Skip to content

Le Masque d’Or

28 juin 2008

The Mask of Fu Manchu de Charles Brabin. USA/1932.

C’est entre 1912 et 1913 que Sax Rohmer, de son vrai nom Arthur Henry Sarsfield Ward, crée le personnage qui va lui apporter gloire et fortune en même temps qu’il marque l’apparition d’une figure marquante de la culture populaire: Le Mystérieux Dr. Fu Manchu, personnage principale de l’œuvre de Rohmer qui raconte la lutte du Dr. Petrie et de l’agent Maynard contre le diabolique empereur asiatique du crime, ultime incarnation de ce que l’on continue d’appeler le péril jaune. Roman clairement raciste adoptant la structure d’un pulp, Fu Manchu (qui sera en tout l’objet d’une cinquantaine de roman) concentre en un seul personnage tous les clichés et fantasmes liés au mépris des cultures asiatiques par les occidentaux de l’époque. Doté d’un intellect hors norme, Fu Manchu ne vise rien de moins que la destruction de l’occident et emploie pour ce faire tout les moyens possibles et (in)imaginables pour arriver a ces fins. Rohmer concède aux asiatiques une réel intelligence mais uniquement tourné vers le mal et fait de son vilain un des multiples descendants de cet autre surhomme démoniaque qu’est Fantômas.

Un tel personnage ne pouvait qu’attirer Hollywood qui produira tout une série de films pendant les années vingt (24 en tout) puis quelques métrages au tout début des années trente. D’abord incarné par H. Agar Lyon puis par Warner Oland a partir de 1929 pour une série de trois films, le rôle sera reprit par Boris Karloff dans ce qui est considéré comme le meilleur film tiré des écris de Sax Rohmer: Le Masque d’Or. Karloff est au début des 30’s une énorme vedette grâce a sa mémorable performance dans le Frankenstein de James Whale sorti l’année d’avant. A l’instar du Dracula de Browning, l’énorme succès du film de Whale fut le détonateur de la première vague fantastique du cinéma américain. Surfant sur la lancée horrifique crée par ces glorieux modèles, la pourtant prude MGM produira en 1932 cette nouvelle version des aventures du Ben Laden asiatique et en donnera la direction a Charles Brabin*, un ancien assistant de D. W. Griffith et d’Edwin S. Porter passé a la réalisation en 1911. Brabin se fit la main sur les sérials qui peuplaient les écrans de cette époque, il connu son heure de gloire dans les années vingt avant d’abandonner le cinéma en 1934, date de sortie de son dernier film.

L’histoire en elle-même n’a que peux d’importance et ne fait que se calquer sur le modèle de centaines d’autres œuvres du même type. Une équipe de valeureux archéologues est envoyé dans le désert de Gobi afin d’y découvrir la tombe de Gensis Khan, la tradition voulant que le tombeau contiens le masque en or et le sabre du légendaire conquérant, celui qui les posséderaient serait reconnu comme l’héritier du grand Khan dans toute l’Asie. Mais l’équipe doit faire vite car l’ignoble Fu Manchu recherche lui aussi les précieux artefacts qui lui donneraient la puissance de lancer toutes les forces de l’Orient dans une guerre total contre l’Occident, mais nos braves aventurier blancs et anglo-saxons devancent le vil scélérat, trouvent le tombeau et s’en approprient le précieux contenu. Fu Manchu réplique en faisant enlever le bellâtre de service qu’il convertie a sa cause grâce a de puissantes drogues, sous les yeux avides de Fah Lo See, la fille de Fu Manchu, qui rêverai de faire du jeune occidental son esclave sexuel. Mais la moral reprend son droit dans un final qui verra l’anéantissement des forces du mal et le rétablissement de l’ordre.

L’intrigue ne réserve donc aucune surprises et sacrifie aux conventions de l’époque, avec ce que cela recoupe de clichés éculés. Le groupe de « héros » de ce récit passera sans doute au yeux du publique actuel pour une bande de vieux cons intolérants, obtus et racistes, doués d’un esprit au colonialisme répugnant leur dictant que le pillage d’un patrimoine culturel pour contenter la satisfaction esthétique du publique occidental va évidement de soit, que les orientaux sont des gens étranges dont on ne comprendra sans doute jamais rien et surtout qu’ils sont tous irrémédiablement perfides, idolâtres, pervers et corrompus. L’inévitable couple héroïque est au rendez vous avec son bellâtre un peu stupide, toujours prompt a se jeter bravement a l’aveuglette dans la gueule du dragon, et sa compagne; une blonde hystérique cristallisant sur sa personne tout les stéréotypes imaginables liés a la condition que lui vaut la teinte de sa masse capillaire. Il est donc inutile de s’appesantir sur ces personnages stupides – porteur d’une vision a ce point manichéenne et naïve qu’elle en devient inoffensive, désamorçant les aspects antipathiques du métrage (heureusement d’ailleurs!!!) – pour ce concentrer la vrai star du film: Herr tiaboligueux Fu Manchu (fort accent germanique inside).

