Drag me to Hell de Sam Raimi. USA/2009.
Hors donc, c’est après le succès cosmo-galactique de ces Spiderman que Raimi revient a ces premiers amours, le film fantastico-horrifique, un retour au genre venant quasiment 10 ans après le beau The Gift, œuvre méconnu qui troquait la comédie horrifique exubérante des Evil Dead pour une chronique mélancolique et intimiste d’un bled paumé du sud des USA. Attendu comme le messie par les addicts de la trilogie des cadavéreux Jusqu’en Enfer, s’il est bien une œuvre horrifique plus proche des attentes que pouvait l’être The Gift, ne marque pas le retour de Raimi dans le sillage sanglant laissé par la mythique trilogie. Christine Brown (Alison Lohman) s’occupe des crédits immobiliers dans une grande agence, la jeune femme postulant pour une importante promotion voit arriver une Bohémienne, Mrs. Ganush (Lorna Raver), implorant de lui accorder un délai pour le remboursement de son crédit. Partagé entre la compassion pour la vieille femme et son désir de monter a son patron sa capacité a prendre des décisions difficiles, Christine décide de refuser la demande. Mrs. Ganush se jette sur elle avant d’être jeté hors de la banque. En regagnant sa voiture, Christine est attaqué par la vieille Bohémienne qui, au bout d’une violente bagarre, fini par saisir un bouton de manchette et prononce quelques mots. Christine troublé par cet incident va, contre l’avis de son petit ami, consulter un voyant qui lui révèle l’horrible vérité: Christine est victime d’un sortilège lancé par la vieille femme. Dans trois jours un démon nommé le Lamia qui, après l’avoir tourmenté, viendra la chercher pour la conduire en Enfer !

Sur une trame très simple, Jusqu’en Enfer décrit le calvaire de Christine cherchant désespérément le moyen de contrer la malédiction de la vieille gitane et le fait en invoquant une portion de l’imagerie du cinéma fantastique, une habitude chez Raimi qui a souvent cité les grands classiques de l’âge d’or dans une partie de sa filmographie. On voit donc la réapparition de la figure de la Bohémienne, souvent associée pendant les années 30 et 40 au Loup Garou ou au monstre de Frankenstein, même si celle ci est nettement plus hargneuse que celles des productions Universal, une résurgence d’une imagerie gothique que l’on peut retrouver dans de multiples scènes ou se mêle baraques en ruine, démon cornu ou forêt de tombes formant le cimetière d’une des scènes de fin. Par sa trame général Jusqu’en Enfer se situe dans le sillage de Rendez-vous avec la Peur (Night of the Demon) réalisé par Jacques Tourneur en 1957 qui narrait l’histoire d’un professeur tentant lui aussi de se défaire d’un démon lancé a ces trousses. Les deux films ont un certain nombre de points communs mais là ou Tourneur se servait avant tout d’effets sonore ou
de procédés de mises en scène pour suggérer la présence de forces occultes, Raimi utilise des moyens nettement plus graphique pour visualiser les tourments infligés a Christine par le démon. Là ou Rendez-vous avec la Peur est un thriller occulte distillant son angoisse par différentes touches atmosphérique, Jusqu’en Enfer est un roller coaster ultra nerveux utilisant toute une batterie d’effets électrisants magnifié par la puissance de feu de la caméra de Raimi, faisant de son petit dernier le film fantastique le plus brutal de ces dernières années. Les premières scènes posent la situation, avec une limpidité qui force le respect, en exposant clairement les motivations de Christine et les différents enjeux. Mais là ou d’autre en aurait fait une détestable petite arriviste, Raimi se montre plus retors, voir même assez sadique, puisqu’aucune peines ou douleurs ne lui sera épargné – dans la grande tradition du héros “Raimien” qui s’en prend généralement plein la tronche – tout en montrant que sa vénalité n’est conditionné que par la pression d’un environnement social et non par arrivisme belliqueux, une nuance qui rappel que Jusqu’en Enfer est motivé par un propos – et je n’ai pas dit un discourt – a tendance social. Et pour le coup la pauvre Christine en prend vraiment pour son grade ! Si la promesse de promotion lui donne quelques airs de supériorité, le reste du métrage l’enfonce dans des abîmes d’humiliation physique ou psychologique.

