica Carlson, et s’arrangèrent pour faire en sorte que cette scène n’ait aucune incidence sur la suite. Ironiquement cette scène fut enlevé des copies anglaises, les belles intentions de Fisher et Cushing n’ont finalement eu pour effet que d’amplifier encore un peu plus l’inhumanité de Frankenstein. Malgré ces petits défauts, le scénario enquilles les péripéties à la vitesse de la lumière pour ce finir sur une fin grandiose. Frankenstein rejoint Brandt dans son ancienne demeure pour lui extorquer le secret dont il a besoin. Brandt le prend au piège en balançant des lampes a huile de tel sorte de lui couper le chemin de la sortie. Frankenstein s’échappe mais Brandt réussi a le rattraper et l’entraîne avec lui dans la maison en flamme. Je ne vais pas une nouvelle fois me lancer sur une grosse dithyrambe Fisherienne mais ce n’est sans doute pas par hasard s’il déclarait qu’avec Le Cauchemar de Dracula, Le Retour de Frankenstein était son film préféré. Si l’intro est excellente et le final magnifique, LA scène obligatoire est bien sur celle de l’opération dont la réalisation et le montage ne vont que dans le sens d’une épure magnifié par des cadrages tout simplement mortels de maîtrise. Tout comme ces scènes entières de dialogues ou Fisher réussi a éviter le classique « champs contre champs » ou au moins a l’utiliser a bon escient. Le Retour de Frankenstein en plus d’être une réussite artistique, souvent cité comme étant le meilleurs film de la série, a le triste honneur de clore l’age d’or de la Hammer (commencé en 57 par …Frankenstein s’est échappé) qui en cette fin des 60’s entame, malgré quelques œuvres intéressantes, la longue route qui l’a conduira quelques années plus tard à la décrépitude.

Frankenstein et le Monstre de l’Enfer (Frankenstein and the Monster from Hell. Angleterre/1974).

Après avoir été dénoncé par le profanateur de tombes qui l’approvisionnait en « fournitures » Simon, un jeune émule du mythique baron, est condamné pour folie et interné dans l’asile psychiatrique qui accueillit Frankenstein avant son décès. Mais Simon découvre rapidement que le médecin chef de l’établissement, et son vrai directeur, n’est autre que le sinistre baron qui s’est emparé de l’endroit en simulant son décès grâce au chantage exercé sur le directeur pour ces penchants douteux concernant ces plus jeunes patientes. Simon devient son assistant et participe a l’élaboration d’une nouvelle créature composé avec le corps monstrueusement difforme d’un malade mental et le cerveau d’un violoniste.

C’est après cinq années d’absence et de graves problèmes de santé que Terence Fisher revient sur les plateaux pour l’ultime opus consacré au personnage crée par Mary Shelley produit par la Hammer, qui sera également son dernier film. En 1974 la Hammer est a l’agonie. La compagnie anglaise n’a pas réussit a négocier le virage pris par le genre au début des 70’s. Le publique, lassé du flot de productions montrant des châteaux poussiéreux, des vampires encapés et de l’érotisme prude, c’est tourné vers des œuvres plus violentes, plus contemporaines, plus en phase avec ces attentes. Des films tel que La Nuit des Morts Vivants, Rosemary’s Baby, L’Exorciste ou La Malédiction ont rendu obsolète la tradition gothique qui vit alors ces derniers jours. Si Frankenstein et le Monstre de l’Enfer est très loin d’attendre les sommets de médiocrité des derniers épisodes de l’autre grande franchise de la compagnie (Dracula 73 et Dracula vit toujours a Londres et leurs hilarantes tentatives de faire passer une vision ultra condescendante de la jeunesse pour du modernisme) on ne peut pas non plus dire que le budget alloué au film aide Fisher a illustrer un scénario assez pauvre (qui reprend dans les grandes lignes celui du sordide Le Sang du Vampire d’Henry Cass) malgré quelques idées prometteuses. Dépassé la mise en place de l’intrigue, le scénariste ne semble plus savoir quoi faire de ces personnages qui tournent donc autour des automatismes de la série. Frankenstein crée un monstre pathétique qui a conscience de ce qu’il est, qui n’est pas insensible aux charmes d’une jeune muette protégé par le baron et qui sera ensuite détruit par les malades sous les yeux insensible de Frankenstein qui invitera Simon, sans doute une tentative de trouver un successeur au baron dans d’hypothétiques suites, a une autre expérience.

