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Régénération

8 août 2008

De Raoul Walsh. USA/1915.

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Owen est enfant quand sa mère décède. Adopté par une famille de voisins, le jeune homme se sauve et apprend les dures lois de l’existence des quartiers pauvres. Devenu chef de gang, Owen verra sa vie changé avec la rencontre d’une jeune institutrice.

Régénération est un film important a plus d’un titre. Débauché de la Biograph* par William Fox, Walsh se retrouve a la tête d’un projet ou, pour la première fois, il jouit d’une total liberté. Walsh remanie un scénario bâtit autour d’une situation convenu afin de lui donner plus de dureté et tourne sur les lieux même de l’action, le quartier du Bowery a New York, que le réalisateur connaît bien puisque cet endroit fut le terrain des jeux de son enfance. Très loin des tournages encadré et professionnel actuel, celui de Régénération est une aventure quasi épique. Pour les besoins de la scène du bateau en flamme Walsh engage deux truands du Hell’s Kitchen, un quartier mal famé, dont le rôles est de fournir le plateau en figurantes et figurants. Les femmes, pour la plupart des prostituées, n’étant pas assez nombreuses Walsh décide de travestir une partie des figurants masculin. Il donne également comme instruction aux deux truands de veiller a ce que tout le monde saute du bateau au moment voulu. Les deux lascars prirent leurs rôles très a cœur puisqu’il allèrent jusqu’à balancer le comptable (portant sur lui une sacoche contenant la paie des figurants) a la baille. C’est a cet instant que Walsh remarque le manque de sous vêtements de certaines de ces dames tandis que les fumigènes simulant les flammes de l’incendie alertes les pompiers et les policiers du coin qui coffrent Walsh pour troubles a l’ordre publique et outrages au mœurs. Walsh ne dut son salut qu’a l’intervention de Winfield Sheehan, un ancien journaliste devenu producteur et ami de Walsh. William Fox est excessivement satisfait de la publicité gratuite amené par l’équipé (près de 20 000 personnes ont assistés au « spectacle » qui fit également la une des journaux) mais le seul hic c’est que l’intimité dévoilé de certaines des figurantes a été fixé sur pellicule au moment ou leurs robes bouffantes se soulevèrent pendant la chute dans les eaux de l’Hudson. Walsh dut embaucher en catastrophe un monteur spécialisé dans le sauvetage de films afin de s’éviter les quelques désagréments que lui aurait occasionné une plainte du comité de censure d’un pays passablement conservateur. Le monteur gratte la pellicule afin d’attribuer un sous vêtement fort disgracieux aux figurantes si peu avares de leurs charmes.

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Au-delà de l’anecdote truculentes et de son statut de premier « vrai » long métrage de Walsh, Régénération doit son importance d’être également le premier long parlant du milieu de la pègre et des gangsters, faisant suite au Mousquetaires de Pig’s Alley de D. W. Griffith premier court métrage d’une dizaine de minutes sur le milieu criminel tourné en 1912. Basé sur l’autobiographie d’Owen Kildare, un ancien criminel illettré détourné des sentiers du crime par une institutrice et devenu journaliste, Régénération n’emploie pas exactement les même chemins que son illustre mentor qui situait son film entre romantisme et réalisme. Walsh empreinte la voie du vérisme, la grande majorité des « acteurs » joue en fait leur propres rôles, et donne a Régénération un cachet quasi documentaire assez troublant de naturalisme. La misère semble transpirer des photogrammes qui décrivent des rues, des bars ou des appartements d’où suinte une pauvreté et une misère qui y sont décrit comme le berceau de la criminalité. Il y a dans ce film une définition de certains traits définissant l’illustration cinéma du gangster. Son caractère presque enfantin, son attitude gouailleuse et sa propension a la mélancolie. Walsh, contrairement a certains de ces successeurs, ne joue pas sur l’aspect romantique ou mystérieux du personnage et de son milieu, ne cherche pas a l’iconiser ou a en faire un héros. Owen est un gentil méchants (ou l’inverse), un personnage entier qui préfigure quand même pas mal les grandes figures picaresques qui vont traverser la carrière du grand cinéaste américain, justement fascinantes pour leurs réalisme, leurs vraisemblance. L’institutrice est elle-même une matrice des personnages féminins qui chez Walsh ont toujours une place importante dans le récit, ici celle de déclencheur de la prise de conscience d’Owen qui va se détourner du crime et emprunter les chemins de la rédemption, avant que son passé ne ressurgisse et provoque le drame. Malgré la courte durée de Régénération il est étonnant d’en constater la complexité narrative car en plus d’être une peinture réaliste des quartiers pauvres de l’époque le récit est également une mini fresque qui décrit le parcourt du jeune gangster. De l’enfance, la première scène découvre Owen regardant le cadavre de sa mère emporté par une ambulance. De l’adolescence pendant laquelle Owen va apprendre la loi des quartiers, la force donne raison a celui qui l’emploie victorieusement, ou il va se faire remarquer pour ces talents de puncheur jusqu’a l’age adulte, a la tête d’un gang. Régénération emploie un nombre conséquent de personnages secondaires ayant tous une consistance et un rôle faisant sens avec le récit et ces enjeux dramatiques ou symboliques. Le médium cinéma n’ayant que vingt ans il est assez impressionnant de constater que Walsh, digne élève de Griffith, utilise déjà un langage parfaitement maîtrisé, sobre, énergique et par instant presque lyrique. Le plus souvent en plans fixes la caméra effectue quelques très beaux mouvements d’appareils dénués de toute gratuité, le tout conduit par le sens du rythme typique du cinéma de Walsh.

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Après cet première œuvre marquantes, qui fut d’ailleurs longtemps considéré comme perdu et finalement retrouvé à la fin des 70’s, Walsh allait changer de genre en s’essayant avec succès a l’aventure ou au western (Le Voleur de Bagdad, La Piste des Géants) avant de revenir au film de gangsters a la fin des 40’s avec le sublime Les Fantastiques Années Vingt qui fut en même temps un ultime soubresaut d’un genre qui connu un énorme succès au tout début des 30’s (Scarface de Hawks, L’Enemi Publique de William Wellman, Le Petit César de Mervyn LeRoy) et une réflexion mélancolique et réaliste sur un personnage central de l’histoire du cinéma US. Walsh retrouvera le gangster dans l’excellent La Grande Évasion, a la base prévue pour John Houston qui en écrivit le scénario, qui définissait son héros (Humphrey Bogart) comme être dépassé par son époque et condamné a un destin tragique et dans cet énorme coup de boule qu’est L’Enfer est a lui.

*la compagnie de D. W. Griffith dont Raoul Walsh fut un des assistants, il joue également John Wilkes Booth, l’assassin d’Abraham Lincoln dans Naissance d’une Nation.

– Livres consultés: Un demi siècle a Hollywood de Raoul Walsh, Raoul Walsh ou la saga du continent perdu de Michael Henry Wilson et Le Crime a l’écran: une histoire de l’Amérique de Michel Ciment.

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