Le mécanisme central de Jusqu’en Enfer repose sur une progression dramatique en crescendo misant sur l’empathie du spectateur vis a vis de Christine, au fur et a mesure du déroulement de la malédiction et de la découverte de sa personnalité et de ces faiblesses. Elle cache comme un secret honteux ces origines, doit subir des humiliations quotidiennes ou les aprioris de la mère de son petit ami, qui semble d’ailleurs être son seul contact avec la société. Une solitude qu’accentuera la malédiction et les attaques du Lamia, toujours plus violentes et souvent situés a des moments clé de l’existence de l’héroïne (le diner chez les parents du petit ami, c’est après avoir réussi a se faire accepter par l’acariâtre mère que le Lamia fera passer Christine pour une dingue ), creusant ainsi le fossé entre elle et le reste du monde. Christine va se débarrasser de toutes ces propriétés dans le but de les vendre afin de se payer les services d’un médium susceptible de la débarrasser du Lamia, se faisant elle s’efface d’elle même de la mémoire des vivants en vendant jusqu’a ces souvenir d’enfance. Une progression psychologique dans la douleur que Raimi juxtapose sur une série de scènes parfois un peu ratées mais toujours réellement jouissives dans la cruauté, tout en
développant un imaginaire fantastique que je croyais relégué aux archives par la récente vague de torture flicks (les séries des Saw ou Hostel) et une efficacité virtuose toujours accompagné d’un humour noir fracassant. Si on peine pour la pauvre Christine lors de la scène de frittage avec la Bohémienne dans le garage en sous sol, impossible de ne pas trouver cet affrontement presque hilarant par les proportions excessives et l’humour qui s’en dégage. Une dimension que l’on retrouve dans pas mal de scènes ; celle de l’exorcisme pendant laquelle les esprits de morts non invoqués s’invitent et ou le Lamia s’incarne dans un bouc – qui se met a parler et a proférer des insanités – et dans un servant, devenant un possédé se lançant dans une gigue infernal en apesanteur (clin d’œil un peu trop appuyé a Evil Dead 2) ; l’attaque du fantôme de la Bohémienne qui se prend une enclume en pleine tête avant d’éjecter ces yeux sur la pauvre Christine, qui aura auparavant sacrifié son chat en espérant sustenter l’appétit d’âmes du démon. Raimi retrouve ici la liberté artistique qu’il avait quelques peu perdu dans les concessions de Spiderman 3 (film que j’adore au demeurant) et nous colle la tronche dans de purs moments de ciné horrifique ou sa maestria fait une nouvelle fois merveille. Je retiens celle de l’attaque de la Bohémienne, celle ou l’ombre du Lamia agresse Christine dans sa maison et surtout celle du cimetière, a la croisée graphique du dessin animé et du ciné d’horreur, réellement anthologique par l’extraordinaire choix des cadres et des mouvements d’appareils magnifiant un design de toute beauté. Jusqu’en Enfer est un retour plus que réussit de Raimi au ciné horrifique ayant fait sa réputation, une œuvre profitant des immenses progrès de son réalisateur dans la direction d’acteurs (toutes et tous vraiment excellents), un film sans concession qui nous dispensera de l’habituel retournement de situation final. Pas de happy-end ici, Jusqu’en Enfer se termine par un plan final sur le visage de Justin Long, dévasté par un sentiment de désolation et possesseur de la seule et unique chose rappelant que Christine est jamais existé: un bouton.
Bon Sam, vu que t’es pas trop mauvais dans le genre super héroique et le film fantastique, y a moyen de nous pondre un jour une adaptation d’Etrigan The Demon de Kirby et/ou du Dr. Strange de Ditko ?
de Sam Raimi. USA/1990.
C’est après Evil Dead 2 que Sam Raimi s’attelle a la réalisation de Darkman. Pour Raimi une constatation s’impose; la suite de son mythique film d’horreur, reprenant toutes les caractéristiques de son modèle, a explosé les frontières de son style et reculé ces limites stylistique dans une démentiel apothéose graphique. Darkman doit sa mise en œuvre a une volonté de Raimi de raconter une histoire, non seulement par le billet de sa très volubile caméra mais cette fois en contant sur des personnages doués d’une véritable personnalité, de pouvoir compter sur des acteurs investis par leur rôles. Également conscient qu’aussi virtuose soit il, il n’attendra jamais le cœur du grand publique – peut réceptif aux outrances visuels du petit génie en costard – Raimi décide de calmer ces ardeurs, maîtrisant sa caméra, de s’essayer a un style plus posé. Bref Raimi veut de l’émotion et une plus grande reconnaissance, sinon critique, au moins publique. Darkman est en outre une première puisqu’il s’agit de sa première expérience dans le cadre d’un film de studio – la Universal – et constitue donc a bien des égares un film pivot dans sa carrière. Peyton Westlake est un chercheur travaillant sur une peau de synthèse dont le défaut est de se désagréger au bout de 99 minutes. Julie, sa fiancée, travaille pour le procureur sur une affaire de pots de vin auxquels semble mêlés un milliardaire et un gangster de sinistre réputation, Durand. Une nuit, alors que Peyton découvre enfin la faiblesse de sa peau synthétique – une exposition prolongé a la lumière – Durand débarque et détruit le laboratoire. Peyton, que tout le monde crois mort, a survécu. Horriblement défiguré et doué d’une force surhumaine, il décide de se venger en utilisant son invention.

C’est sur une trame simple – qui fut néanmoins l’œuvre de 5 scénaristes – que repose Darkman, une intrigue qui remet en avant les thèmes autrefois utilisées par les productions de la Universal pendant les années 30, Darkman évoquant les monstres pathétiques de cette périodes par le billet de références visuelles ou sémantiques. L’apparence et le parcourt de Peyton ont souvent value a Darkman de nombreux commentaires sur sa ressemblance avec Le Fantôme de l’Opéra, avec lequel il entretient effectivement de nombreux points communs, mais il semble judicieux de signaler que Darkman évoque également d’autres figures de la culture populaire, qu’elles soit fantastique ou non. Son apparence et ces origines en font une sorte de relecture “positive” de l’Homme au Masque de Cire d’André de Toth (House of Wax/1953, lui même remake de Masques de Cire de Michael Curtiz, réalisé en 1932), l’histoire d’un sculpteur défiguré se servant de masques en cire pour cacher son visage défiguré et accomplir sa vengeance. On peut également y percevoir un parallèle avec l’Homme Invisible de James Whale, qui sitôt débarrassé de ces bandages devient invisible, de même que Peyton qui se cache derrière les masques de ces ennemis. L’histoire d’amour développe quand a elle une affiliation certaine avec le mythe de la Belle & la Bête, voir avec Le Bossu de Notre Dame par sa tragique impossibilité. En poussant un peu plus loin on pourrait même voir une vague ressemblance graphique avec The Shadow, ce qui pousse le héros du film de Raimi dans l’univers des justiciers masqués et de la bande dessiné US. Grand fans de comic books Raimi a affublé son héros d’un grand manteau, le situant dans la ligné (lointaine) de Batman en surlignant l’aspect dramatique du personnage. On peut également remarquer que les origines du Darkman contiennent quelques similitudes avec le Swamp Thing de Bernie Wrightson et Len Wein.
