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NIFFF 2010

23 juillet 2010

Comme chaque année la petite ville de Neuchâtel ouvrait ces portes aux cinéphiles curieux et quelques peu déviants grâce au Neuchâtel International Fantastic Film Festival, autrement appelé NIFFF par les feignasses, qui fêtait ici sa dixième éditions.  Pour des raisons qui vont sembler évidentes au fil de cet article, le classement se fera par catégorie a l’exception des films asiatiques qui se sont largement démarqués – a quelques exceptions près – du lot et qui seront tous regroupés dans le même chapitre.

Compétition International (autrement appelée section Canada Dry):

Présenté hors compétition Ondine eu l’insigne honneur d’ouvrir les festivités et on ne peut pas dire que le dernier Neil Jordan se soit montré a la hauteur des attentes qu’auraient pu susciter une nouvelle œuvre du réalisateur des excellents La Compagnie des Loups et Entretien avec un Vampire. D’un parce qu’Ondine n’est absolument pas le film fantastique que Jordan essaie, assez frauduleusement d’ailleurs, de nous vendre pendant toute une première moitié de métrage, située au croisement des univers de Ken Loach et Hayao Myazaki, deux parce qu’il s’embourbe dans une fable sociale qui sans doute aurait put être intéressante si  Jordan n’avait pas démonté un argument fantastique totalement inutile au profit d’un retournement de deuxième partie franchement risible – la résolution de l’argument fantastique est ubuesque – et a la morale aussi opportune qu’un slogan pour le crédit agricole. Comme l’a dit fort a propos mon ami Adi (notez la pertinence de cette rime) le film d’ouverture donne généralement le ton du festival, une maxime pleine de vérité et largement prophétique quand au contenu et à la qualité des œuvres suivantes. Strigoï a pour lui dix première minutes pétillantes, drôles et bourrés de personnages truculents… et c’est tout ! Privé d’un scénario digne de ce nom le reste n’est qu’une suite de scénettes sans intérêts ou le fantastique n’est encore une fois qu’une pièce rapportée servant une métaphore lourdingue "relevée" par une bonne grosse rasade d’un humour a peu près aussi rafraichissant qu’une soirée chez les Woerth (les vampires ne sucent plus, triste époque, mais vident le frigos du petit peuple, génial). On passe rapidement sur The Reeds qui par la grâce a son avalanche de clichés, sa laideur, ces personnages inexistants, ces retournements prévisibles et son absence de rythme s’est révélé être la purge du festival pour rapidement passer (la aussi) sur The Eclipse, autre daube moisave aussi consistante qu’un bol de gelée anglaise, suivant les pérégrinations amoureuses d’un écrivain en devenir, hanté par la mort de sa femme et rongé par la culpabilité. Quelques part, au delà de l’incommensurable ennuie qu’il provoque, on est en droit de se demander le pourquoi du choix de faire de The Eclipse un film fantastique tellement il semble évident que les quelques scènes de terreurs qui le parsème semblent avoir étés conçues pour réveiller le spectateur et que le sous texte fantastique  parasite le récit d’une trame qui n’aurait du servir qu’a un simple drame psychologique, ou éventuellement peut on oser le pourquoi du choix d’un score situé au confins des influences croisées de Richard Clayderman et du générique de Mr Bean. Bref The Eclipse se pose comme un film mystérieux sur les intentions de ces auteurs et pourrait se résumer a une seule et unique interrogation: MAIS POURQUOI THE ECLIPSE !!!

Lecteur, saura tu trouver l'antinomie présente sur cette photo ?