Bien sûr Fu Manchu n’échappe pas au simplisme ambiant. Le génie du mal est une concentration des clichés généralement admit chez les asiatiques cultivés, son excessive politesse, son intellect ne peuvent qu’être les révélateurs d’une perfidie sans limite, aspect mis en évidence par un superbe maquillage qui renforce l’aspect Luciférien des traits du sombre individu. Mais c’est bien dans les scènes de notre bon docteur que le film s’illumine et prend toute son ampleur. Aidé par le jeu réellement savoureux de Karloff, la création de Rohmer prend ici une dimension quasi charnel tant celui-ci fait preuve de sollicitudes auprès de ces « invités » qu’il semble presque draguer pour obtenir ce qu’il désir. Bien évidemment ces incorruptibles et vaillants ennemis refusent ces offres (avances ?), permettant ainsi au bon docteur de passer au stade supérieur de son étrange sens de l’hospitalité en les soumettant a de multiples formes de tortures, toutes plus variés et inventives les unes que les autres. Karloff offre a son personnage une élégante prestance ainsi qu’une grandeur hiératique tout en affichant un sadisme pleinement assumé. Le jeu subtil de l’acteur jouerait presque le registre de la gentillesse tant son personnage semble peiné par la douleur qu’il inflige a ces victimes, tout en se délectant du pouvoir qu’il exerce sur elles.

Le parfum de déviance qui hante le film est encore accentué au travers de Fah Lo See, interprété par la sensuel Myrna Loy, et de son attirance pour le bellâtre capturé. Celui-ci, avant d’être drogué par Fu Manchu, est confié au bon soin de la jeune femme pour une scène de torture a l’aspect sexuel plutôt osée pour l’époque. Le jeune homme est attaché puis fouetté sous le regard plein de concupiscence de la fille de Fu Manchu qui, au sommet d’un paroxysme orgasmique, ordonne aux esclaves chargé de la besogne de le fouetter de plus en plus rapidement jusqu’à l’évanouissement. De même la présentation de Fah Lo See devant l’assemblé de dignitaires venu de toute l’Asie provoque une série de regard chargé d’une tension qui ne laisse aucun doute sur la nature du désir qu’elle provoque chez eux, une méthode astucieuse de Fu Manchu pour capturer l’attention de l’auditoire qui a, dans une scène précédente, « proposé » les services de sa fille pendant les négociations avec nos fières héros.

Tout simple que soit le fond, le film se pare de décors magnifiques qui rehaussent l’aspect serial du métrage en une magnifique suite de lieux qui frappe l’imaginaire. Le palais de Fu Manchu, ces multiples chambres de tortures, l’immense salle dans laquelle est entreposé une statue géante de Gensis Khan sont des espaces parfois surréalistes qui invoque l’aventure, l’évasion propre au récits « sérialesques » avec son lot de chausses trappes et de passages secrets. La réal discrète se pare de quelques beaux travellings bien placés – comme celui accompagnant Karloff laissant derrière lui une victime soumit au supplice de la cloche, soulignant la tenue presque impérial de Fu Manchu et la satisfaction qu’il éprouve devant les souffrances qu’il inflige – le tout généralement soutenu par une photo qui ne fait pas semblant de claquer méchament ça race. On peut vraiment regretter que le happy end final ne donne pas la victoire a ce fascinant personnage et laisse le spectateur affligé devant une ultime manifestation de la condescendance de ces principaux protagonistes félicitant un boy édenté de son inculture et de sa stupidité. Avec son méchant d’exception et sa facture visuel, Le Masque d’Or est tout simplement un indispensable a découvrir, ou a redécouvrir d’urgence.*

Le Masque d’Or est dispo dans le coffret Hollywood’s Legends of Horror Collection sortie chez Warner US dans une copie de bonne facture. Tout les dvd de ce coffret sont all zone et sous titrés en français.

-Les photo et affiches de cet article proviennent de Doctor Macro.

* En fait c’est Charles Vidor – le futur réalisateur du mythique Gilda – qui commença le tournage avant de se faire virer au profit de Brabin.

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :