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MR 73

21 mars 2008

d’Olivier Marchal. France/2008.


L’ancien flic devenu réalisateur a parcouru du chemin depuis Gangster, une péloche sympathique mais inaboutie, et 36 témoignait de la marge de progrès d’un réal lorgnant la filmo de Michael Mann avec discernement, accompagné du désir de rétablir un genre policier quelques peu tombé en désuétude tout en évoquant son passé, histoire de rendre hommages a ceux tombés pour services rendu, au héros de l’ombre et de témoigner des connivences et manigances qui en secret se déroulent dans l’ombre des alcôves du Quai des Orfèvres. Le résultat était une fresque policière âpre et dramatique, pas forcement parfaite mais enthousiasmante dans sa qualité d’écritures, pour ces personnages, bons ou mauvais, tous profondément humain et témoignait de la sincérité absolu de son auteur.

Marchal nous revient avec MR 73, un film évidemment policier qui nous raconte l’histoire de Schneider, incarné par un Daniel Auteuil sépulcral, flic hanté par la mort de sa femme, de sa fille. Totalement incapable de surmonter son chagrin, Schneider sombre peu a peu dans l’alcoolisme et l’autodestruction sous le regard attristé de ces proches et de ces collègues. Les films de Marchal n’ont jamais vraiment brillé par leurs optimismes mais MR 73 s’enfonce d’entrée dans un univers de fin du monde, quasi apocalyptique. Mais cet apocalypse est avant tout intérieur, celui d’un homme en sursis qui donnera sens a sa douleur avec la rencontre de Justine, une autre écorché tourmentée par le souvenir du massacre de ces parents, perpétré par un homme qui va bientôt bénéficier une remise de peine.

Marchal a fait des progrès, son travail caméra est plus fluide, ces angles et plans sont bien travaillés et d’une manière général participe vraiment a la matérialisation de la déchéance de Schneider, évinçant l’aspect télévisuel que l’on pouvait reprocher a ces précédents films tout en éloignant Marchal de l’ombre encombrante de Michael Mann. On peut par contre se poser des questions sur une production design problématiques, voir par instant catastrophiques. Décidé a visualiser physiquement le monde vu par Schneider, Marchal opte pour un look ultra sombre, délabré et glauque qui s’il lui arrive de taper dans le mille s’avère souvent d’une laideur total et parfois même complètement dépassé, tout comme la photo qui semble tout droit sortie du Mister Frost de Phillipe Setbon. Ce parti pris particulièrement casse gueule a au moins l’avantage d’affirmer Marchal comme un réalisateur ambitieux pour qui faire du cinéma ne se résume pas a du théâtre filmé et aux sempiternels champs contre champs, bref un réal qui a une vision artistique et qui cherche a triturer le média qu’il travail, mais il est néanmoins dommage de constater que la laideur d’un design étalé à la truelle a la sale propriété de faire décrocher l’attention que l’on pourrait porter a une histoire plutôt bien scénarisé, pas original mais fourni en personnages intéressants.

C’est dans son dernier tiers que le film, débarrassé de cet encombrant visuel durant un plan dont je ne pourrais parler sans gravement spoiler, qu’MR 73 se dévoile tel qu’il aurait pu (du) être, un film noir angoissant, désespéré, d’une ambiguité moral absolue, attitude courageuse en cette triste époque du politiquement correct dominant, ou l’homme n’est qu’une bête sauvage et ou la femme devient une lueur d’espoir dans un monde de ténébres, l’un donnant la mort quand l’autre donne la vie. MR 73 est donc une semi déception, pas un mauvais film mais clairement pas ce que l’on pouvait attendre de Marchal. Le film est porté de bout en bout par Daniel Auteuil, sobre malgré un rôle (hautement alcoolisé) qui d’habitude appelle souvent au cabotinage, et par un casting de tronches a la tête duquel on retrouve l’excellent et trop rare Gerald Laroche.

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