Mais le cauchemar ne devait pas s’arrêter en si bon chemin et le pire restait encore a venir. Mis a part The Reeds, tout ces films se distinguaient par le dédain manifeste d’un fantastique mis au service de récit sociaux inconsistants et de la prétention de leurs auteurs respectifs, toisant la puissance évocatrice de l’imaginaire du haut de leurs prétentions auteurisantes. Et dans le style boursouflure égocentrique, Gaspar Noé et son Enter The Void se pose comme le blockbuster et la référence absolue du genre. Parti d’un postulat simple, le prophète de la provoque branchouille s’embarque dans un interminable maelström de scènes "chocs" et d’idées de mise en scène pompées chez d’autres (en vrac Fincher ou De Palma) pour les répéter ad nauseam sur une durée de plus de 2h30, avec comme conclusion édifiante que le bonheur vrai, pour les pauvres merdes que nous tous, est de se retrouver amoureusement coincé entre les nichons de sa frangine. Noé a largement démontré par le passé sa capacité a noyer ces fantasmes sordides – généralement liés a l’inceste – derrière un discours misanthropique en papier cul livré en bonus dans un baril de lessive,  trouvant grâce auprès d’un publique hype avide de sensations fortes pour qui sa provoque gratos passe pour un discourt social d’une profondeur abyssal et qu’il est si délicieusement excentrique, et cinéphile, de soutenir. Car de gratuité il n’est question que de ça dans cette odyssée kitchos dans lequel Noé ne se refuse aucune idées visuels, surtout les plus péraves. Pseudo trip expérimental au didactisme frauduleux et entièrement tourné selon le principe de la vision subjective du référant/déchet servant de guide au spectateur dans les méandres de la pensée Noésque, Enter The Void enquille les travellings improbables dans tout et n’importe quoi (pourvu que ça choque hi hi hi) sans qu’a un moment on puisse déceler un quelconque discourt ou propos dépassant le simple stade de l’auto proclamation de la géniale clairvoyance de son auteur sur la si triste condition humaine. Racoleur jusqu’à l’ennuie, le sexe est ici aussi bandant que chez Breillat, et se complaisant dans le glauque emperlousé d’un esthétisme criard, Noé se noie dans le vide sidéral de son cinéma. Reykjavik Whale Watching Massacre est quand a lui un petit slasher islandais correctement emballé, plutôt sympa dans sa volonté de montrer une galerie de personnages plus cons et odieux les uns que les autres (le français est un régal) mais souvent trop hésitant dans son pastiche parodique du genre, pas mal mais vite oubliable.

Le triste constat de cette sélection se doit d’être relativisé par deux films qui ont pour eux le mérite de s’éloigner de la vacuité des films précédemment cités. Relevant le niveau particulièrement bas d’un ciné fantastique ou d’horreur français dévasté par le nombre déjà très conséquent des merdes qui ont pullulées des dernières années, Djinns s’impose comme une très modeste réussite. Se posant comme une relecture frenchy de La Forteresse Noire de Michael Mann, Djinns décrit le parcourt d’une unité de para investissant un antique village fortifié et perdu en plein désert pendant le conflit algérien, un commando bientôt en proie aux attaques des puissances occultes hantant la solitude de dunes immémoriales et silencieuses. On pourra regretter des dialogues souvent faibles, une caractérisation parfois outrancières, un propos assez brumeux et une imagerie fantastique a peine esquissée, n’empêche que la réalisation de Hugues et Sandra Martin se montre souvent joliment efficace – les scènes de nuits dans le désert ou la citée en plus d’être belles réussissent a rendre concrète la maléfique présence des djinns – et même intelligente dans le sens ou elle évite toujours le piège du gore trashouille-revendicatif et gratos si tristement coutumier de nos productions. On pourra également saluer un casting très solide et la réussite que constitue le design et la réalisation sonore et visuel des djinns qui s’imposent large comme ce qu’une production moderne française a sortie de mieux jusqu’ici. Des démons fidèles a certaines légendes les décrivant invisibles et s’attaquant a l’esprit d’hommes entachés par le vice et le mal. Nouveau film de Nicolas Winding Refn après son très contreversé Bronson, Valhalla Rising se porte lui a un tout autre niveau. Parcourt d’un combattant borgne et muet en quête de la terre sainte  mais se retrouvant dans le nouveau monde,  Valhalla Rising se transforme rapidement en quête initiatique et expectative d’un homme férocement individualiste découvrant l’importance du choix de chacun a assumer son destin et de rejeter le formatage culturel dont il est issue. Film fascinant que les choix  visuels radicaux, la violence rugueuse de ces rares scènes de combats et le rythme a l’obsédante langueur rapproche de l’œuvre de Werner Herzog (on pense parfois a Aguirre, la colère de Dieu), Valhalla Rising est sans doute une des plus troublantes pellicule sorties ces dernières années. L’ahurissante beauté formelle dont elle fait preuve grave violemment les rétines d’images puissamment évocatrices qui mettent en avant le charisme magnétique d’un Mads Mikkelsen donnant toute l’intensité requise a One Eye, un personnage toute en intériorité – inspiré dixit Winding Refn de Snake Plissken – imprimant de sa présence une œuvre envoutante ayant le bon gout de ne jamais tomber dans le symbolisme de bas étage généralement de mise dans d’autres films dit "d’auteur" , ce que Valhalla Rising est assurément. Très Largement LE film occidental de cette sélection !

