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Baby Cart: Le Sabre de la Vengeance

29 mars 2008

Kozure Ôkami de Kenji Misumi. 1972/Japon.

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C’est en 1970 que sortent au Japon les premiers volumes de Kozure Ôkami (Le Loup Errant) écrit par Kazuo Koike et dessiné par Goseki Kojima. Le succès est immédiat, l’odyssée de l’ancien bourreau shogunal et de son fils, répartit sur un total de 8000 pages, se vendra a plus de huit millions d’exemplaires et deviendra plus tard une des influences majeur d’un des grands manitou de la culture pop moderne: Frank Miller (qui parrainera d’ailleurs la sortie du manga au USA sous le nom de Lone Wolf and Cub). Comme cela arrive souvent dans le monde merveilleux du dollars… heu du yen, le concept sera décliné sous différentes formes. T-shirt, figurines, chansons, une pièce de théâtre, plusieurs séries TV (la première en trois saisons de 1973 a 1976, une autre de 2002 a 2004) et divers adaptations sur grand écran. C’est sous l’impulsion de Tomisaburo Wakayama que la saga va prendre sa forme cinématographique la plus célèbre. Wakayama est un acteur de seconde zone qui n’a jamais réussi a sortir de l’ombre de son frère cadet Shintaro Katsu, énorme star en Asie grâce à la mythique saga de Zatôichi dont il interprète le rôle titre. Wakayama n’a joué que les second et troisième couteau dans divers films (on l’aperçoit dans le second et sixième épisode de Zatôichi et dans Guerre des Gangs a Okinawa de Kinji Fukazaku) sans jamais trouver le rôle qui aurait pu lui permettre de s’imposer, y compris dans les Gokuaku Bozu une série de films ou Tomisaburo joue le rôle de Shinkai un moine libidineux, ivrogne et toujours prompt a utiliser la violence pour arriver a ces fins (1). Cinq films sont réalisé entre 1968 et 1971 mais sans effet sur sa carrière, Tomisaburo se rabat sur le manga du duo Koike/Kojima dont il est grand fan.

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Kozure Ôkami est l’équivalent papier d’un genre désigné au japon par le nom de Chambara (2), genre cinématographique très populaire, l’équivalent du western aux USA, dérivé du Jidai Geki (film historique en costumes) mettant en scène des histoires de samouraïs, rônins et autres sabreurs généralement situé pendant l’ère Edo. Mais au début des 70’s le Chambara en est a son crépuscule. les Yakuzas ont pris le relais comme grandes figures populaires d’un cinéma nippon de toute façon en pleine déchéance, la télévision se chargeant de vider les salles depuis le début des 6O’s et l’importation de films étrangers de grappiller une part importante du publique restant et de l’éloigner de la production local. Pourtant Tomisaburo y croit et va tout naturellement s’adresser a son frère pour en assurer la production, Shintaro ayant crée une société afin de s’assurer d’une total indépendance: la Katsu Prod. Koike assurant lui-même le scénario de l’adaptation (3) Tomisaburo pense a Buichi Saïto, un jeune réalisateur avec qui il tourna en 71 Gokuaku Bozu – Nomu Utsu Kau et avec lequel il entretiens de bons rapports. Mais Saïto, sous contrat pour la Toei, ne peut que décliner l’offre. C’est Kenji Misumi qui sera finalement choisit pour illustrer les sanglantes aventures d’Ogami Itto et de son fils Daïgoro. La production des premiers films entre donc en production dès 1971, Le Sabre de la Vengeance sort l’année d’après, soit deux ans après la parution des premiers volumes.

Le choix de Kenji Misumi ne doit rien au hasard. Traumatisé par la guerre et son internement dans les camps soviétiques dans lesquels il passât trois ans, Misumi était un homme discret et taciturne. Coulé dans le moule des studios, Misumi parvint néanmoins a construire une œuvre personnel principalement construite autour de personnages solitaires et marginaux, incapables de s’adapter au monde qui les entoure. Ces figures sombres et tragiques hantaient pour la plupart des films de sabres, genre que Kurosawa avait révolutionné quelques années auparavant avec Yojimbo – Le Garde du Corps et dans lequel allait également s’illustrer Hideo Gosha, l’autre grand spécialiste du genre. La première œuvre marquante de Misumi fût sa version de Daibosatsu TôgeLe Passage du Grand Bouddha, œuvre littéraire monumentale ayant déjà été plusieurs fois adapté a l’écran et racontant le parcourt de Ryunosuke Tsukue, un samouraï psychotique et aveugle plongeant progressivement dans la folie. Tsukue est interprété par Raizô Ichikawa, acteur au charisme étrange avec qui Misumi va tourner une autre trilogie, celle du Sabre. Composé de Tuer, Le Sabre et La Lame Diabolique ces œuvres, qui n’ont aucuns liens entres elles, permettent non seulement a Misumi d’exprimer son mal être et ces obsessions violentes mais également de parfaire un sens déjà aigue du cadrage et d’une manière général une vision pictural exceptionnel. C’est après Shaka, une transposition de la vie de Bouddha qui sauva la Daei du dépôt de bilan, que Misumi allait poser la première pierre d’un des grands édifices de la culture populaire nippone. C’est en 1962 que Misumi réalise Zatôichi MonogatariZatôichi, Le Masseur aveugle. Le succès est foudroyant, Katsu devient une star et son personnage4 sera le héros de pas moins de 25 films entre 1962 et 1973. Misumi réalisera cinq autres suites aux aventures du masseur aveugle et d’une manières général ces films sont considérés, a juste titre, comme les meilleurs de la série. C’est donc tout naturellement que Shintaro et Tomisaburo vont s’adresser a lui.

« Nous avons rejoins l’enfer des damnés » Ogami Itto dans L’Enfant Massacre.

Ogami Itto est Kaisakunin, l’exécuteur officiellement mandaté par le Shogun. Son rôle consiste a aider les seigneurs a mourir pendant leurs seppuku en les décapitant, il est en outre le seul habilité a porter les armes de son maître. Ce rang attise la jalousie de Retsudo Yagyu, chef du puissant clan Yagyu, qui ourdit un ingénieux complot faisant passer Ogami pour un traître aux yeux du Shogun. Sa femme assassinée, Ogami est poussé au suicide avec son fils Daïgoro, âgé de un an. Mais Itto refuse de se plier aux lois du Bushido et d’obéir aux ordres du Shogun. Il renie sa condition de samouraï et tue deux petits fils de Restudo en duel. Hors la loi, Ogami hère sur les routes accompagné de son fils et, pour subsister, devient tueur a gage.

Très logiquement c’est donc Le Sabre de la Vengeance qui pose les bases thématiques, visuels et les codes de la série. D’emblée Ogami Itto ne nous est pas présenté comme un personnage particulièrement sympathique mais comme l’ultime chaînon d’une mécanique de terreur destinée a assoir le pouvoir du Shogun et de briser chez les seigneurs toutes velléité de rébellion ou d’indépendance. Les premières scènes sont particulièrement crucial pour une bonne compréhension du personnage. L’introduction suit les pas d’un enfant accompagné d’un vieil homme, marche suivi par les regards de serviteurs en pleures. L’enfant est en fait un seigneur condamné a mort par la cruauté des lois féodales, le vieil homme un intendant qui suit les derniers pas de son maître. Le cérémonial du seppuku arrive a son terme avec l’arrivée de l’exécuteur. Impitoyable, Ogami accomplira son œuvre. Plus tard, on le voit se recueillir dans un petit temple érigé a la mémoire de ces victimes. Après la mort de sa femme, du premier Yagyu et la découverte du complot, Ogami donne le choix a Daïgoro. Son père a décidé de se venger et de se soustraire de l’influence du code qui régit la vie d’un samouraï « Je dois venger la famille Ogami. Je dois donc quitter la voie du Samouraï et devenir un démon exterminateur. Écoute bien, Daigoro. A partir d’aujourd’hui je suis un tueur. C’est la voie du sang, de la mort et de la barbarie. La voie du tueur et la seule possible pour assouvir ma vengeance contre l’infâme clan Yagyu qui a salit notre nom » et lui donne le choix entre deux objets: un sabre (suivre la voie du tueur) ou un petit ballon (rejoindre sa mère dans l’au-delà). Daïgoro choisi le sabre, son père le prend dans ces bras et lui dit en pleurant « J’aurais préféré que tu rejoigne ta mère. Tu aurais été heureux avec elle. Mon pauvre fils… Le tueur a l’enfant. Notre destinée est tracé !« .

Ces scènes décrivent un personnage d’une grande complexité. A la fois brutal et doté d’un sens moral et du devoir quasi aveugle (il ne fait aucun doute qu’Ogami aurait tué son fils si son choix fut autre) mais également emprunt de profondes valeurs humaines comme l’amour, l’honneur, la compassion et la culpabilité. Des sentiments qu’Ogami n’invoquera par la suite que rarement. Devenant un tueur a gage errant l’ancien bourreau abandonne une partie fondamental de son identité de samouraï et se mure dans un mutisme qui n’est que l’écran derrière lequel se cache un homme brisé, hanté par son passé (ce qui justifie l’utilisation d’une structure en flash back) et fondamentalement pessimiste sur la valeur de l’humanité. Ce n’est qu’en présences de certaines figures qu’Ogami considère comme égale a lui même, des parias rejetés par la société, que ces sentiments referont surface. L’autre personnage essentiel de la série est bien sur Daigoro, dont le rôle dans ce premier volume est quelques peu en retrait mais qui gagnera en importance dans le futur. Itto vit en autarcie et n’en sort qu’au moment ou l’ont vient solliciter ces services de tueur et n’a que peut d’intérêt pour ces congénères. Daigoro est le personnage par qui l’humanité d’Ogami reste malgré tout visible, il est son futur et son double.

Visuellement le film est au carrefour des influences. Encore rattaché aux grandes heures d’un classicisme flamboyant des années 50/60, Le Sabre de la Vengeance est également influencé par le nihilisme du western italien et l’outrance visuel des sanglantes orgies de l’ogresque Chang Cheh, légendaire réalisateur de la Shaw Brother. Fan de Kurosawa et de Leone, Misumi fait exploser ces cadres dans une recherche formel quasi expérimental qui réussi a traduire l’énergie des planches dans des scènes de combats et de duels d’une violence graphique monstrueuses qui ont fait en grande partie le succès et le culte des Baby Cart. L’univers dans lequel évolue Ogami Itto et Daïgoro est un monde de déliquescence morale absolue. Les routes sont hantées par des femmes folles de douleurs, par des bandits au langages ordurier qui violent et tuent sous le regard de badauds affectés d’une totale indifférence ou d’une détestable lâcheté. Les forces censées représenter l’ordre et la loi ne sont pas mieux loties, au mieux absentes au pires a l’origine même des troubles de part leurs incessantes conspirations. En plus de ces contrats, Ogami et Daigoro devront repousser les incessantes attaques du clan Yagyu au travers de combats combinant une violence graphique aussi jouissive que bestial et une réel forme de poésie macabre. Poésie qui ne s’exprime pas uniquement lors des scènes de combats. témoin cette scène où Ogami est poussé a faire l’amour a une prostitué, emballée dans un formalisme magnifique qui exclu toute forme de vulgarité et donne a cette séquence une beauté érotique troublante et fascinante. Tout les codes de la série sont déjà inscrits dans Le Sabre de la Vengeance, il seront tous poussés jusqu’à leurs paroxysme tout au long de la saga. Comme la poussette de Daigoro qui cache une multitudes de d’armes, les combats d’Ogami contre une masse d’ennemies dont le nombre augmentera d’une manière exponentiel (un contre dix, puis vingt, puis quarante,…), sa rencontre avec un personnage avec qui Ogami établira une relation essentiellement lié a une vision moral mais également a une certaine forme d’identification a sa condition de paria. Le Sabre de la Vengeance est un énorme carton. Sa suite, l’Enfant Massacre sort dans la foulée…

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To be continued…

1 – le premier épisode est sorti en France chez HK video sous le titre du Moine Sacrilège.

2 – Terme dérivé de l’onomatopée « cham cham bara bara » qui désigne le bruit que fait le sabre en pénétrant la chair. Le genre est également appelé Ken Geki, littéralement film de sabre.

3 – Kazuo Koike sera en tout scénariste des cinq premiers Baby Cart.

4 – Un aveugle errant, yakuza a ces heures, masseur et sabreur quasi-invincible. Zatôichi malgré son caractère bougons est toujours prompt a rendre la justice mais semble incapable d’intégration social, Il est un éternel errant.

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