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Baby Cart 2: L’Enfant Massacre

30 juin 2008

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Kozure Ôkami: Sanzu no kawa no ubaguruma de Kenji Misumi. 1972/Japon.

Face caméra un homme court a toute vitesse, sabre au point. Le contre champs nous apprend que l’homme se dirige en direction d’Ogami et son fils. Quelques plans décrivent leurs attitude devant le spectacle de cette course a l’issue fatal. Tout deux le voit se rapprocher avec sérénité, voir une pointe de lassitude. L’homme attaque Ogami, qui pare le coup et plante son sabre dans la tête de l’agresseur qui réussi a y bloquer l’arme. L’acolyte de l’assassin se révèle et fond sur un Ogami apparemment désarmé. Celui-ci se retourne vers le landau de Daigoro, se saisi de ce qui semble en être la rambarde et appuie sur un bouton. Le cylindre de bois se transforme en une lance sur laquelle le deuxième agresseur vient s’empaler. L’homme s’écroule dans un geyser de sang pendant que son compagnon agonisant, toujours le sabre d’Ogami planté dans la tête, prophétise la défaite de l’ancien exécuteur et de son fils. Cette scène d’introduction place d’emblée L’Enfant Massacre sous le signe d’une cruauté et d’une violence outrancièrement graphique, représentée a l’écran par une recherche visuelle et sonore déjà ébauché dans Le Sabre de la Vengeance et qui donnera dans cette épisode toute la mesure de son ampleur.

Devenu tueur a gages errant de par les routes, Ogami et son fils sont toujours poursuivies par les forces néfastes des puissants Yagyu. Mais incapables d’évincer l’invincible rônin, Retsudo envoie un émissaire qui enjoint les Yagyu d’Akashi , un clan de féroces amazones commandé par la cruelle Sayaka, de s’en occuper. Dans le même temps, Ogami conclu un contrat sur la tête d’un homme doté d’informations dont la teneur menace l’existence du clan commanditaire. Cet homme est protégé par les redoutables frères Ben,Ten et Rai, mandatés par les Yagyu pour ramener l’homme a bon port. Le combat entre le loup a l’enfant et les trois dieux de la guerre est désormais inévitable. Débarrassés des exigences de l’exposition, le duo Koike/Misumi développent les figures posées dans Le Sabre de la Vengeance jusqu’à un paroxysme qui a rendu quasi légendaire cet opus. Dépourvu d’enjeux dramatiques véritables, utilisant une narration linéaire qui n’est pas sans rappeler le déroulement des jeux vidéos, le scénario très commun du film n’est qu’un prétexte a l’enchaînement de scènes d’actions toutes plus inventives dans la barbarie les unes que les autres, chacune étant de pures exercices de styles dans lesquelles se déploie une énergie bestiale. Misumi et Koike donne corps a ce qu’Ogami appel « la voie du démon » en redéfinissant les routes du Japon comme autant de pièges mortels pour Le loup et son fils. Les premières minutes du film suivants le célèbre générique de la série montre Ogami et Daigoro constamment surveillés par les espions Yagyu, qui ne se privent jamais de leurs faire ressentir leurs présences et ainsi de créer un climat de paranoïa et d’insécurité pour les fugitifs. Mais les Yagyu sont également adeptes de manœuvres nettement plus frontales.

Ogami devra d’abord faire face au divers attaques des amazones du clan Yagyu. Le premier assaut prendra la forme d’une petite troupe de saltinbanques, habillées de vêtements outrancièrement colorés. Les femmes entourent Ogami et commencent une danse frénétique cadencé par les rythmiques tribales de notes jouées sur des tambourins et par toute une série de zoom agressifs et de plans de plus en plus courts qui crées une sensation hypnotique d’étourdissement. Ogami tranchera dans le vif et passera a l’épreuve suivante. Cette fois grimées en maraîchères et en lavandières, les femmes du clan Yagyu se feront une nouvelle fois laminer par l’imperturbable Itto, cette fois aidé par Daigoro qui enclenchera une des multiples armes de son redoutable landau. Puis Ogami affrontera Sayaka, qui survivra a l’affrontement et réussira a s’enfuir. Les hommes du clan Kurokawa, allié des Yagyu, tenterons a leurs tours de les tuer mais une nouvelle fois l’impitoyable Ogami vaincra, toujours avec l’aide de son fils. Éreinté par cette suite de combats, le Loup s’effondre de fatigue, c’est Daigoro qui va veiller sur son père. Au-delà de leurs rôles d’assouvissement et du plaisir jouissif qu’elles procurent, cette série de combats a également pour fonction de développer le rôle de Daigoro et ces relations avec son père. Présence discrète dans Le Sabre de la vengeance, Daigoro acquière ici une vrai importance. Son rôle, au fur et a mesure des épisodes, se développera encore davantage pour atteindre une vraie densité dans Le Territoire des Démons. Et c’est bien dans cette relation quasi silencieuse, pudique que naît réellement toute la profondeur de la série, profondeur qui est je crois une des grandes spécificité des Baby Cart et que l’on ne retrouve, a ma connaissance, que dans les meilleurs Zatôichi.

Si les anthologiques scènes de combats sont le privilège de l’ancien bourreau et ont forgés le culte autour des Baby Cart, Misumi filme avec poésie et retenue celles de Daigoro et crée ainsi un contraste saisissant avec l’odeur de carnage et de sadisme destructeur qu’exhale L’Enfant Massacre. Une des plus belles réussite de cette épisode est certainement la scène ou Ogami et Daigoro sont en train de prendre un bain. Ogami écoute son fils réciter les premiers chiffres quand le son des triangles, annonce de la présence des Yagyu, vient rompre la quiétude de ce moment pendant lequel les Itto essayaient de garder un rien d’intimité. La caméra de Misumi capte magnifiquement ce moment de tendresse discrète et réservé en y explicitant toute la solitude, la mélancolie qui étreint les deux personnages. Contrastes que l’on retrouve quasiment a tout les niveaux d’un métrage qui semble cultiver la rencontre des contraires. Le physique grassouillet de Tomisaburo Wakayama tranche singulièrement avec l’image laissé par les grands acteurs du genre et n’en demeure que plus mortel au moment fatal ou Ogami dégaine son sabre. Malgré les apparences, Daigoro n’a plus l’innocence de l’enfance, ces yeux se sont habitués au massacres dont il est l’impassible et silencieux témoin. Sayaka, troublé par Daigoro, laisse entrevoir une maternité frustré et une femme aliénée par les impitoyables lois de son clan. Les routes sont pleines de pèlerins, de saltimbanques et autres figures d’apparentes quiétude qui masquent autant de tueurs et de dangers. En fait, seuls les frères Ben,Ten, Rai se conforme a leur définition première de tueurs a l’aura quasi mythique.

Mais comment parler de L’Enfant Massacre sans évoquer ces hallucinantes scènes de combats. Sans compter celles décrites ci-dessus, déjà bien généreuses en geysers d’hémoglobine, L’Enfant Massacre est prolixe de moments ou la cruauté, la douleur et la mort se trouvent magnifiés par une mise en scène caressant plus d’une fois une certaine forme de surréalisme macabre. L’une des plus célèbres est sans doute celle ou les amazones de Sayaka massacrent, par défi, un ninja du clan Kurokawa. L’homme est proprement découpé en morceau, le nez, les oreilles, les doigts, un bras et pour finir une jambe lui sont enlevé avant d’être achevé poignardé dans un silence quasi absolu, seulement interrompu par la sonorité des sabres pénétrant la chair. L’autre grand moment de folie sanguinaire est celui ou les frères Ben, Ten, Rai étouffent une tentative d’embuscade dans le désert. Planqués sous des caches couvertes de sable, les hommes du clan commanditaires du contrat tentent de tuer le traître. Sentant le coup, Ben part a la « pêche » armé de ces griffes de métal et les plonge dans le sable qui s’imbibe immédiatement de sang, puis il tire de sa cachette un homme hurlant de douleur, les griffes plantées dans la nuque. Ben va réitérer l’opération plusieurs fois tout en manifestant une jouissance sadique, a chaque renouvelée par la vue du sang et de la souffrance. Cette scène vraiment démentiel de férocité est sans doute une des plus mémorables de la série. Le final, qui voient s’opposer les frères et Ogami, tout en étant dans la continuité du reste installe un lyrisme barbare qui renvoie au célèbres duels des westerns de Sergio Leone.

Tacticien retord et guerrier invincible, Ogami les exterminera de la même façon avec laquelle eux même ont donné la mort avec tant de générosité. L’un aura la tête fendu comme un melon, le second sera transpercé, le troisième finira dans la lente agonie de l’égorgement. Profitant de ces derniers instant et avant l’ultime geyser de sang, Ben s’étonnera du son étrange provoqué par le vent qui s’engouffre dans la plaie lui ouvrant le cou. Eclaboussure gore final signant la fin des bad guys les plus mémorable de la série (1). Comme dit plus haut, L’Enfant Massacre cultive les contrastes autant dans ces figures que dans son style. Misumi fait se côtoyer scènes au montage elliptique, mise en scènes inspiré a base de cadrages inventif et originaux allant jusqu’à chercher au fin fond du cadre l’énergie du manga originel, mouvement d’appareil, plan fixes ou composé par des fondus enchaînés sont les composants d’un film a l’esthétique radical offrant un cinéma essentiellement sensoriel, magnifié par un score envoûtant. Le film est également marqué par une utilisation du son minimaliste et judicieuse dans le sens ou elle ne fait qu’illustrer le « propos » du film, le son des sabres, celui de la chair découpé et les cris d’agonie sont bien souvent les seules sonorités audibles lors des nombreux combats, comme si Misumi avait voulu matérialiser en termes cinématographiques le sens le plus littéral du mot Chambara. L’Enfant Massacre assoie définitivement la série et est depuis devenu le plus culte des Baby Cart (2). Misumi récidive peut de temps après avec le troisième épisode de l’odyssée des Itto, Dans la Terre de l’Ombre.

To be continued…

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Le trailer !

1-qui serviront plus tard de modèle au trois guerriers surnaturel des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter, grand fan de la série.

2-Le Sabre de la Vengeance et sa suite furent fusionnés en un seul métrage, Shogun Assassin, et diffusé au USA au tout début des années 80. Ce remontage attribué a Robert Houston et produit par Roger Corman, grand habitué de ce genre de pratiques, est cité par Tarantino a la toute fin de Kill Bill volume 2, il s’agit du film que Béatrice et sa fille regarde sur un écran TV.

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