La sélection New Cinema from Asia (autrement appelée les Niaks ont la Niak):


Mutant Girls Squad, cadavre exquis réalisé par Yoshihiro Nishimura, Tak Sakaguchi et Noboru Iguchi, fut la première bonne surprise du festival. Dans la lignée de The Machine Girl ou Vampire Girl vs Frankenstein Girl et sur un scénario tenant sur un ticket de métro, MGS est une petite bande sans prétention et passablement fauchée dont le seul but est d’enquiller les idées les plus branques dans une bonne humeur communicative, et surtout dans un véritable bain de sang. Une jeune fille se découvre des pouvoirs et rejoint un groupe de girls mutantes douées de pouvoirs tous plus improbable les uns que les autres – dont une possédant le don de faire sortir de son cul une tronçonneuse – commandé par un pseudo samouraï voulant conquérir le monde en but a une unité d’élite fasciste – muni de flingues sur le nez – voulant leurs destruction. Très inégal en rythme mais jamais véritablement chiant MGS est un petit délice de gourmet, souvent drôle dans sa volonté de toujours franchir les limites du raisonnable – le super guerrier programmé pour anéantir les mutants, le fantôme/gâteaux – et jubilatoire dans son enchainement de scènes gores inventives et très généreuses en hémoglobine. Autre film de femmes mais nettement moins gaudriolesque, Bedevilled est un constat terrifiant du rôle de la femme écrasée par le joug de traditions séculaire dans une société coréenne passéiste. le film de Jong Cheol-soo raconte l’histoire d’un citadine retournant sur une île, peuplée de paysans sous évolués, pour rendre visite a une amie d’enfance. Elle se rends rapidement compte que son amie est devenue l’esclave sexuelle des rares hommes de l’île et l’objet des persécutions des vieillardes qui l’exploite sans vergogne dans de difficiles travaux de champs.  Excellemment joué et munit d’un scénario béton, Bedevilled n’épargne aucune humiliations et sévisses a la pauvre femme qui devra supporter jusqu’à la mort de son enfant avant de claquer un boulon. S’il évoque parfois L’île Nu de Kaneto Shindo, dont Bedevilled constituerait une version hargneuse, on pense surtout aux Chiens de Paille de Sam Peckimpah pour la peinture d’un microcosme rural sordide, sa gestion ultra nerveuse de la tension dramatique et sa dernières demi heure catharsique, ou la paysanne règlera violemment ces comptes avec les habitants de l’île. Film dur et très émouvant Bedevilled est, en plus d’une œuvre d’une maitrise filmique redoutable, un uppercut en pleine gueule et un des meilleurs films du festival.

Steven Yen au meilleur de sa forme !

