Aller au contenu principal

NIFFF 2011

9 août 2011


Les portes de l’Helvétie profonde et francophone se sont une nouvelle fois ouverte pour accueillir les 25000 spectateurs qui se sont pressés a la 11eme édition du film fantastique de Neuchâtel. Et comme chaque année c’est moi, votre serviteur, qui vais vous narrer ces jours de grandes aventures. Le festival rencontrant un succès grandissant, sa période a été rallongé a 9 jours et de nouvelles sélections se sont vu rajoutées. J’ai donc décidé de chroniquer non pas par catégories mais par genres et continents avant de passer à la section rétrospective, en vue d’une meilleur lisibilité. Commençons, avant de passer a la chronique des différentes sélections, par le film d’ouverture, Hideaways, réalisé par Agnès Merlet. Après un excellent Dorothy, Merlet revient avec une œuvre qui est tout à la fois une déception et une confirmation. Déception car après une introduction brillamment mené, drôle et tragique, Hideaways s’embourbe dans une bluette inintéressante, faute au perso principal, niais et pas crédible une seule seconde, sur fond d’histoire d’ado doté du pouvoir de donner vie et mort. Confirmation car Merlet filme avec une élégance rare, arrive malgré une histoire bancal a créer des images prenantes par leur contenu poétique et leurs beautés. Malgré les défauts d’Hideaways, Agnès Merlet est un auteur a suivre, en espérant que ces prochaines œuvres soient plus solides que celle-ci.

Sélection Fantastique.

Bâtit sur un postulat étrange et prometteur Saint, le nouveau film de Dick Maas, est une déception. Hommage au cinéma de Carpenter (avec en ligne de mire Halloween dans un premier temps, puis Fog) Saint peine a installer quoique ce soit de vraiment consistant. D’abord slasher puis film de fantômes, se définissant comme un mélange horrifico/humoristique tablant sur les sanglantes exactions de son boogeyman et de sa clique de fantômes, autant que sur ces seconds rôles, conçu comme drôles, et assortit d’un design mettant en avant son artificialité, Saint échoue sur tout les plans. Dick Maas peine a rendre vivant des personnages archi caricaturaux et des situations milles fois vu ailleurs. De plus l’originalité de son pitch (St Nicolas est une grosse ordure morte vivante surgissant tout les 30 ans afin prendre sa revanche sur les vivants) n’est jamais vraiment exploité, la mythologie crée pour l’occasion jamais développée. L’aspect horrifique est constamment désamorcé par l’incapacité de Maas a donner une vraie dimension a ces revenants et par des situations comiques a l’humour pâteux, totalement dénués d’une quelconque dynamique, se reposant uniquement sur leurs contenus. Se voulant teigneux, méchants, irrévérencieux Saint n’est qu’un gros pétard mouillé de plus, mais qui se laisse malgré tout regarder sans ennuie grâce a quelques scènes plutôt bien torchés (la poursuite sur les toits est vraiment bien) et une chouette facture visuelle.

Road movie situé dans un monde post apocalyptique ravagé par des hordes d’intégristes religieux et de vampires, Stake Land aurait pu être intéressant si son jeune réalisateur n’avait pas bridé son métrage par un propos insignifiant sur l’Amérique profonde et ces démons. On ne met pas longtemps a comprendre que les vampires sont assez secondaires, que ce qui intéresse vraiment Jim Mickle c’est la peinture d’un petit groupe de survivant, en quête d’un endroit nommé New Heaven, terre promise semi légendaire ou un groupe d’humains aurait commencés a reconstruire la civilisation, en proie a une bande d’illuminés évidement plus dangereux que les vampires eux même. Platement shouté, Stake Land ne propose rien de plus que ce qui est montré dans la première demi heure. Confondant souvent rythme lancinant et ambiance atmosphérique avec ennui, phagocyté par une écriture très aléatoire (les personnages secondaires apparaissent et disparaissent, pour laisser place a d’autres, les héros passent d’une communauté a une autre, etc) pour ne pas dire médiocre dans sa dernières partie, Stake Land souffre a l’évidence d’un budget insuffisant, d’un manque de consistance du développement des sujets abordés et surtout du manque d’expérience (ou de talent) de son réalisateur, en regard de l’ambition du projet. Le scénario passe son temps a semer des pistes ou éléments qui ne seront que très peu, voir pas du tout, exploités par la suite, d’autant que jamais Stake Land ne fait ressentir l’odeur de fin d’un monde propre a ce genre de film, ou a vraiment faire exister ces protagonistes. Plus proche de The Postman que de The Road, Stake Land n’est pas un mauvais film, juste une regardable et insignifiante pellicule qui ne marquera pas les esprits.

