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Blast of Silence

2 mars 2008

de Baron Allen. USA/1962.

blast-of-silence07

Blast of Silence commence dans une obscurité presque total, seulement troublée par un lointain point blanc et par un monstrueux chaos sonore commenté par une voix off qui interpelle le spectateur. Frankie est en train de naître et déjà, même pas né, habité par la douleur et la haine. Mais le point blanc grossit et se révèle pour ce qu’il est, la sortie d’un tunnel ferroviaire qui conduit Frankie sur le quai d’une gare New Yorkaise. L’image est presque archétypale, Frankie descend du train et prend la pose. Clope au bec, trench coat, chapeau feutre a bord mou et visage taciturne, Frankie semble sortir d’un Film noir des années 40/50. Mais Blast of Silence est un indépendant New Yorkais réalisé en 1961 par Allen Baron (pour la somme dérisoire de 30 000$), soit quelques années après la fin de ce que la critique française a appelé le cycle noir. Si le scénario et ces personnages sont classiques, son traitement l’est nettement moins, du moins pour l’époque. Blast of Silence se situe sur un carrefour d’influences ou se croisent les figures stylistiques du Film Noir classique et de la nouvelle vague. Tout en étant un pur film de genre avec ces codes, la peliculas de Baron Allen est également la peinture d’un homme solitaire errant dans un New York sublimé par de nombreux travelling qui transforment la mégalopole en un gigantesque reflet de l’angoisse existentiel d’un homme hanté par sa solitude, qui ne trouve l’oubli que dans l’accomplissement de la traque et de l’exécution du contrat. Cette solitude Frank va l’oublier un petit moment en rencontrant fortuitement un ancien camarade d’orphelinat qui l’invite a une soirée ou Frank a toute l’opportunité de se rappeler que la joie et l’insouciance de la jeunesse ne sont pas pour lui. Pourtant la flamme de l’espoir d’une vie meilleur est pourtant ravivé par sa retrouvailles avec une amie d’enfance avec qui Frankie va tenter de nouer une relation et abandonner le métier. L’échec de cette tentative va lui rappeler que la solitude reste sa seule compagne et que son projet avorté d’arrêter le job inquiète ces employeurs et menace sa vie. Frank va accomplir son contrat et faire face a son destin.

baby-boy_collage

Rythmé par la voie grave et presque hypnotique de Lionel Stander (non crédité), Blast of Silence est une virée dans un New York blafard, accompagné par un excellent score jazzy. La ville n’y est pas qu’un simple lieu, c’est un personnage a part entière. Il est d’ailleurs assez remarquable de constater qu’on a rarement vu un film sublimer autant la grosse pomme et il faut chercher dans Manhattan de Woody Allen, Naked City de Jules Dassin ou les premiers Scorcese pour trouver un équivalent a cette forme de poésie urbaine et mélancolique. Perso, il m’a été impossible de ne pas penser a Taxi driver. Si les deux film ne sont évidemment pas du même niveau, ils provoquent tout deux une fascination sensoriel assez semblable d’autant que l’on peut facilement trouver de nombreux point communs entre les parcourt de Travis Bickle et de Frank Bono, deux asociaux noyé dans la foule d’une ville qu’ils haïssent (en plus de la vraie ressemblance physique entre Allen baron et Robert de Niro). La réal du film est, en général, d’un excellent niveau. Tout les plans en extérieur bénéficie de superbes cadrages et de quelques travellings de toute beauté qui contraste avec la platitude de certaines scènes, notamment toutes celles qui inclus le personnage de Lorrie. La photo est a l’avenant et travail principalement sur les contrastes fort du Film Noir. Petit budget oblige tout le film fut tourné dans les rues de NY, lui donnant cet aspect urbain et moderne, tranchant singulièrement avec la grande majorité des films tournés en studio durant les décennies précédentes. Parfait écrin esthétique pour un film qui, tout en respectant les conventions du genre, les modifie sensiblement en faisant descendre la figure fantasmatique du tueur dans une forme cinématographique plus réaliste, plus proche de notre perception du quotidien (l’objet de la chute de Frankie n’est plus une femme fatal mais une jeune fille au physique anonyme). En bref, Blast of Silence peut se définir comme une sorte de maillon entre le ciné des décennies précédentes tout en étant un pont avec celui, urbain et réaliste, des années 70 mais c’est surtout une petite perle a (re)découvrir d’urgence. Et puis si ça peut vous aider a vous y intéresser…

« One of my favourite New York city films » MARTIN SCORCESE.

Le film est dispo en France dans une bonne édition chez MK2 édité sous le titre Baby Boy Frankie, il devrait sortir le 15 Avril chez Criterion.

3 commentaires leave one →
  1. Zorro permalink
    20 mars 2011 20:30

    Han, un nouvel article !

    Bien écrit, en plus, et qui me permet de découvrir un film que je ne connaissais pas.

    Je n’avais jamais entendu parlé d’Allen Baron, et une lecture rapide d’IMDB m’apprends qu’après avoir réalisé deux longs métrages (Blast of silence, donc, et Terror In The City en 1964) il s’est spécialisé dans les séries TV : il a réalisé plusieurs dizaines d’épisodes sur une période de 20 ans, bossant sur les grosses séries à la mode et prenant sa retraite au milieu des années 80.

    C’est toujours étrange de voir un réalisateur commencer avec une œuvre personnelle et (si j’en crois ton texte et la citation de Scorcese) très réussie pour s’orienter ensuite vers une carrière de pur technicien. D’habitude, c’est plutôt l’inverse.

    J’aimerais bien savoir s’il n’a pas eu le choix, où s’il manquait juste d’ambition et qu’avoir un job à temps plein suffisait à son bonheur, même si sa liberté artistique devait être proche du néant.

  2. ygrael permalink*
    21 mars 2011 13:24

    ‘Alut Zorro o/

    Tout pareil mais je n’ai vraiment aucune réponse a apporter a cette question. J’ai par contre l’impression que Blast of Silence et Terror in the City ayant eu des sorties confidentielles, Baron Allen se serait orienté vers une carrière de technicos par défaut. je serais d’ailleurs assez curieux de voir ce dernier, quand je vois la notation très élevés sur IMDB, même si ça veut pas dire que c’est forcément révélateur de quoi que ce soit. Si ça peut te motiver davantage a le voir, Blast of Silence c’est également du Waco approuved !

Trackbacks

  1. 27e PCJ. Baby Boy Frankie (Blast of Silence) d’Allen Baron (USA/1961) et L’Enterré Vivant (The Premature Burial) de Roger Corman (USA/1962) «

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