Du comics, Darkman a conservé la construction mythologique de son héros et une galerie de méchants particulièrement folklorique, en haut de laquelle trône Durand, un tueur sadique collectionnant les doigts de ces victimes, interprété par une pure tronche dont ce fut la mémorable heure de gloire : Larry Drake (”une tête de Bulldog sur un corps de Bulldozer” dixit Raimi). Darkman fut reconnu dès sa sortie comme un authentique comic-book movie, au même titre que Robocop – avec qui il partage quelques points commun – ou Terminator, bien plus que les adaptations officielles se résumant a l’époque au Punisher, Les Tortues Ninja, la grosse baudruche de Tim Burton ou Dick Tracy (film sympathique mais paralysé par le statisme de son concept) qui n’avaient pas franchement soulevés l’enthousiasme des fans par leurs qualités d’adaptations et/ou pour leurs qualités cinématographique. Si Sam Raimi ne trouve pas l’équilibre et la fluidité qu’il atteindra sur la trilogie des Spiderman, Darkman reste 19 ans après sa réalisation une des œuvres les plus attachantes de son réalisateur. Son style très caractéristique qui donnait a ces précédentes réalisation un aspect comics évident – comment ne pas voir l’influence des Tales From the Crypt ou The vault of Horror dans les Evil Dead ou celle de Tex Avery et Chuck Jones dans Mort sur le Grill – fait des merveilles et pâlît au manques évidents d’un scénario superficiel rendant Darkman bancal malgré toute ces qualités. Ce n’est pas par les dialogues ou les situations que Raimi impose les enjeux de son récit mais bien aux travers de pure moment de réalisation. Si le gunfight qui ouvre le film n’est ce qu’on a vu de mieux dans le genre, la destruction de Peyton, les hallucinations qui annoncent ces crises de colères – dont certains plans seront repris pour le premier Spiderman – le meurtre du voyou joué par Ted Raimi, l’excellente poursuite final ou le Darkman est suspendu a un câble suspendu a un hélicoptère avec a son bord Durand qui essaie par n’importe quel moyen de s’en débarrasser – une idée qui servira d’inspiration pour une scène identique dans Matrix – ou la fin situé sur les échafaudages d’un gratte ciel sont toute des scènes blindées d’idées visuelles complètement démentes.

Mais ces idées ne font pas seulement merveille pendant les scènes d’actions. Le plan en fondu enchainé qui voit Julie assister a l’explosion de laboratoire de Peyton pour lentement se transformer en veuve est une des plus belles idée de Raimi est jamais eu, il met en évidence la dramatique de la situation en un seul plan là ou d’autres en auraient fait des caisses dans le registre du larmoyant, de même que la plupart des scènes intimistes sonnent juste et font preuves d’une excellente direction d’acteurs. Raimi – armé d’un petit budget de 8 M$ – se rapproprie le langage gothique de ces références de base et le réadapte au standard de l’époque (les rues noyées sous la pluie, le repaire de Darkman ou la fête foraine et son monstre, tout droit sorti du Freaks de Tod Browning), tout comme le thème de la dualité de la monstruosité, physique chez Darkman, intérieur chez Louis Strack Jr, le promoteur véreux a l’origine de la mutilation de Peyton qui, malgré son statut de héros romantique, est néanmoins gagné par le gout de la vengeance, et par la même abandonne son ancienne identité pour pleinement assumer la nouvelle (par un ultime plan franchement réjouissant). Malgré les quelques scories qui entache son métrage, Raimi signe une œuvre adulte et noire et gagne ces galons de réalisateur de studio sans y perdre son âme. On saluera au passage le superbe maquillage de Tony Gardner qui n’handicape pas le jeu de Liam Neeson tout en évitant une ressemblance, même lointaine, avec Freddy Krueger, le score discret et très caractéristique de Danny Elfman et la belle photo de Bill Pope, depuis devenu le chef op attitré de Raimi sur quasiment toutes ces réalisations. Raimi n’allait par la suite pas se priver de puiser dans Darkman dont il reprendra quelques idées dans le deuxième et troisième épisodes de Spiderman (le repaire du Docteur Octopus et le final du 3 dans l’immeuble en construction). De film multi-référentiel, Darkman est aujourd’hui une œuvre de référence et le manifeste comic-book d’un réalisateur de génie en pleine mutation.