14 Blades une la nouvelle prod élevée a la gloire de Donnie Yen, immense artiste martial mais acteur médiocre handicapé par le charisme d’un brocoli. Wu Xia Pian besogneux s’étirant sur deux heures, 14 Blades n’enthousiasme clairement pas pour la fulgurance de ces combats, complétement illisibles quand ils ne sont pas truffés de CGI moisis et/ou d’effets pompeux, ou par son histoire dont les enjeux sont pour le moins vaporeux. Dénué du moindre suspense – Donnie Yen est invincible – 14 Blades reste regardable, voir même assez marrant pour le non-jeu de son acteur principal qui affiche un sérieux de tout les instants – même pendant la scène ou il se débarrasse de quelques malfaisants en leurs balançant des os de poulets en pleine face – le faisant se rapprocher d’un Steven Seagal au pire (ou au meilleur c’est selon) de sa forme. Bien, en une seule scène de tape Gallants nous aura vengés des combats pourraves de 14 Blades et de ces deux interminables heures. Kung-fu comedy rythmé et vraiment drôle, Gallants retrouve la recette miracle des grands classique du genre sans jamais taper dans un passéisme révérencieux tout en étant l’authentique hommage d’une époque aujourd’hui révolue. Gallants suit le parcourt d’un très, très gros loser subissant la vie comme on prend un marteau en pleine gueule qui va s’incruster dans une vieille école de Kung-fu, reconvertie en restaurant, tenue par deux vieillards pas très frais a l’idée de la présence de cet encombrant personnage. La donne va changer avec le réveil de leurs maitre sortit d’un coma de trente ans et le défi lancé par une école moderne a l’ancienne garde. Développant les ressorts comique du postulat de départ avec intelligence, Gallants offre une cascade de gags hilarants et une galerie de personnages truculents interprétés par Chen Kuan Tai, une des stars mythique de la Shaw Brothers, par Leung Siu Lung, artiste martial moins connu revenu au cinéma grâce a Stephen Chow dans Kung-fu Hustle et surtout par Teddy Robin Kwan qui interprète Maitre Law, un sifu peu orthodoxe amateur de cigare surtout préoccupé a draguer des minettes et s’éclater en boite de nuit. Ce qui séduit dans Gallants, en dehors de la drôlerie des situations, c’est la dimension humaine poignante vers laquelle évolueront les personnages au fil des évènements, la sobriété de l’illustration de l’émotion qui en découlera et les scènes de combats – superbes chorégraphies old school mises en valeur par une réal impeccable – qui ne font pas semblant d’en mettre plein la tronche. Bref, je ne vais pas m’appesantir en superlatif, Gallants c’est un gros, une très gros baril de bonheur !!!

Autre comédie mais japonaise celle là, Wig prend le parti de nous raconter les tribulations d’un architecte obsédé par sa calvitie naissante et qui décide de se faire une perruque chez un étrange personnage, perruquier mais également vendeur de sushi (entre autre). Petite comédie surfant sur le sujet du culte de l’apparence et de l’aliénation qui en découle, Wig exploite les ressorts de son intrigue dans un mode burlesque typiquement nippon avec un certain talent. Très sympa mais manque juste le petit zeste de folie qui aurait put faire de Wig une grosse barre de rire. Tetsuo : The Bullet Man est quand a lui une énorme déception. Reprenant vaguement l’intrigue du 2, Tsukamoto se noie littéralement dans sa dernière œuvre dont le didactisme outrancier laisse songeur quand aux réels motivations de son auteur ($$$ ou caprice d’auteur ???). Abandonnant les thèmes qui faisait le socle des premiers épisode, Tetsuo 3 est un véritable gouffre qui ne raconte rien, le pire étant le travail sur l’image franchement ignoble. Il n’est plus question du devenir de l’homme dans la cité tentaculaire de Tokyo, symbole du modernisme sauvage et aliénant d’un Japon devenu un enfer de béton et de métal, du comment l’intrusion du métal et du milieu industriel dans la chair transforme l’homme en un être nouveau qui va lui même formater son environnement a sa nouvelle condition en provoquant l’apocalypse. Le salary man est victime des expériences de son père qui travaillait pour une firme d’armement américaine… Point. Le film se traine laborieusement sur 1h15 réussissant a devenir assommant par l’entassement de scènes risibles et inutiles principalement situées dans une maison et sa cave. Privé d’un quelconque propos, le spectateur devra subir l’accent nippon d’acteurs japonais s’exprimant en anglais (lolmdr) et de la shaky cam ici poussé a son paroxysme le plus ultime dès que Tetsuo se met en branle. Fini la réal expérimental, place a l’hystérie totale.  La dernière scène fini d’achever le souvenir d’un réal autrefois punk, dérangeant et génial pour laisser la place a celui d’un autre Tsukamoto, rangé, conforme et cachant sa normalité derrière l’esbroufe d’une mise en scène se parant du verni de l’expérimental, en fait atteinte du syndrome de la tourette. Un naufrage artistique hallucinant. Raging Phoenix est un action thaï bas du front qui s’étale lui aussi sur plus de heures (MAIS PUTAIN STOP MERDE !!!) sur un scénario prétexte a enchainer les scènes de tape, d’ailleurs pas super motivantes pour un poil. Ce qui rend le truc vaguement intéressant c’est la tournure que prennent les évènements dans les dernières quarante cinq minutes ou RP prend une orientation ouvertement Bis, assez proche du ciné d’exploit’ dégénéré philippin. Trop long, cultivant une nette parenté avec les prods made in Bulle Caisson et truffé de scènes de pathos dégoulinant, RP souffre du manque de rigueur typique des prods thaï qui, si elles bénéficient d’acteurs/actrices qui ne semble pas connaitre la simple notion de mortalité, continue de stagner dans une complète indigence visuel et scénaristique.

