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Cinq films de Nobuo Nakagawa

11 juillet 2008

Notes sur Nabuo Nakagawa et sur le Kaidan Eiga.

Avant de devenir en occident une des grandes références du cinéma horrifique japonais, ce réalisateur né le 18 avril 1905 entame sa carrière a l’époque du muet et s’essaye a différent genres du cinéma de divertissements (comédie, jidai-geki, mélodrames). Pendant la seconde guerre mondial Nakagawa entre a la Chukaden’ei et y réalise des documentaires sur les bombardements et les combats aériens. Le conflit terminé Nobuo rejoint la Shintoho, compagnie née d’une scission de la Toho, pour laquelle il signera les films qui font l’objet de cet article. Classés dans la catégorie du Kaidan Eiga certaines de ces œuvres le rendront célèbre et le placeront comme une des références mondiales du fantastique. Aujourd’hui célébré de part le monde, certaines de ces idées visuelles furent reprises par Seijun Suzuki, Kato Tai. Il est également une des principales influences d’Hideo Nakata qui revitalisera lui-même le Kaidan Eiga en réalisant Ring en 1998.

Le Kaidan Eiga est le terme japonais le plus couramment utilisé en occident afin de définir ce qu’on appelle « le film de Fantôme ». Si cette formulation n’est évidemment pas fausse, elle ne rend pas compte de la diversité du genre qui compte le Yotsuya kaidan – série de films basés sur un classique du théâtre Kabuki écrit en 1825 qui est bien sur représenté ici par The Ghost of Yotsuya, le Kaidan Kasanegafuchi – inspiré d’un chant du 19e siècle « Histoires de fantômes de l’étang de Kasane » contant la triste histoire de la vengeance d’un masseur accidentellement tué, les principales adaptations sont de Kenji Mizogushi (1926), Kimiyoshi Yosuda (1960 & 1970) et bien Nobuo Nakagawa (1957), le Kaidan est lui basé sur le recueil publié en 1904 de récits folkloriques fantastiques japonais réunis par l’écrivain Lafcadio Hearn et dont est tiré ce qui est sans doute connu comme le film fantastique japonais de plus mondialement célèbre, avec le Jigoku de Nakagawa, le fabuleux Kwaidan de Masaki Kobayashi.

A Wicked Woman (Dokufu Takahash Odeni. 1958).

Oden est une jeune femme partagé entre son métier de voleuse et l’amour qu’elle porte a sa fille, gardé par son ancien mari – un alcoolique qui n’a que faire de la petite – jusqu’au jour ou elle rejoint un macro qui se servira d’elle afin de mettre en confiance et d’attirer des jeunes filles pour son réseau de prostitution. Oden entame sa plongé dans l’obscurité d’un triste destin. A Wicked Woman n’a que de rapport avec le genre qui rendra célèbre Nakagawa. L’intrigue se situe d’avantage entre les domaines du drame ou du film noir bien que le film déploie des ambiances étranges proche du fantastique, surtout dû a certains cadrages et décors qui nimbe le film d’une atmosphère ténébreuse. Nakagawa développe un personnage féminin central complexe aussi émouvant (les scènes avec sa fille) que réellement détestable ( voir l’indifférence avec laquelle elle jette des filles dans les griffes de son amant). C’est cette multiplicité des sentiments qui éloigne Oden de la figure de la renarde ou de la mente religieuse que semblaient définir les premières scènes. Le personnage est très réussi et l’on ne peut hélas pas en dire autant du reste des caractères qui sont soit tous totalement inexistant, soit inexploité (le mac interprété par Tetsuro Tamba) d’autant que le film accumule vers son final tout un paquet de situation invraisemblablement mélodramatique qui finissent par ennuyer. Dommage car A Wicked Woman est souvent magnifique (une constante des films chroniqués dans cet article), d’une maîtrise formelle incontestable. Cadres millimétrés, photo N&B remarquables et mouvements de caméra d’une grande fluidité, A Wicked Woman est parfois traversé d’images ou de courte scènes qui retiennent l’attention et anticipent les futurs penchants de la filmo de Nakagawa: la cave ou sont retenues les victimes d’Oden et qui servent également a l’assouvissement des penchants sadiques de Tamba ( torse poil avec un fouet), les décors constamment embrumés qui entours la maison d’Oden et l’apparition d’un érotisme discret. A Wicked Woman est donc avant tout a voir pour sa forme et pour quelques très belles scènes.