Très gros buzz du moment, Troll Hunter est aussi enthousiasmant que réellement frustrant. Enthousiasmant parce que, pour une fois, le fantastique emprunte un voix très rarement parcouru, et surtout parce qu’il en développe avec pertinence les différents aspects. Parcourt d’une bande de journalistes collés au basque de ce qu’ils pensent être un fantaisiste plaisantin, ils se rendront très rapidement compte que l’homme est bien ce qu’il prétend être, un chasseur de Trolls dans la Norvège moderne. Ils existent et leurs tailles n’a d’égale que leurs férocités. Emballé sur un mode tragi-comique, Troll Hunter doit énormément au charisme de son personnage principale, professionnel blasé et fatigué par des décennies de lutte qui ne semble jamais être pris au dépourvu, même devant un Troll haut d’une centaines de mètres, et d’excellents effets spéciaux matérialisant des Trolls, en tout point fidèles a l’imagerie populaire scandinave. Les scènes les mettant en œuvres sont clairement les meilleurs du film, d’autant que les auteurs du film ont décidés de visualiser un panel varié de monstres a chaque combats, eux même assez différents les uns des autres, évitant ainsi l’écueil de la redite qui aurait facilement pu s’installer au vu du pitch. Mais ce qui fâche vraiment, c’est que Troll Hunter est un énième avatar de la mode du found foutage (REC, Cloverfield, Blair Witch Project). Principe de mise en scène « discount » très utilisé ces derniers temps, le ff ampute d’une partie non négligeable Troll Hunter de son potentiel. S’il peut se justifier dans quelques scènes (l’antre des trolls où sont coincés nos héros ou la traque dans la forêt) les tics propres au genre fatiguent plus qu’il n’immergent dans le récit (cette passion qu’on les caméramans de poser leurs outils de travail par terre ou de cadrer leurs pompes). D’autant que l’on se retrouve privés des grandioses paysages norvégiens, le cadre pourtant idéal a la visualisation des créatures née de l’imagination fertile des peuples qui y ont habités. Vraiment dommage que les auteurs n’est pas voulu (où pu) opter pour un projet de mise en scène plus classique, d’autant que la dernière scène, shouté d’une manière presque « normal », contient des plans parmi les plus impressionnants que le cinéma fantastique nous a offert ces dernières années, et c’est a ce moment que l’on sent poindre la frustration de ce qu’aurait pu être Troll Hunter.

Grave Encounter et La Traque: dans l'enfer du bourbier au pays de la daube !

Autre found foutage présenté, Grave Encounter touche le fond du panier, pardon, du caniveau a clodos dont il n’aurait jamais dû sortir. Réalisé par les Vicious Brothers, GE se voudrait un pastiche du genre, un truc défini par ces « auteurs » comme drôle, impertinent et terrifiant et qui fini, avant tout, par devenir la daube du festival. Mis a part le faux voyant, dont la première apparition est vraiment hilarante, GE n’est qu’une galerie de personnages tous plus cons et détestables les uns que les autres, encore une fois un entassement de situations mille fois vu ailleurs en largement mieux (pour ceux que ça intéresse, GE entretiens plus qu’une filiation avec le très chouette La Maison de l’Horreur de William Malone). Avec un scénario a bout de souffle en a peine plus d’une trentaine de minutes, Grave Encounter cumule les tares pour en devenir suffocant de nullité dans ces dernières minutes. Parce qu’a force de vouloir jouer aux gros malins et a planquer son manque d’imagination derrière un vague alibi semi-parodique, les Vicious Bros tournent a vide et ne font que répéter les erreurs des films du même genre, avec comme bonus pour le spectateur la désagréable impression de se faire chier à la gueule par deux cons suffisants. A bien y penser, GE est certainement le pire film du genre. Difficile de comprendre comment et pourquoi certains sites ont cru voir des qualités a La Traque, autrement appelé Proie, nouveau représentant du ciné de genre horrifique franchouillard. Ce n’est pas tant par son discourt écolo bas du front que le film d’Antoine Blossier se vautre mais bien dans sa triste incompétence a créer une quelconque tension dramatique. Se voulant angoissant et horrifique, La Traque est aussi plat qu’une tranche de jambon fumé Auchan, Blossier n’arrivant pas une seule seconde a nous faire croire ou ressentir la présence de ces gros sangliers mutants. Pas aidé par des personnages caricaturaux déchirés par des conflits dont on se fout comme de sa première dent de lait, La Traque est inintéressant au possible et aussi captivant qu’une redif de Chasse et Pêche a 3h du mat. Honnêtement j’ai rien a en dire de plus si ce n’est que malgré la brouette de casseroles qu’il se traine, je ne m’y suis pas trop emmerdé, les deux seuls qualités que l’on pourrait, à la rigueur, lui trouver ce sont justement sa durée (1h20) et une introduction laissé à sa plus simple expression.