Summer Wars ne restera pas dans les mémoires. Lui aussi trop long et souffrant d’un nombre conséquents d’intrigues qui n’aboutissent qu’a alourdir le rythme et de toute une galerie de personnage a l’encombrante uniformité (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil) , SW est en outre assez gênant par la morale un rien réac qu’il distille mais reste regardable grâce a son impeccable facture et a quelques scènes de bastons plutôt sympa. Bof quoi ! Venu de Corée, Woochi doit sa réussite au mariage très réussi entre comédie, d’action et fantasy. Métrage ambitieux pourvu d’une très belle manufacture typique du cinéma coréen, situé sur deux époques (médiévale fantastique et moderne), Woochi suit les pérégrinations d’un apprentis magicien, Woochi donc, et de son serviteur homme/chien a la poursuite d’un flute magique que convoite un magicien surpuissant et sa meute de démon. le point fort du film de Choi Dong-hun c’est la caractérisation de personnages très attachant, a commencer par le duo formé par Woochi et son serviteur. Le premier est un gros farceur plein de malice, un rien arrogant, qui se découvrira une passion pour les tenues de scènes de Michael Jackson et mène en bateau le deuxième a qui il a promis une forme humaine définitive et qui passe son temps a se prendre des tartes, a son sauver son maitre et a être transformé en divers formes animales. Le duo est "soutenu" dans sa quête par trois dieux ayant pris formes humaines et dont les interventions, souvent catastrophiques, en font une bande de gros flandus  munit de deux mains gauche. Si la plupart des gags liés a la découverte du monde moderne par Woochi et son valet semble taper dans un registre dangereusement proche des Visiteurs,  Choi Dong-hun a le bon gout de s’éloigner de la  facilité beaufisante du chef d’œuvre de Poiré et emballe des scènes de comédie légères, enjoués et bon enfant souvent réussi. Pour une fois la durée (2h15) ne fut pas un problème, même si l’avalanche de scènes comiques ou d’actions pourront en saturer certains, Woochi est un excellent divertissement populaire dans le sens le plus noble du terme et un des rares films vraiment fun du festival.

Petit passage par la rétrospective Sogo Ishii dont je ne suis  a la base pas un grand fan (en gros Electric Dragon et Gojoe m’ont royalement gonflé). Je passe rapidement sur Dead End Run, film a sketchs globalement ennuyeux (1er pas mal, 2eme ignoble, 3eme pas mal mais chiant tout de même) centré autour du thème de la poursuite et sur les deux courts, Shuffle et The Master of Shiatsu - intéressant mais pas mécontent de quitter la salle – pour passer a Labyrinth of Dreams, très différent de l’hystérie des films précités. Travaillant en binôme avec un chauffeur de bus, une jeune femme se questionne sur la véracité des rumeurs faisant du jeune homme un tueur en série tandis qu’elle commence a éprouver des sentiments pour lui.  Film atmosphérique a l’ambiance mélancolique, LoD intrigue pour le récit intérieur de l’héroïne dont la fascination grandissante pour le jeune homme est rendu palpable via la splendeur des images – la maitrise des cadres, une  photo N&B somptueuse – et le rythme quasi hypnotique qu’Ishii impose a son métrage. Une excellente surprise !

On fini cette sélection asiatique avec l’autre uppercut du festival. Au delà des meurtres sadiques qu’il assène avec une grande brutalité et qui pourrait le rapprocher des tortures flick U.S. qu’il explose dans les grandes largeurs par sa violence sans concession, Dream Home est une satire corrosive sur la situation de l’immobilier HK  et l’obsession de la possession matérielle. Cheng est une jeune femme ayant cultivé avec le temps un attrait malsain concernant l’achat d’un appartement avec vu sur la baie de Hong Kong, beaucoup trop cher pour elle, qui est acheté par quelqu’un d’autre. Elle va commettre une série de meurtre en vu de le récupérer et profiter de la baisse de prix qui ne manquera pas de tomber après le carnage.  La grosse idée de Dream Home est d’avoir structuré les motifs de Cheng via toutes une série de flash-back , monté en parallèle des meurtres, décrivant le parcourt chaotique de la jeune femme dès son enfance dans une ville en constant changement. Des bouleversements immobiliers écrasant les modestes, dont la famille de Cheng éjectée par les triades, et façonnant dans l’inconscient de la jeune femme l’image idéal du bonheur prenant la forme d’un simple appartement, lieu de refuge et que l’on arrange selon sa personnalité, rendu quasiment inaccessible vu la différences entre les prix et le niveaux des salaires pratiqué a Hong Kong. Le propos de Pang Ho Cheung serait de dire que la corruption, les injustices sociales et le poids des responsabilités de la vie ont transformés Cheng en un monstre froid et calculateur n’éprouvant pas la moindre once de remord devant l’accomplissement des meurtres qu’elle va commettre, sur toute une série de personnes qui sont autant d’obstacles a la réalisation de son rêve. Josie Ho excelle dans la composition sobre et touchante d’une tueuse en série qui va aller loin, très loin dans la réalisation de ces sordides projets (ce n’est pas pour rien que DH a écopé de la fameuse classification Cat 3). Gardien d’immeuble étouffé par un rilsan et s’auto égorgeant en essayant de le couper, femme enceinte étouffée par le sac d’un aspirateur en fonction, victime éventrée et se trainant avec ces tripes sur le sol, planche enfoncé dans la bouche, etc… sont une partie des festivités d’une œuvre a l’humour noir féroce qui ne s’oublie jamais dans son propos social ou dans l’horreur des meurtres qui sont tout deux parfaitement dilué dans l’intrigue. La cerise sur le gâteau, c’est que Dream Home possède une facture béton difficilement prise en défaut et signe de la parfaite maitrise du sujet par Pang Ho Cheung, très éloigné des tournage a l’arrache des "classiques" du genre qui ont largement contribué  a établissement de la réputation des Cat 3.

je passe la thématique suisse (Die Ewige Maske ennuyeux au possible, me suis barré de Stephanie Geschenk et Black Out en coure de séance) et le focus sur le cinoche québécois (5150, rue des Ormes intéressant mais sabré par ces vingt dernières minutes complétement a l’ouest) pour finir sur The Killer Inside Me de Michael Winterbottom et The Inhabited Island de Fyodor Bondarchuk.  The Killer Inside Me est un récit néo noir, énoncé a la première personne, d’un enculé commettant une série de meurtres. Pas complétement inintéressant, le film de Winterbottom a pour lui un casting très solide et une reconstitution d’époque des U.S.A des 50′s convaincante malgré un budget que l’on devine restreint (mais ce n’est pas la seremi non plus hein). Mais au delà de ces quelques qualités, TKIM ne convainc pas vraiment. Le manque d’implication pour le personnage principal, dont les motivations réelles restent au final assez brumeuses, n’explique pas seulement la froideur du récit. On peut regretter que Winterbottom n’est pas plus développé les nombreux perso secondaires et d’une manière générale n’est pas élargi son récit de manière a rendre plus tangible la corruption qui règne dans la petite ville ou se déroule l’action, plutôt dommage quand on tape dans le registre du film noir dont c’est tout de même le sujet principal. Plus que le meurtre sauvage de Jessica Alba, c’est aussi la posture que prend Winterbottom dans le traitement de son film qui pose problème. Le réalisateur se prend les pieds dans ces velléités anti-hollywoodienne promptes a interpeller le cinéphile friant d’un cinéma sorti des conventions et semble cacher une attitude finalement manipulatrice – rétrospectivement le meurtre d’Alba semble moins un effet de choc qu’une manière de créer la polémique, et donc une publicité, autour de son film sur le dos de la seule "star" Hollywoodienne du casting – sans vraiment proposer autre chose qu’un film très froid a la narration laborieuse. Le final ridicule semble lui tout droit sortie d’un mauvais scénario aux ficelles éculées. Pas vraiment recommandable mais regardable tout de même.

