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Chambardements # 3 : Errance et Solitude

14 juillet 2008

Cet article est une petite suite a l’excellente idée d’Epikt dans le cadre du cycle japonais de Juillet et poursuivi par Michael sur Wildgrounds. Comme d’hab’ vous pouvez trouver la liste des articles en cliquant sur le cigle ci-dessus.

3 Samouraïs Hors-la-loi (Sambiki No Samurai/1964) d’Hideo Gosha.

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Sakon Shiba, un rônin, décide d’aider des paysans désespérés qui ont enlevés la fille de leurs seigneur et qui sont décidés a présenter une missive au shogun lui même, au prix de leurs vies. Après de multiples aventures, Sakon est ensuite rejoint par deux autres rônins dans sa lutte contre les forces ennemis, l’un est un fils de paysan taraudé entre son désire pour une femme et celui d’aider les révoltés, l’autre est un homme de main du seigneur hanté par son passé et en quête de rédemption.

Première réalisation pour le cinéma et adaptation d’une série TV qu’il a lui-même initié 3 Samouraïs Hors-la-loi est surtout un premier chef d’œuvre qui démontre le talent d’un Gosha déjà virtuose, entremêlant en un seul film charge pamphlétaire contre l’esprit féodal – dans la droite lignée d’un Hara-kiri ou d’un Rébellion – et pur film de divertissement baignant dans la misère et la boue, rappelant le cinéma mélancolique et crépusculaire de Sam Peckimpah tout autant que le Yojimbo de Kurosawa. De sa première partie en huit clos en passant par de superbes scènes d’actions jusqu’à son final complètement désenchanté, la maîtrise filmique est soutenu par la superbe facture des films de l’époque, par un score qui en souligne l’ambiance et par l’interprétation fiévreuse de Tesuro Tamba qui retrouvera a de nombreuses occasions le réalisateur. Si Gosha réalise ensuite un paquet de bombes (les Kiba, Samouraï sans honneur, le Sabre de la Bête) il ne retrouvera cet état de grâce et cette inspiration qu’avec ce chef d’oeuvre flamboyant qu’est Goyokin.

Samouraï (1965) de Kihachi Okamoto.

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Niiro, un rônin alcoolique vivant dans une misère absolue et qui ne rêve que d’argent, est lié d’amitié avec Kurihara, un samouraï riche et fan de philosophie occidental. Les deux hommes sont attachés a un groupe de renégats du clan Mito fomentant l’assassinat d’un haut fonctionnaire favorable a la modernisation du Japon, mais les comploteurs soupçonnent la présence d’un traître parmi eux. Le jour de l’attentat est enfin décidé, Kurihara est identifié comme le traître et Niiro est sommé de le tuer. Pendant ce temps une jeune dame proche de Niiro apprend le terrible secret qui entoure la naissance du rônin.

Okamoto avait déjà passablement traumatisé les cinéphiles avec Sword of Doom va les achever avec ce Samouraï aussi noir qu’un abîme de désespoir. La construction en flash back n’adoptant presque uniquement que le point de vu des comploteurs dépasse largement le stade du simple caprice scénaristique pour se transformer en une façon d’enfermer Niiro – fabuleux Toshiro Mifune – dans un destin qui ne lui offre comme alternative a sa pauvre existence que la folie et la mort. Tout comme d’autres grandes œuvres du genre Samouraï parle donc de la fin d’une époque – l’ère Tokugawa – pour en stigmatiser l’inhumanité, nous dire qu’elle portait en elle les germes de sa propre destruction et surtout en évacuer toute la dimension héroïque, l’embuscade finale et la bataille qui s’ensuit n’est qu’une immonde boucherie dans laquelle les hommes crèvent la gueule ouverte en hurlant de douleurs. Ce qui n’était qu’une veine tentative de sauver un monde agonisant c’est métamorphosé en crépuscule. Celui des samouraïs mais aussi celui d’un homme -ce film est avant tout son histoire – disparaissant dans une tempête de neige, un plan d’un nihilisme hallucinant qui va vous hanter longtemps après la vision de cet énorme coup de boule qu’est Samouraï.

Zatoïchi, Route Sanglante (Zatoichi chikemuri kaido/1967) de Kenji Misumi.

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Dans une auberge Zatoichi rencontre une jeune femme agonisante qui, avant de mourir, lui fait promettre de retrouver le père naturel de son enfant. Malgré ces hésitations le masseur accepte l’offre. Ce voyage le conduira dans un petit village ou le jeune homme est mêlé a un trafic d’œuvre pornographiques auquel semble mêlé un redoutable samouraï.

Pourquoi ce Zatoïchi et pas une des nombreuses autres aventures du masseur aveugle, yakuza généreux et bretteur quasi invincible ? Et bien tout simplement parce que Route Sanglante est une synthèse de toutes les qualités intrinsèques de la série. Le scénario exemplaire ne laisse aucune place a une baisse de rythme alors que la plupart des autres épisodes sont généralement pourvu de ce qu’on appelle poliment un ventre mou, le film est une suite de seconds rôles tous magnifiquement bien écrit, de personnages consistants et vraiment attachants relevés par une petite pointe d’humour bien venu mais la star c’est évidemment Shintaro Katsu dans le rôle qui l’a rendu célèbre. Route Sanglante reprend vaguement l’intrigue de Voyage Meurtrier en collant dans les bras de Zatoïchi un gosse d’abord insupportable mais qui va peu a peu révéler les tourments de la solitude qui assaillent l’invincible bretteur. Katsu est vraiment au top dans ce film tant il parvient a rendre crédible la souffrance de son personnage mais également son humanité et sa générosité. Mais tout cela ne suffira pas a socialiser un homme dont le destin semble être celui d’une âme errante condamné a un spleen éternel. Misumi qui a en tout réalisé huit des meilleurs épisodes signe, avec Le Shogun de l’Ombre, son meilleurs travail sur cette série. La réal est d’une classe folle et le rythme très équilibré, ce qui n’est pas forcement le cas chez Misumi. Le combat final entre Zato et un sabreur aussi fort que lui finirai presque en beauté le métrage si une dernière scène ne venait pas nous rappeler que le destin de notre héros semble attaché aux routes poussiéreuses et solitaires qui traversent le Japon.

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