Black Cat Mansion (Borei kaibyo yashiki. 1958).

Un docteur et sa femme emménage dans une vieille maison abandonnée. La femme est aussitôt attaqué par le spectre d’une vieille femme qui tente a plusieurs reprises de la tuer. Un Moine leurs apprendra tout sur la malédiction qui plane sur la demeure. Nakagawa s’attaque donc ici au Kaidan Eiga et plus particulièrement a un sous genre très populaire a l’époque, le Babeneko Mono Eiga: le film de chat non mort. Black Cat Mansion est une variation autour du Chat Noir d’Edgar Allan Poe dont certain éléments ont été conservés (l’omniprésence du chat noir, le cadavre emprisonné dans le mur) pour un résultat très largement supérieur a Wicked Woman. Nakagawa fait évoluer ces personnages dans de superbes décors envahi par une brume photogénique qui suggère la présence du surnaturel. Nakagawa instaure un climat inquiétant, envoûtant dans lequel perce la menace de forces vengeresses. Paré d’un scope N&B sublime, Black Cat Mansion permet a Nakagawa de faire preuve d’une inventivité visuel constante dans ces cadrages ou ces mouvement d’appareils et truffe son film de symboles qui résonnent comme autant de signes du drame a venir. Nakagawa y affirme son goût pour le macabre, l’étrange, le fantastique et pour ce qui passe chez nous comme de la bizarrerie (les apparitions du chat fantôme) dans un récit en flash-back qui se verra lui-même coupé par un autre flash-back sur les origines de la malédiction qui passera du N&B a la couleur et a une réalisation plus statique, peut être afin de rappeler les sources Kabuki du Kaidan Eiga. Mais cela n’entrave en rien l’imagination de Nakagawa qui compose des plans lugubres d’une grande beauté. Plutôt lent mais jamais chiant, Black Cat Mansion est également étonnant dans la mesure ou Nakagawa en s’inspirant des classiques US du genre (les prods Val Lewton entre autres, celles de la Universal pour certaines ambiances) trace dans le sillon de Mario Bava et Terence Fisher et inscrit son film dans la droite lignée de ces grands monsieur du genre qui a la même époque l’ont bouleversé par leurs modernités. Mise a part la seul petite ombre au tableau que représente la dernière scène, sans doute imposé par le studio, Black Cat Mansion est un très bon film qui annonces les grandes réussites a venir que sont Jigoku et Ghost of Yotsuda.

The Ghost of Yotsuya (Tokaido Yotsuga Kaidan. 1959).

Sollicitant la main de Yotsuya et n’acceptant pas le refus de son père, un ronin du nom de Iemon assassine le vieille homme et réussi a se marier avec la jeune fille. Quelques temps plus tard Iemon rencontre une autre fille, Ume, qu’il désire aussitôt. Iemon et Naosuke, son homme de basse besogne, élimine le fiancé de la sœur de Yotsuya afin de profiter a Naosuke qui désire la prendre pour femme. Les deux assassins prépare ensuite l’assassinat d’Iwa de la plus cruel des façons, par un poison qui la défigure puis l’a fait mourir dans d’atroce souffrances. Débarrasser de son encombrante femme Iemon se mari avec Ume mais le spectre vengeur de Yotsuya va bientôt se manifester. Que dire sinon que ce film est un chef d’œuvre. The Ghost of Yotsuya est l’énième adaptation d’un classique qui trouve son origine dans une pièce Kabuki datant de 1825 qui fut illustré par, entre autres, Keisuke Kinoshita, Kenji Misumi ou Shiro Toyoda. Les différentes adaptations jouant soit le registre du parcourt psychologique de Iemon soit l’illustration d’une revanche d’outre tombe, vous imaginez que Nakagawa, pour notre plus grand bonheur, choisit la seconde option. The Ghost of Yotsuya est classiquement divisé en trois partie (de l’assassinat du père au mariage de Yotsuya, le complot de Iemon, la revanche de Yotsuya) mais semble partagé en deux parties distinct. La première heure qui décrit l’enchaînement d’évènements malheureux qui conduiront à la mort de Yotsuya est d’un classicisme remarquable, Nakagawa prend son temps pour nous conter le pathétique destin de ces personnages en toute sobriété, sans effet de style inutile. Les plans sont souvent fixes, les mouvements de caméras très rares ne sont utilisés que pour mettre en évidence des faits importants. Le budget réduit du film n’empêche pas Nakagawa de composer des plans sublimes typiques des tournages en studio de cette époque et malgré des personnages assez distants, sans doute du a une direction d’acteurs insuffisantes, The Ghost of Yotsuya parvient facilement a captiver l’attention. Nakagawa tisse patiemment sa toile en introduisant discrètement le fantastique dans le récit par l’intermédiaire de plans insolites ou inquiétants qui annonce la mort et la revanche de Yotsuya. Puis c’est la déferlante d’image lugubres, de scènes macabres illustrant la cruelle vengeance du spectre.