Fractionné en deux parties The Inhabited Island est l’adaptation d’un pavé des frères Strugatsky,  romancier russes déjà adapté par Andreï Tarkovski dans Stalker. Mais de langueur métaphysique il n’est pas question dans ce blockbuster de SF trônant, du haut de ces 35 millions de dollars, comme la plus grosse production du genre dans l’histoire du ciné russe mais également comme la plus grosse barre de rire (involontaire) du festival. The Inhabited Island est l’incroyable condensé des pires clichés du ciné U.S. qu’il enquille sur un rythme frénétique en tentant vaille que vaille de raconter l’histoire d’un bon gars perdu sur une planète contrôlé par un système totalitaire qu’il va décider d’éradiquer tout seul, comme un grand. Immense what’s the Fuck la réalisation de Fyodor Bondarchuk n’est qu’une suite de scènes au montage épileptique a faire crever de jalousie Michael Bay dont il reprend la grandiloquence pompeuse amenée ici a son paroxysme le plus ultime, jetant a la gueule du spectateur médusé qui n’en demandait pas tant presque rien moins que l’équivalent du Flash Gordon de Mikes Hodges. Jump cut balancés en toutes occasion – même sur le plan d’un type au look furieusement Hitlerien descendant un escalier d’une dizaine de marches -, scènes d’action arrêtées nettes au beau milieu d’un fight, pléthore de personnages inexistants et toujours caricaturaux – les bad guys sont gratinés mais la palme, hormis le héros hors concourt, est remporté par l’indispensable potiche s’extasiant devant le spectacle d’une ville hideuse matérialisé par des CGI pouraves et roulant des yeux quand elle a peur. A ce navrant constat on rajoutera un montage aléatoire et réal d’une absolu nullité. Les ellipses sont tellement énormes qu’au bout d’un laps de temps, qui fut très court en ce qui me concerne, on abandonne tout idée de compréhension pour déguster pleinement la jouissive débilité du truc qui enchaine les idées les plus improbables. Mais la grande attraction reste le héros, du nom de Maxime, ou plutôt l’acteur qui l’incarne j’ai nommé Vasiliy Sergeevich Stepanov. Étrange croisement entre Jean Sarkozy, un cornichon et un candidat de l’île de la  tentation, Vasiliy explose tout dans le registre du non-jeu en arborant en toute circonstance un sourire d’une niaiserie cosmique: pendant la rencontre avec une sorte de loup garou devant lequel il tente de se présenter (moi Mak… sime, Maxime, tu comprends ?), en nageant, en conduisant un tank, en tirant au bazooka, pendant les scènes de fight, de dialogue… Tout le temps, partout, en toutes occasions !!! Le spectacle est permanent tant notre petit Maxime est omniprésent et souvent lié a de furtifs instants de grâce, telle cette fuite d’une zone dans laquelle il est interné et qu’il quitte au volant d’un tank aux couleurs criardes en passants sur un chant de mines, la caméra ne suivant plus le tank mais la série d’explosion qui trace le parcourt vers l’horizon et la liberté de notre très candide sauveur de l’univers. La connerie profonde du truc, son immonde facture (tout est a chié) et la drôlerie de l’ensemble font presque oublié que The Inhabited Island (que l’on ne voit d’ailleurs jamais) se traine une morale bien réac sur la sagesse des tyrans et l’inconscience de l’idéalisme démocratique, renforçant encore davantage l’absurde débilité du trucmuche (je détail pas mais ceux qui l’on vu savent de quoi je veux parler) et quelques part, on devine que derrière ce film se cache un livre d’une toute autre ampleur.

Mais je ne terminerais pas cette chronique sans passer un gros, gros bisou a la mad/escape/ex-pan/waxE team (j’ai nommé Aurélien, Christophe, Fabien, Laurent, Léo rejoins plus tard par David et sa mie) avec qui j’ai eu le plaisir de vivre ces jours de grandes aventures, qui comprenait un autre festival, le notre, avec en sélection officielle et internationale Virgins From Hell, Virus Cannibal, Le Château de Frankenstein, Le Colosse de Hong Kong, Mr. Vampire, Tetsuo et Old School (LE FOU RIRE DU FESTIVAL). See you next time les gros !!!

EDIT: Vous trouverez a cette adresse le compte rendu d’Adinaieros !

7 Commentaires
  1. 24 juillet 2010 02:14

    Yeah, Ygrael is back.
    Toi, tu as aimé Frank the Tank (comme je te comprends).

    Sinon, tu le sais déjà mais j’attends ce Gallants la bave aux lèvres.

  2. ygrael permalien*
    24 juillet 2010 14:20

    La scène de la piscine est juste ENORME ! j’ai cru que j’allais vraiment crever au moment ou Ferrell sort sa grosse langue, alors qu’avant j’arrivais encore a me ventiler entre deux crises d’hilarité. Trop fort !

    Ce qui fut cool c’est d’apprendre en rentrant que Dream Home et Gallants ont étés achetés par wildside et que donc il y aura, au minimum, une sortie vidéo (voir même peut être en BD qui sait) alors que j’avais aucun espoir de les voir arriver sur le sol français.

  3. zozio permalien
    26 juillet 2010 09:03

    En ce qui concerne Djinns et le cinéma français, oui, le film est une réussite, surtout vu le budget.
    Si on veut voir plus de fantastique frenchie à l’écran, je conseille à tous curieux ou passionné de se déplacer dans les salles pour montrer qu’il y a un public autre que celui des innombrables comédies bidons qu’on nous sert depuis des années.
    et sinon pour les curieux et les plus motivés : http://www.touscoprod.com/pages/projet/fiche.php?s_id=5156&s_wbg_menu=4

  4. David permalien
    27 juillet 2010 09:32

    Pour Sarah et moi la plus belle découverte reste Le Colosse de Hong-Kong. Qui nous a amené à regarder Turkish Star Wars la semaine d’après, et c’était juste… Sublime. Ca dépasse l’entendement à un niveau stratosphérique, les mots me manquent pour parler de ce chef d’oeuvre.

    A part ça, bravo pour ton très long, intéressant et pertinent article. Et Enter the Void qui a eu le grand prix, oui ils ont osés. Même si je défends toujours le film je trouve ça très limite.

    Sinon à une prochaine monsieur le madeux, en espérant pouvoir faire une semaine complète un de ces quatre !

    David.

  5. ygrael permalien*
    29 juillet 2010 21:32

    Méfiance… D’abord Le colosse de HK, ensuite Turkish Star Wars ! Vous commencez une période très hautement psychotronique qui mène tout droit vers une addiction lourde aux gros nanars qui refoule du goulot, je sais de quoi je parle, je suis tombé dans le Bis philippin et ça, c’est un truc a te bruler une âme d’enfant. Tu te dis sans cesse "pfff quand je veux j’arrête" alors que t’es en train de te mater Lady Terminator en pensant aux joies que va te procurer le dvd du peplum indonésien qui ne devrait pas tarder a arriver dans ta boite aux lettres… Un enfer j’vous dit !!!!

    Bye ^_^

  6. David permalien
    2 août 2010 09:09

    Eheh. Merci d’essayer de nous faire entendre raison, mais mis à part Super Inframan qui me fait envie, je ne pense pas aller plus loin… A part peut-être quelques films turques… Et indonésiens. Et… non, c’est tout. Ca suffit largement. Pour le reste, on verra après. ;-)

    En même temps, c’est toujours meilleur – et presque plus sincère – que les films auteurisants. ;-)

  7. 4 septembre 2010 15:40

    Certains plans de "Valhalla Rising" m’ont fait penser, toutes proportions gardées bien sûr, au cinéma de Terrence Malick. ("La Ligne rouge", ce chef-d’œuvre du film de guerre qui transcende le genre) ou à celui de Werner Herzog.

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