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Les Forbans de la Nuit

10 juin 2008

Night and the City de Jules Dassin. USA/1950.

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Les Forbans de la Nuit est le dernier film tourné par Jules Dassin pour un studio US. Filmé en Angleterre pour des raisons purement économiques, initialement prévue pour Jacques Tourneur pour être finalement confié a Dassin par Darryl Zanuck qui avait en estime le jeune réalisateur et qui désirait l’éloigner ainsi un temps du bureau des activités anti-américaines qui l’avait pris pour cible. Jules Dassin s’imposât en 1947 par ce coup de maître que fût Les Démons de la Liberté, énorme coup de boule d’une noirceur d’encre sur l’inhumanité du système carcéral. Puis suivirent des films allant du bon a l’essentiel, La Cité sans Voiles, un docu-fiction policier a l’esthétique néo-réaliste considéré comme un des ancêtres des séries policières actuel mais guère estimé par Dassin a qui le montage avait échappé, Les Bas Fonds de Frisco, un drame noir sur fond de corruption dans le milieu du monde maraîcher et pour finir Les Forbans de la Nuit. A son retour d’Europe Dassin se rend compte qu’il est black listé, grillé dans l’industrie du cinéma il tente le théâtre pour finalement répondre aux propositions venant d’Europe (1), et ouvre ainsi un nouveau volet d’une carrière jusque là essentiellement marqué par le film noir, majoritairement associé a de fortes considérations social.

Une lancinante voix off commente quelques fondus enchaînés décrivant de manière poétique et monotone un Londres nocturne. Poursuivi, un homme court a perdre haleine et nous entraîne au fil des ruelles dans les méandres d’une cité aux ténèbres menaçantes, l’homme qui court s’appelle Harry Fabian (Richard Widmark), Il se réfugie chez son amie Mary (Gene Tierney). Fatiguée des petites arnaques d’Harry qui tente de lui emprunter de l’argent pour « un coup sûr » Mary refuse et lui demande d’arreter, de redevenir l’homme qu’elle a jadis connu. Mais Harry ne l’entend pas de cette oreille, il tente sa chance au près de l’adipeux Phil Nosseross (Francis L. Sullivan), propriétaire d’un club « le renard argenté » dans lequel travaille Mary, Nosseross se moque de lui et refuse lui aussi. Dépité, Harry pigeonne quelques touristes et se rend a un match de catch organisé par Kristo (Herbert Lom), un caïd monopolisant le milieu sportif londonien. Fabian y rencontre Grégorius, une légende de la lutte gréco-romaine et père de Kristo. Grégorius est dégoûté des matches organisés par son fils. Fabian, qui y voit la poule aux œufs d’or, joue le jeu du vieil homme et le convainc de s’associer a lui pour l’organisation de matches de luttes. Grégorius qui trouve Harry très sympathique accepte au grand dam de Kristo, haineux et humilié. Nosseross refusant toujours de financer Harry, c’est sa femme qui en secret se joint a lui, désireuse de s’émanciper d’un homme qui l’écœure. Nosseross apprend la traîtrise et décide de détruire Fabian qui, d’abord inconscient du danger, voit peut a peut la toile de la fatalité se tisser autour de lui.

Dès les premières minutes nous sommes plongés dans l’univers interlope d’un Londres ténébreux, réaliste et onirique. Une des grandes réussites de Dassin fut d’importer le modèle des « Dark City » du ciné US et d’avoir fait de la capitale anglaise l’équivalent européen de New York, Chicago ou Los Angeles, une ville sinistre ou se croise le destin de personnes a la recherche d’un ailleurs qu’ils ne pourrons atteindre. Loin des images d’Épinal généralement véhiculées, Londres devient une cité sordide noyé dans l’obscurité d’une photo clair-obscur, renforçant la claustrophobie naissant des ruelles sombres, des appartements exigus, des clubs embrumés, une cité noyée dans un onirisme cauchemardesque, théâtre des désillusions et du drame de l’existence d’Harry Fabian. Remarqué et imposé par Zanuck sur Le Carrefour de la Mort contre la volonté d’Henry Hathaway, Widmark devint instantanément un acteur de premier plan en gagnant un Oscar pour sa fameuse interprétation de Tommy Udo, le salopard psychotique au rire hystérique qui persécute Richard Mature dans cet excellent film réalisé en 1947. Puis Widmark enchaîne dans le sympathique La Dernière Rafale de William Keyghley, il joue le rôle du leader d’un gang de braqueur. Plus mesuré que dans le film d’Hathaway, son personnage n’en ait pas moins une ordure vicieuse qui ne refrène jamais ces pulsions sadique. Une autre interprétation mémorable pour un acteur que le regard inquiétant et les traits émaciés prédestinaient a ce type de rôle. Quelques films l’éloigneront de l’univers du film noir. Road House, que je n’ai hélas pas vu, et La Ville Abandonnée, un excellent western de William Wellman ayant quelques affinités avec l’univers du film criminel.

Avec Les Forbans de la Nuit Widmark retourne dans l’obscurité des sombres territoires de la perdition et touche au génie dans le rôle d’Harry Fabian, une petite frappe cupide, un magouilleur sans envergure au caractère enfantin obsédé par l’idée de réussite, du coup qui ferait de lui un homme riche, important, estimé. Avec une épure et un sens de l’essentialité admirable, Dassin illustre le parcourt d’un loser qui deviendra au final le héros tragique d’une histoire distillant un désespoir poignant, sous les yeux de Gene Tierney témoin impuissant de la chute de l’homme dont elle est amoureuse. Avec ce rôle Widmark rejoint le club des acteurs qui ont profondément marqués de leurs empreintes les anales du film noir puis prêtera son talent et son charisme a des personnages un tantinet plus positifs (2) et inscrira son nom dans la légende du ciné Hollywoodien. Les récents décès de ces deux grands monsieur du cinéma US que furent Jules Dassin et Richard Widmark n’a semble t’il pas spécialement ému les médias qui, comme d’habitude, ont rapidement passé l’info après les quelques hommages de rigueur. Peu ont mêmes mentionnés ce film génial, seul rencontre cinématographique des deux artistes et chef d’œuvre absolu du film noir.

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La bande annonce est ici

(1) Dassin débute cette nouvelle carrière en France ou il signe un excellent film de braquage, Du Rififi chez les Hommes, d’après les écrits d’Auguste Le Breton qui en signa l’adaptation et les dialogues. Rififi gagna le prix de la mise en scène au festival de Cannes de 1955.

(2) Dans Panique dans la Rue d’Elia Kazan, Widmark interprète un agent du gouvernement qui pourchasse une autre tronche du ciné US, Jack Palance, qui hérite du rôle d’un voyou atteint de la peste. Hormis les oeuvres cités, je ne serait trop vous conseiller quelques autres grands films entre autres interprété par Richard Widmark: Le Jardin du Diable d’Henry Hathaway, un superbe western aux accents de film d’aventure rythmé par un envoûtant score de Bernard Herman et le mythique Port de la Drogue de Samuel Fuller dans lequel Widmark renoue avec l’univers du film noir.

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