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l’Enfer des Zombies

22 juillet 2008

Gli Ultimi Zombi de Lucio Fulci. Italie/1979.

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Avant d’obtenir une gloire tardive a la fin des années 70, Lucio Fulci fut d’abord un simple petit artisan, réalisateur de comédie a la réputation catastrophique dans lesquelles officiait Toto, un lamentable comique en vogue a cette époque. Fulci devra attendre 1966 pour réaliser son premier film important. Impulsé par l’énorme succès de Pour une poignée de Dollars, l’Italie est alors submergé par l’énorme vague de ce que l’on a appelé en France, avec cette « petite » pointe de condescendance si typique des charmantes élites de notre beau pays, le western spaghetti. C’est dans ce contexte que sort Le temps du Massacre avec Franco Nero, classique du genre et film culte pour sa violence sadique et son atmosphère d’étrangeté situé quelque part entre le Django de S. Corbucci et Tire encore si tu peux de G. Questi. C’est ensuite Béatrice Cenci tourné en 1969 qui va marquer la carrière de son réalisateur. Évocation d’un fait historique précédemment adapté par Ricardo Freda, Béatrice Cenci raconte l’effroyable histoire de l’assassinat perpétré contre un noble sadique et incestueux par sa fille et l’amant de celle ci, leurs arrestations puis leurs exécutions par les tribunaux de l’inquisition. Très éloigné de ces autres films, Béatrice Cenci était son préféré et sans doute le personnel de sa filmographie, le seul qui fasse preuve d’un réel romantisme tout en étant d’une grande cruauté dans la représentation de la violence, deux élément diffusant au final un profond désespoir ainsi qu’un nihilisme a toute épreuve, le même qui allait marquer ces futurs films d’horreur. Puis vinrent quelques Giallo de bonne facture (Le Venin de la Peur/Les Salopes vont en Enfer en 1971, La Longue Nuit de l’Exorcisme en 1972) avant de réaliser ce qui devint son plus gros succès commercial: Croc-blanc, une adaptation mielleuse du classique de Jack London (et qui est sans doute le film de Fulci le plus télédiffusé en France). Puis il revient au western avec Les Quatres de l’Apocalypse qui, comme son nom l’indique, n’est pas exactement une ode a la beauté et la joie de vivre. Le film est surtout marqué par l’interprétation de Tomas Milian dans le rôle d’un effrayant tueur psychopathe, également violeur occasionnel, inspiré par Charles Manson suivant le parcourt des quatre survivants d’un lynchage perpétré dans une petite ville. Même si Les Quatre de l’Apocalypse diffuse une atmosphère crépusculaire assez réussi et malgré un scénario plutôt sympa, on ne peut pas dire que le film soit une réussite tant celui-ci provoque l’ennui, faute a un rythme défaillant et une réal totalement bâclé.

Alors l’histoire c’est bien mais le gore bien déguelbif c’est bien aussi et là nous allons bientôt rentrer dans le vif du sujet ! Toujours porté par les succès commerciaux du moment Fulci accepte la proposition de l’opportuniste Fabrizio de Angelis (1) de profiter du buzz crée par le mythique Zombie de G. Romero. Dès le départ il est décidé de ne pas suivre son modèle involontaire et de partir dans une autre direction, sans doute afin d’éviter de préjudiciables poursuites judiciaires. Le scénario de Dardano Sacchetti se situe donc avant l’invasion des zombis et amorce un léger retour aux sources cinématographique du folklore (White Zombie, Vaudou ou l’Invasion des Morts Vivants) en faisant ressurgir toute une imagerie vaudou absente des relectures moderne du mythe par Romero. Dans un souci d’efficacité le film est appelé Zombi 2 (ou Gli Ultimi Zombi) en Italie, traduit aux USA par Island of the Flesh Eaters et chez nous par le tout aussi poétique l’Enfer des Zombies. L’histoire est assez bateau mais elle est surtout le véhicule de scènes gore d’anthologie qui ont grandement participé a la construction du culte entourant actuellement ce film et globalement Fulci. Pourtant si ces scènes essentiels sont le moteur du film, il est je pense inexact de dire que les qualités du métrage ne se situe qu’a ce niveau. La première scène voit l’arrivé d’un bateau a voile apparemment sans équipage dans le port de New York, deux flic monte a bord du bâtiment et l’un deux trouvera des restes humains avant de se faire tuer par un énorme monstre pourrissant, la créature est abattu par l’autre flic et tombe dans le fleuve. Étonnamment cette intro renvoie au Nosferatu de Murnau dans lequel une scène similaire voit l’entrée d’un navire sans équipage transportant le vampire dans le port de Wismar. Uniquement gouverné par la volonté maléfique de l’entité qu’elle transporte, ce bâtiment transporte la mort qui va bientôt se transformer en épidémie. Fulci opère de la même manière (a son niveau) en installant une ambiance diffuse de danger, annonciatrice de la catastrophe a venir. La suite s’éloigne de l’ambiance fantastique pour nous plonger dans une petite scène gore qui est elle-même une introduction aux excès supra-goreux qui vont jalonner l’Enfer des Zombies.

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L’histoire se résume au voyage d’Anne la fille du propriétaire du bateau et de Peter, un journaliste en quête de scoop, sur l’île de Matoul d’où est parti le navire. Accompagné par Brian et Susan, un couple de touristes, nos héros vont découvrir un étrange dispensaire dans lequel le taux de mortalité atteint des records, dirigé par le Dr.Menard (Richard Jonhson en pleine déroute) un médecin aux pratiques étranges , celle de tirer cash une praline dans la tête de toute personne récemment décédé. Évidement l’épidémie va rapidement se propager et nos héros vont devoir se coltiner toute une horde de macchabées pourrissants salement affamés. l’Enfer des Zombies ne garde quasiment rien du film de Romero, on pourrai même dire qu’il en est l’exacte opposé. Tout le contenu social a bien sûr giclé ainsi que le rythme infernal imposé par le montage de Dario Argento (sur la version européenne) qui disparaît pour faire place a une mise en place un chouilla laborieuse. On ne peut pas dire non plus que l’identification aux protagonistes aide a l’immersion, le métrage n’étant traversé que de personnages inexistants: le journaliste macho au cynisme pépère (Ian « je paye mes impôts » McCulloch), le couple de touristes (ça sert a queud d’indiquer qui c’est mais eux aussi ont des traites) et puis l’héroïne incarné par Tisa Farrow, eh oui la frangine de Mia (2), qui raque comme tout le monde mais elle a de si beaux yeux! L’arrivée sur une île (pas celle recherché) est l’occasion d’une représentation carte postal de l’endroit, avec bande son calypso d’ascenseur, heureusement très courte qui s’achève par la rencontre avec le couple américain qui leurs propose de les emmener sur cette fameuse île de Matoul, évidement précédé d’une sinistre réputation. Jusque là l’Enfer des Zombies n’est qu’un rien d’autre qu’un produit d’exploitation assez bien gaulé mais totalement anodin enquillant convenances et clichés. Du Bis anecdotique le film passe a la vitesse supérieur avec la célèbre attaque sous marine d’un zombi tentant de se sustenter sur le dos d’un requin qui tentait de boulotter Susan, partie imprudemment piquer une tête (comme ont dit tel est pris qui croyait prendre!). Entre le grotesque du truc et la folie douce du concept la scène, limite nanardesque, échappe de peu au ringard par l’étrange poésie qu’elle diffuse, son coté totalement « autre ».

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Et là vous vous dîtes « Mais putain et les scènes gore y va en parler le gros con là merde ??? ». Et oui nous y arrivons !

Forcement a un moment du film, nos héros arrivent donc a destination pour se rendre compte qu’il se passe des choses bien étranges sur cette île de Matoul ! Malgré des acteurs mauvais comme une louche d’huile de foie de morue et un rythme bancale l’Enfer des Zombies prend enfin son envol et Fulci entre a ce moment dans le cercle des réalisateurs qui ont marqués le fantastiques, a coup de grosses éclaboussures gorasses bien dégueux mais également grâce a l’élaboration de cette atmosphère délétère, putride, annonciatrice de fin du monde entrevue pendant la première scène. Les vivants sont sous le poids d’une malédiction inéluctable (la mort) et vont tous crever, dévorés par les morts ils rejoindront a leur tour l’armée des ténèbres. Les zombis chez Fulci n’ont rien a voir avec les morts vivants de Romero qui ont eux conservés une trace d’humanité. Le plus souvent putréfiés, les zombis fulciens sont totalement inertes, avançant a pas lent, ne montrant aucun signe de rage ou de satisfaction leurs yeux ne reflètent que le néant, comme de simples marionnettes manipulé par de mystérieuses forces supérieurs. Si quelques scènes laissent entr’apercevoir les monstres, celle du massacre d’Olga Karlatos et la mise en évidence des cadavres ambulant est bien sûr resté dans les mémoires. D’abord agrippé par les cheveux, la jeune femme est énuclée en très gros plan sur les reste d’une porte avant d’être dévorée. Là aussi la différence avec Romero est flagrante puisqu’au lieu d’utiliser un montage rapide afin de renforcer la brutalité de l’action, Fulci laisse traîner sa caméra sur le répugnant spectacle, faisant profiter le spectateur du moindre détail. Nous avons également droit a une très belle scènes voyant des zombis sortir d’un cimetière de conquistadores, une autre concession a l’imagerie classique totalement absente chez le maître de Pittsburgh. La suite est une sarabande gore dans laquelle se succède arrachages de gorges et explosions de têtes au shotgun. A ce stade il serait injuste d’oublier l’équipe technique du film, autant responsable de sa réussite que Lucio Fulci lui-même. Tout d’abord il faut saluer le travail du chef opérateur Sergio Salvati, fidèle collaborateur du petit maître transalpin depuis Les Quatre de l’Apocalypse jusqu’a La Maison près du Cimetière et qui fut le principal responsable de la réussite esthétique des grandes heures du réalisateur, même sur une œuvre aussi bas du front que Le Chat Noir. Les effroyables maquillages de Giannetto de Rossi et Maurizio Trani pour leurs réalismes malgré leurs étonnante simplicités et la musique electronico/macabro/minimaliste de Fabio Frizzi est elle totalement culte et participe entièrement au cachet du film. Honnêtement l’Enfer des Zombies n’est pas le meilleur film de Fulci qui ne voyait a l’époque le film comme une simple commande lui permettant de lâcher quelques un de ces penchants et d’exposer sa vision nihiliste du monde. Son plus grand film d’horreur viendra avec l’Au delà en 1981… Mais ceci est une autre histoire.

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l’Enfer des Zombies fit un carton a sa sortie mais dut subir les foudres de la censures dans de nombreux pays y compris, comme d’autres nombreux cas (Massacre a la Tronçonneuse, Zombie, Mad Max ou Frayeur), dans nos contrées alors sous la présidence de Giscard. Le film sortie dans une version expurgée de toutes ces scènes gore, le rendant ainsi totalement incompréhensible. Il fallut attendre la présidence de Mitterrand et l’action de Jacques Lang alors ministre de la culture pour que toute ces œuvres puissent sortir dans leurs versions intégrales.

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Et comme d’hab’ le « Hell zombi’s trailer » de la mort !

(1) Homme de goût et producteur visionnaire, De Angelis l’est assurément …Enfin presque. Il continuera sa collaboration avec Lucio Fulci sur l’Au-delà, La Maison près du Cimetière, l’Eventreur de New York et l’exécrable La Malédiction du Pharaon. De Angelis a également fait le bonheur des bisseux et zédars du monde entier en produisant Zombie Holocaust, Black Emmanuelle autour du Monde, Les nouveaux Barbares, Les Guerriers du Bronx 1 & 2 ou les Killer Crocodile.

(2) Tisa n’eût pas exactement la même carrière que sa sœur. Elle l’arrête après avoir tourné dans un autre film d’horreur archi culte (pour ces deux uniques scènes gore) l’Anthropophagous de Joe d’Amato.

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