Frankenstein et le Monstre de l’Enfer est un film qui regarde le passé de la série dans les multiples références qu’il présente. C’est un huit clos ( …s’est échappé), Frankenstein se sert des malades comme d’une réserve (La Revanche…), la créature fait référence a celles de La Revanche et Le Retour, sa fin rappel celle de son créateur (toujours La Revanche) qui est la prolongation de l’épisode précédent. Bref ça tourne en rond et la série semble de toutes façons bouclé. Frankenstein a force de transgression contre l’ordre bourgeois s’est logiquement enfermé dans le seul lieu dans lequel sa condition d’éternel paria pouvait lui permettre de continuer ces expériences, un asile psychiatrique. C’est d’ailleurs assez dommage que la folie probable du personnage et les obsessions qui le font continuer ne soit pas exploités d’autant que le lieu était idéal pour cela. Peter Cushing a beau être moins présent a l’écran, l’acteur semble toujours aussi investit par son rôle et d’autant plus impressionnant que le physique quasi cadavérique de l’acteur renforce encore davantage la cruauté suintante du baron. Les brillants artisans responsables de la réussite plastique des films précédents ne sont plus là. Pas que le Monstre de l’Enfer soit une catastrophe mais il n’est tout simplement pas a la hauteur de ces prédécesseurs, ces décors et sa photo sont sans profondeurs et même assez plats a l’inverse du maquillage qui fait de la créature un croisement entre un Totoro, chewbacca et un pitbull, empêchant David Prowse de donner au monstre assez d’humanité nécessaire pour provoquer l’empathie. L’opération qui précède sa résurrection est d’ailleurs assez moyenne et incrusté d’effet gores inutiles qui ne servent que de caches misère. Fisher lui assure toujours, la réal est soigné et très efficace mais le rythme ne suit pas et on se lasse un peu des clichés lié a l’Europe central (« Eh Fritz passe moi un Schnaps »). Bref un épisode mineur qui clôt une série jusque là exceptionnel mais qui reste, malgré tout ces défauts, honnête et tout a fait regardable. Fisher ne remettra jamais plus les pied sur un plateau de tournage et la Hammer fermera définitivement ces portes en 1979 après The Lady Vanishes. Cela n’a pas empêché toute un génération d’être marqué par les célèbres films de la compagnie et ceux de Fisher en particulier. Les réalisateurs issue de cette génération n’auront cesse de rendre hommages a la célèbre firme a travers tout un paquet de d’œuvre qui ce sont elles aussi gravés dans l’histoire du cinéma. Peter Cushing et Dave Prowse se retrouveront dans une petite série B de sci-fi (lecteur sera tu la retrouver ?), Cushing fera une apparition dans l’hilarant Top Secret au cotés de Michael Gough qui sera plus tard employé par Burton dans ces deux Batman. Christopher Lee sera a son tour employé par Spielberg (1942), Joe Dante (Gremlins 2), Tim Burton (Sleepy Hollow), Georges Lucas (la nouvelle trilogie) et Peter Jackson (le Seigneur des Anneaux). Depuis des années la résurrection de La Hammer, annoncée a plusieurs reprise, n’a jamais abouti. Si le rachat récent de la société par Endemol (What’s the fuck ???) va peut être aboutir a quelques chose, son héritage est lui toujours aussi vivant et moderne (en plus d’être en général facilement dispo en dvd).

One Comment leave one →

Trackbacks

  1. NIFFF 2011 «

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :