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Le Géant de la Steppe

16 mars 2008

Ilya Mouromets.

d’Alexandre Ptouchko. URSS/1956.

Hâtivement défini comme un Disney russe ou un Spielberg soviétique, Alexandre Ptouchko est encore aujourd’hui un illustre inconnu dans nos contrés, alors que ces films ont eu un impact notable dans leurs pays d’origine où ils ont émerveillés des dizaines de millions de spectateurs et y sont considérés comme des classiques*. Malgré la sortie en occident des magnifiques La Fleur de Pierre (1946/primé a Cannes), Le Tour du Monde de Sadko (1953/Lion d’Argent a Venise) et plus récemment de la diffusion de Rouslan & Ludmila dans le cinéma de quartier de Dionnet, l’œuvre de Ptouchko semble aujourd’hui totalement ignoré de la quasi-totalité des cinéphiles, a l’instar de cet énorme pan qu’est la cinématographie russe qui apparaît comme une forêt mystérieuse dont le regard semble obstrué par ces titans que sont Eisenstein, Poudovkine ou Tarkovski.

Né en 1900 en Ukraine et titulaire d’un diplôme d’ingénieur, Ptouchko va rapidement orienté sa carrière vers le cinéma et la fantaisie poétique après la vision du King Kong du duo Schoedsack/Cooper. Il réalise en 1934 Le Nouveau Gulliver en utilisant des techniques de stop motion qui, d’après les témoignages, sont nettement moins perfectionnés que ceux utilisé par Willis O’Brian pour un film plutôt réussi. Il récidive en 1939 avec La Clé d’Or, une adaptation de Pinocchio d’une qualité semble t’il équivalente. C’est en 1945 que Ptouchko réalise son premier film marquant, La Fleur de Pierre. Abandonnant la stop motion, Ptouchko opte pour des techniques plus classiques pour un résultat visuellement somptueux qui utilise avant tout décors et photographie afin d’illustrer un univers poétique, naïf et foncièrement optimiste qui matérialise sous les yeux ébahit du spectateur tout la substantiel moelle du conte et du merveilleux. Ptouchko continuera dans sa lancé avec ce qui est sans doute l’aboutissement de son œuvre, Le Tour du Monde de Sadko. Narrant l’odyssée d’un marchant à la recherche du bonheur, Ptouchko touche réellement au génie avec ce film ou le gigantisme des décors n’a d’égal que la perfection d’images tout droit sortie d’une toile de maître et qui pose Sadko comme l’équivalent russe au Voleur de Bagdad de Zoltan Korda.

Viendra ensuite Le Géant des Steppes, fresque d’héroic fantasy qui nous intéresse ici, puis des œuvres de qualités variables et pas forcement fantastiques, tel que Les Voiles Ecarlates, histoire d’amour poétique presque totalement dénué d’aspect purement fantastiques. Ptouchko continuera sa carrière jusqu’en 1972, année ou il réalise son derniers film Rouslan & Ludmila, fresque de plus de 2h30 qui raconte la quête d’un jeune prince parti a la recherche de sa fiancé, enlevée par un sorcier. S’il n’atteint pas les sommets de sa carrière, R & L reste un film d’une beauté fascinante qui délivres des visions fantastiques d’une puissance évocatrices qui imprègnent les rétines d’une façon immédiate, des visions telles que la rencontre de Rouslan, dans une pleine éclairé par la Lune, avec la tête vivante d’un géant naguère décapité par le sorcier et la visite des combles de l’antre de celui ci par Ludmila qui y découvre des titans de pierres enchaîné dans la roche. Ptouchko décédera l’année d’après et laisse derrière lui un héritage qui fera le bonheur de ceux qui auront la curiosité et la chance de découvrir ces œuvres pour la première fois.

Inspiré des Bylines (chants épiques russe conté par des bardes puisant leurs inspirations au cœur du moyen âge) Le Géant de la Steppe nous narre l’héroïque histoire d’Ilya de Mourom, paysan d’une inaltérable jovialité et d’une bonhomie a toutes épreuves, doté d’une force Herculéenne mais affligé d’une paralysie qui le clou sur une chaise, faisant de lui le témoin impuissant de l’invasion la Sainte Russie par les hordes mongol, peuple barbare et sanguinaire gouverné par le terrible Kaline Kahn. Des mendiants demandent a s’entretenir avec lui, le soigne et lui remette l’épée de Sviatogor, un géant qui a légué une partie de sa force au futur détenteur de l’arme. Ilya devient le nouveau défenseur de la Sainte Patrie. Il prend la route et chemin faisant défait un brigand du nom de Rossignol, un lutin qui sème la terreur grâce a un souffle équivalent à celui d’une tempête. Après ce fait d’arme, Ilya devient un héros et combat les forces de Kaline Kahn avec succès, mais sa femme et son fils sont enlevés par ce dernier. Kaline prend la femme pour épouse et entraîne le fils au combat. Presque aussi fort que son père, Fauconneau devient le chef des armés de l’impitoyable mongol. La confrontation entre père et fils devient inévitable.