Plans inclinés, photo spectrale, composition de cadres magnifiques et baroques, décors envahi par un brouillard de mauvaises augures, les quinze dernière minutes sont d’une beauté a couper le souffle par le magnétisme qu’elle dégages, par leurs pouvoirs d’impression rétinienne. L’esthétique radicale lié a d’excellents effets spéciaux rapproche parfois The Ghost of Yotsuya du cinéma sensuel et morbide de Mario Bava a la grande différence que le fantôme de Yotsuya n’exprime que la souffrance et l’accablement, contrairement a la violence sadique des spectres qui peuplent quelques unes des oeuvre du réalisateur d’Opération Peur et du Corps et le Fouet. La plupart des apparitions spectrales sont anthologiques, accroché au plafond ou surgissant de l’eau, et sont toutes a mettre au panthéon des scènes marquantes du genre d’autant qu’elles contiennent certains détails gores plutôt avant-gardiste, ce qui en accentue encore davantage l’aspect effroyable. Le métrage se conclut sur une image qui distille un parfum mélancolique qui fini de faire de The Ghost of Yotsuya un des grands classiques de cette période et un des plus beau films fantastique tout pays et toutes époques confondues. Ben wouai un chef d’œuvre quoi !

The Lady Vampire (Onna kyuketsuki. 1959).

Pendant l’anniversaire de sa fille, un homme voit réapparaître sa femme disparut depuis 20 ans sans que le temps ne l’est vieilli. Pendant ce temps, un tableau l’a représentant est volé dans un musée par un nain, en fait l’assistant d’un mystérieux personnage qui se révèle être un vampire. Pour le coup il serait difficile de soutenir que The Lady Vampire soit une réussite. Cet œuvre, bizarrement placé entre deux sommet de l’œuvre de Nakagawa, est une tentative d’intégrer la figure du vampire dans le bestiaire fantastique nippon (le genre est appelé Kyutetsuki Eiga)et le moins que l’on puisse dire c’est que l’ensemble est globalement raté, la faute a un scénario bordélique au péripéties soporifiques, a une direction d’acteurs inexistante et a une réalisation très sage, voir assez statique.

Le début prometteur sombre dans une bizarrerie grotesque proche d’une certaine imagerie pop typiquement nippone sans que le style du film le justifie – en exagérant un peu imaginez un Mizoguchi parasité par les délires pop de Seijun Suzuki mais sans que cela en transforme fondamentalement la tonalité – on a donc droit a un vampire qui semble sorti tout droit d’une boite de nuit guère aidé par des serviteurs un rien superflus, une sorte de Maciste japonais qui se prend une raclée a chaque apparition (assez peu nombreuses), un spectre dont le rôle consiste a avertir son maître des dangers qu’il coure sans que cela le trouble puisque celui-ci s’en tamponne comme de l’An quarante et pour finir un nain poilu (toujours en avoir un dans le coffre de sa bagnole, ça peut servir). Il n’y a bien que la dernière partie qui puissent vaguement retenir l’attention grâce aux jolis décors du château souterrain du vampire et aux quelques scènes qui s’y déroule. Plus une curiosité qu’autre chose.

Jigoku (1960).

Shiro est un jeune étudiant sous la coupe de l’influence de Tamura, un compagnon de classe cruel et dominateur. Les jeunes hommes tuent accidentellement un yakuza sous les yeux de sa famille qui jure de le venger. La fiancé de Shiro, Yukiko, qui est également la fille de son professeur se tue dans un accident de voiture. Shiro décide de ne plus subir l’influence de Tamura et part dans un petit village ou il rencontre le sosie de Yukiko. Tamura resurgit, ainsi que le professeur, sa femme, la famille du yakuza. Leurs destins vont se fondre pendant une soirée qui va très mal se terminer, tout ce petit monde ira donc griller en Enfer. Les sources d’inspirations de Jigoku sont multiples. Il y a d’abord l’affaire Leopold-Loeb qui inspira Alfred Hitchcock (La Corde.1948) et Richard Fleischer (Compulsion.1959). Les rapports maître/esclave entre Shiro et Tamura sont effectivement abordés, l’homosexualité a peine suggéré mais ce ne sont bien sur pas les thèmes centraux du film de Nakagawa bien que Tamura soit défini comme un être corrupteur qui prend du plaisir dans la peine et le mal qu’il inflige a autrui, il est comme une sorte de personnage catalyseur du destin lugubre qui attend tout les protagonistes. Mais les influences majeurs de Nakagawa restent le Faust de Goethe et surtout l’Ojoyoshu. Achevé en 984 par le moine Genshin, ce traité donne une place importante aux descriptions des différents Enfers et des supplices qui y sont pratiqués. Jigoku est assez remarquable car c’est sans doute celui, des cinq films présentés ici, qui explicite le plus ce que sous tend Nakagawa sur l’inéluctabilité d’un destin voué aux ténèbres. La partie « terrestre » film enchaîne les situations avec un illogisme flagrant sans que cela nuise au propos d’un film, comme a son habitude Nakagawa égraine les signes d’un drame a venir, qui semble vouloir nous dire que l’Enfer n’est qu’une prolongation logique d’une vie terrestre remplie de violence, de lâcheté, de méchanceté ou d’abandon.

L’innocence dans Jigoku n’existe pas, même le vieux professeur a l’aspect respectable cache un secret qui le vouera au gémonies infernales, tout comme la douce Yukiko ou l’enfant mort née issue de son union avec Shiro. Si intéressante que soit cette partie « vivante », ce n’est pas cela qui a rendu célèbre Jigoku mais bien ces hallucinants tableaux dans lesquels évoluent des êtres humains en attentes de châtiments, transformant subitement la forme classique en cauchemar baroque, surréaliste ou hommes et femmes sont découpés en morceaux, décapités, éviscérés, plongés dans un fleuve de pus, ébouillanté, …Le tout sous un déluge de couleurs flamboyantes aux contrastes profonds avec comme témoins les démons et princes de l’Enfer chargés des sinistres travaux. Rien n’est épargné aux hommes, balayés dans le marécage de leurs vices et il faut bien dire que Nakagawa semble jubiler dans la représentation de ces Enfers et du traitement qu’il inflige a ces semblables. Pourtant cette avalanche de morbidité n’exclut pas une certaine forme de poésie que l’on peut trouver a certain endroits – la rencontre de Shiro et de Yukiko dans l’Enfer des enfants non nées ou la vision de leurs enfant en train de flotter sur le fleuve Sazumi qui traverse l’Enfer – lesquelles ajoutent aux images du spectacles dantesques une pointe de mélancolie qui traduit au final un sentiment de désolation. C’est dans ces instants magnifiques que Jigoku diffuse toute sa puissance morbide, son pouvoir de fascination, pouvoir qui ne trouve d’équivalent que dans le démentiel Häxan de Benjamin Christensen. Jigoku est un bijou, une perle noire, un film réellement unique qui, a l’instar de The Ghost of Yotsuya, mérite sa place au panthéon du cinéma fantastique et du cinéma tout court.

Si le cycle sur le cinéma japonais vous intéresse je ne serai trop vous conseillez que de cliquer sur ce lien qui vous mènera sur la page dédié a l’opération chez Wildgrounds qui centralise l’ensemble des adresses des articles des blogs concernant ce cycle.

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