Jusqu’ici concentré par l’illustration de contes merveilleux, Le Géant de la Steppe tranche avec les précédentes œuvres de Ptouchko par l’introduction d’une imagerie guerrière et d’un bestiaire fantastique faisant du Géant le premier film d’héroic fantasy du cinéaste. Si la plupart des (rares) grands film du genre contiennent une part d’ombre plus ou moins importante, Le traitement du cinéaste reste dans la même tonalité que celui de ces films précédents, Le Géant est a l’image de son héros. Jovial et d’un optimisme a toute épreuve, Ilya est et reste un homme du peuple qui n’hésite jamais a fustiger les gouvernants dans leurs erreurs et a défendre le pauvre, l’opprimé. Sa simplicité et son attachement au peuple et a la Terre sont les deux composantes de son statut de héros. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il en est une représentation physique et positive, un peu comme le Tom Bombadil de Tolkien, a la différence qu’Ilya ne chante pas en faisant des saut de cabri mais prend une épée pour soigneusement la positionner dans le crane de son adversaire.

La simplicité du personnage, au delà du fait qu’elle lui octroie une valeur hautement symbolique, détermine celle du récit. Les cyniques auront sans doute a cœur d’en rire mais cette simplicité renvoie a une naïveté parfaitement assumé qui jamais ne se confond avec de la puérilité ou de la mièvrerie mais plutôt a une vision moral du monde. Cette vision archétypal associé a un univers largement construit en studio renvoie directement aux grands classiques du muet dont il possède la puissance pictural et l’envergure épique, car Le Géant de la Steppe c’est avant tout du cinéma total. Doté d’un budget qu’on imagine colossal Ptouchko construit une œuvre d’un richesse visuel hallucinante ou la beauté des décors se dispute avec la grandeur des paysages, tout deux magnifiés par une photo qui enveloppe le tout dans une aura de magnificence qu’il est difficile de trouver ailleurs. Les passages du film montrant Ilya parcourir le pays sont a ce titres exemplaires, ils offrent de magnifiques moments qui combinées a un score majestueux donne au métrage des airs de poème cinématographique.

Mais le film, aussi réussi soit il, n’atteint pas la réussite de Sadko. Si la première demi heure est globalement réussi le rythme s’essouffle en cours de route dans de long tunnels qui grève le film de dialogues pensants au didactisme inutile. Le problème d’un film a la simplicité revendiqué c’est bien pour le spectateur de ne jamais douter de la finalité des nombreux enjeux dramatiques. Ainsi le duel entre le père et le fils est vite désamorcé, de même que les manigance du traître ne portent pas a conséquences et n’arriveront pas a stopper le triomphe final des héros. Mais cela n’empêche pas d’admirer ce spectacle aux nombreuses scènes de batailles qui réussissent bizarrement a traduire la violence des combats sans sortir le film de l’ornière du films familiale. C’est dans ces instants que le film déplie toute l’ampleur de ces moyens ( plus de 10 000 cavaliers ont participé a certains plans) ou le lyrisme russe se fusionnent a une imagerie tout droit sortie d’un tableau de Frazetta, tel que ces instant ou Ilya défonce les rangs ennemies en tuant des dizaines d’adversaires a chaque coups d’épée, ou les mongols servent de garnitures a brochettes sur les lances des valeureux combattants russes, ou Ilya fait face au Dragon tricéphales, arme ultime d’un Kaline Khan au aboie.
Si Le Seigneur des Anneaux de Jackson c’est imposé a juste titre comme LA référence mondial de l’héroic fantasy, il est tout de même fortement conseillé de faire preuve d’un chouilla de curiosité et d’aller fouiller un peu la filmographie de ce grand réalisateur qu’est Alexandre Ptouchko, qui mérite aujourd’hui largement sa place au milieu des autres Piliers du cinéma fantastique mondial.

Les 20 premières minutes du film …Enjoy !


Les captures sont issue du dvd édité par Ruscico, les photos d’exploitations viennent du site Monstrula.de.

*quoique cette classification quelque peu poussiéreuse est sans doute a remettre en cause tant la Russie de Poutine semble se foutre de son passé culturel.

** On peut penser notamment au Nibelungen de Lang. Kaline Kahn est un écho évident au Gensis Khan du film de Lang, tout comme les décors et le personnage de Fauconneau qui rappel celui de Siegfried.

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