Sélection « Autres Genres ».

Consacrée aux films non fantastiques donc, je passe assez rapidement sur We need to talk about Kevin et Wasted on the young, deux chroniques dramatiques narrant pour l’un le parcourt du calvaire d’une mère face a la monstruosité de son fils et l’autre les conséquences d’un viol commit dans le milieu de la jeunesse doré australienne. Les deux ont en communs de planquer leurs manque total de contenance de propos, se résumant très souvent a de simples entassements de clichés (les amateurs d’enfance maléfique, de parents débiles ou absents et de jeunes bourgeois corrompus seront s’en satisfaire), derrière toute une brouette d’effets de style pompeux. Le vide complet. Autrement plus intéressant, Super fut une belle surprise. Vendu comme une œuvre surfant sur la vague post Kick Ass, le dernier pruneau de James Gunn (l’excellent Slither) n’est pas un film de super héros mais un drame racontant, avec comme toile de fond un phénomène aussi ridicule qu’inquiétant qui semble s’étendre aux USA, la chute d’un loser dans une spirale de folie sanguinaire sur fond de trip mystiquo-religieux et de solitude affective.

Raconté sur un mode comique a l’humour noir dévastateur, Super est un pilonnage en règle de toute forme de bon goût, n’épargnant aucune formes d’humiliations a son (anti) héros, l’enfonçant dans son rôle de freak pathétique, égocentrique et dangereusement immature avec une énergie et un sadisme jubilatoire. Mais sous sa drôlerie apparente, Super est également le portrait d’une Amérique ou toute formes d’autorités et de modèles semblent absentes, hormis ceux présentés par les héros kitchos d’un comics religieux intégriste, ou seule règne la loi du plus fort, un endroit laissant place à la folie aliénante d’un illuminé antipathique, entrainant avec lui une jeune fille, elle même légèrement atteinte du bulbe. La réalisation n’a en elle même rien de fondamentalement génial mais fait le job, le montage très dynamique assure a l’ensemble un rythme soutenu, mais c’est surtout le casting qui fait la différence. Kevin Bacon très bien en dealer minable, Liv Tyler assure en potiche cocaïnée mais ce sont les premiers rôles qui arrache tout. Rainn Wilson, énorme en vigilant sociopathe, a la fois touchant dans sa détresse et inquiétant par sa folle détermination et Ellen Page, affolante dans le rôle d’une post edo surchauffée, sans repaire, et prête a tout pour suivre son « héros » sur le chemin de la justice par l’ultra violence. Vraiment très bien et sans aucun doute un des meilleurs films du festival !

Très grand fan d’Alex de la Iglésia, j’avoue avoir eu du mal avec Balada Triste de Tropeta. Si l’on devine que le propos de base se formule sur une allégorie de l’influence néfaste de l’époque Franquiste sur cette période de l’histoire espagnole (les clowns font pas rires, provoquent des catastrophes et deviennent de véritables monstres pour l’amour d’une belle), j’ai vraiment eu beaucoup de mal a faire le rapport entre le discourt et sa démonstration. Si BTdlT commence et fini par deux scènes d’anthologie, le reste pose un vrai problème de compréhension et, c’est une première chez De la Iglèsia, de rythme. La deuxième partie n’est qu’une suite de scènes pas forcément lié entres elle (le signification et le pourquoi de la scène dans la forêt restent assez brumeuse) et le parcourt de Javier, du gros timide en machine a tuer, reste assez invraisemblable.

Ce n’est pas tant la démesure grotesque, dont est coutumier De la Iglèsia, qui pose problème mais plutôt que la mécanique jusqu’ici parfaitement huilé du trublion hellène semble tourner a vide. Et il n’est pas improbable de penser que l’absence de Jorge Guerricaechevarría, complice de toujours au scénario, y soit pour quelques chose, car l’ensemble respire le vide d’un discourt véritable et enquille avec férocité des scènes toutes plus incohérentes les unes que les autres, là ou justement les précédentes œuvres du duo affichaient une imparable cohésion entre récits et discours sociaux. Le contrecoup de ces faiblesses est que BTdlT est l’œuvre la plus sombre, la plus violente et celle ou les tendances de De la Iglèsia au surréalisme sont le plus marqués. Pas vraiment drôle et totalement désespéré, BTdlT se pare d’une dimension cauchemardesque, suffocante ou le suicide semble la seul libération. Mais malgré ces défauts BTdlT, grâce a quelques magnifiques scènes dû a la maestria visuel de son auteur et a une direction d’acteurs jamais pris en défaut, reste largement au dessus du tout venant mais fait craindre que De la Iglèsia est finalement emprunté la voix de la déchéance du trône de petit génie du cinéma européen.

Autre gros Buzz du moment et se voulant un hommage au ciné d’exploit’, a l’instar de toute la vague récente d’œuvres estampillées Grindhouse, Hobo with a Shotgun se pose plus comme un Troma en scope pété de tunes qu’autres choses. Empruntant sa structure narrative, sa description d’un monde totalement corrompu et une galerie de personnages ignobles au western italien le plus déviant, Hobo, malgré une intrigue convenue, avait tout pour être un sympathique petit film étalant avec fierté un étalage de vulgarité assez typique de la firme de Lloyd Kaufman. Porté par une évidente volonté de bien faire, Jason Eisener enquille des scènes violentes plutôt bien, voir très bien emballées et jamais avares en détails gore. C’était d’autant bien parti que le jeune réalisateur va généralement au bout de son propos (les bad guys sont d’irrécupérables sadiques toujours prompt a démontrer leurs savoir faire dans l’art de faire souffrir leurs prochains), fait preuve de quelques bonnes idées (The Plague : le duo de tueurs a gages en armure, aux méthodes pour le moins originales), le tout étant nimbé d’une photo appropriée, que l’on doit a Karim Hussein, aux couleurs saturées et baveuses très 80′s, volontairement dégueulasse et de fort belle allure. Le hic c’est qu’Hobo se plante dans les grandes largeurs faute a une écriture des dialogues catastrophiques, le métrage n’est qu’une succession de punch lines toutes plus pourraves les unes que les autres et le casting est à la mesure de la débandade ; un chapelet de têtes a claques rendant la plupart des scènes difficilement regardables, au dessus desquels trône Rutger Hauer, le regard perdu, hagard, se questionnant en son âme et conscience s’il est vraiment raisonnable de tout faire pour payer ces impôts. Dommage, le potentiel était là ! !

Les Nuits rouges du Bourreau de Jade a quasiment fait l’unanimité contre lui. Pas d’histoires, personnages creux et déficit d’enjeux dramatiques… Et il est simplement impossible d’entrer en contradiction avec ces arguments qui résument les gros problèmes narratifs que n’ont pas su éviter Julien Carbon et laurent Courtiaud. Histoire évasive d’une femme obsédée par les plaisirs de la souffrance, en quête du Graal des tortionnaires, une potion mortelle démultipliant les sensations de ceux qui l’ingère, Les Nuits rouges du Bourreau de Jade n’existe que par et pour l’image. Suite de tableaux souvent très beaux brassant esthétique et sadisme, l’intrigue n’y est que secondaire et brumeuse. Qui se souci vraiment du sort de Frédérique Bel, balloté dans une sous intrigue d’espionnage a peine évoqué, passant son temps a errer d’un endroit a un autre et complètement oubliée par une quelconque caractérisation, écrasée par la charismatique beauté de la vénéneuse Carrie Ng. Tout juste pourrait on presque y voir l’ébauche d’un propos sur l’Occident se noyant dans les impénétrables mystères d’une Chine inaccessible, que l’espionne incarnée par Frédérique Bel disparait.

C’est d’ailleurs par son personnage que l’on comprends vraiment ce qu’est Les Nuits Rouges, une projection des fantasmes cinéphiliques de Carbon & Courtiaud, Bel est affublée un impair identique a celui d’Alain Delon dans Le Samouraï et du même mauser a crosse de Trintignant dans Le Grand Silence. Des références qui n’ont pas d’autres but que d’être visualisés, faisant du métrage un projet vide d’un quelconque propos, hormis celui de l’hommage a tout un pan de la cinématographie de genre des 60/70′s, ou se croisent les fantômes de la Shaw, du Vidéodrome de David Cronenberg, du ciné HK des 80′s ou du genre français. Mais sous ces apparences « asiatiques », Les Nuits Rouges fait ressortir, par le billet d’une photo aux couleurs flamboyantes et des scènes de sadisme sophistiquées, d’évidentes influences italiennes, en particulier celle de Mario Bava dont le duo essai de retrouver l’étrange alchimie. Les Nuits Rouges n’est pas un vrai film, juste un pur objet de fétichisme pictural… Que l’on peut apprécier comme tel ou non !

Récit historique racontant le combat d’une troupe de guerriers et de nobles pendant le siège d’un château par les forces du Roi Jean, en route pour la reconquête d’un trône qui lui a échappé et l’abolition de la Magna Carta, Iron Clad fût lui aussi une très bonne surprise. Étrangement ce n’est pas par l’excellence de la réalisation de Jonathan English qu’Iron Clad s’élève au rang de très bonne fresque historique. Confuse au possible pendant toutes les scènes de combats, une nouvelle fois les ravages de la shaky cam et d’un montage trop cut, elle se montre souvent incohérente dans ces choix de cadrages, plans très larges de scènes criant leurs manque de pognon et très serré quand il s’agit des combats, tandis que le montage, au travers de certains raccords, se montre lui même assez maladroit. Des erreurs rattrapées par une belle photo qui, souvent, par le billet de superbes images où l’on sent un chef op se faisant plaisir, retranscrit plutôt bien l’ambiance de l’époque, contrairement a ce que pouvait laisser penser le trailer diffusé il y a quelques mois, sans doute construit a partir de scènes non étalonnées. La force d’Iron Clad se trouve plutôt dans une histoire très bien écrite, pourvu d’excellents dialogues pour que l’on accroche rapidement aux différents enjeux, qu’il soit historiques, une lutte de pouvoir dépassant la simple bataille et lié au sort même de l’Angleterre, ou liés aux protagonistes, incarnés par un casting réellement béton. Dans les premiers rôles rien moins que Brian Cox, écrasant de charisme (comme d’hab’), Paul Giamatti, hallucinant en Roi Jean a demi fou, rongé par le sens du statut de souverain (sa scène de pétage de plomb est énorme) et James Purefoy, serrage de mâchoire de rigueur mais rôle intéressant, subtilement Howardien. Dans les seconds couteaux on retrouve Jason Flemyng, Vladimir Kulich, Derek Jacobi, Charles Dance et Mackenzie Crook. Inutile de dire que dans ces conditions, les rares représentants du sexe dit faible sont écrasées par les wagons de testostérones qui traverse le métrage. Dommage, car la love story entre la jolie Kate Mara et James Purefoy est bien amené, assez dilué dans le récit pour éviter basculement vers la barba papa hollywoodienne, mais sans lui éviter le statut de simple love interest. Iron Clad, malgré ces défauts, reste une œuvre très recommandable mais qui rate le coche du film barbare et épique de référence qui aurait pu être le sien.

Sélection Asiatique.

On peut pas dire que cette sélection ce soit montré a la hauteur des espérance. Je passe sur Ninja Robot Zarborgar (me suis barré au bout d’une demi heure) et sur Underwater Love, dont je ne sais toujours pas si c’est l’humour ou les scènes de danse qui m’ont rendu presque honteux d’être dans la salle, pour passer a deux bizarreries ; The Boxer’s Omen de Kuei Chih-Hung et House de Nobuhiko Obayashi. Spécialiste de déviance en tout genre dans le giron de la Shaw Bros, Kuei Chih-Hung porte a son actif une filmo presque toute entière dévouée au gros bis qui envoi du gras, au sein de laquelle on compte l’excellent Bamboo House of Dolls (peut être un des meilleurs films d’exploit’ du monde) et toute brochettes d’œuvres allant du bon (The Killer Constable et Corpse Mania, un Wu Xia Pian teigneux et nihiliste et un « Giallo » crapoteux a la sauce Shaw) au très dispensables (Big Brother Cheng et The Tea House, deux fleurons de la réaction pelliculé, ennuyeux comme un dimanche sous la pluie) au carrément pourrave (la série des Hex). The Boxer’s Omen appartient a cette dernière catégorie. Histoire navrante d’un boxer Thaï cherchant a se débarrasser d’une malédiction (d’où le titre), « l’œuvre » de Kuei n’est qu’un étalage de crapoteries en tout genre ; allant des simples scènes de cul, placées de façon aléatoires, a toute une série de péripéties concernant les rituels incantatoires, ou il est bon de bouffer des escargots pour les vomir manger le vomi pour le re-vomir, en passant par l’apparition de créatures infernales… de nullité et d’une bizarrerie toutes droit extraites d’un cerveau malade. L’intérêt d’une telle œuvre se situe principalement dans le festival quasi discontinu d’éléments relevant très souvent du pur sadisme, The Boxer’s Omen est globalement prolixe de détails bien dégueulasses, saupoudrés d’une pincé de misogynie, et pour le voyage qu’il propose au cœur du pays du Bis le plus bizarroïde.

House fut quand a lui très éprouvant. Situé en fin de festival, sa vision fut un calvaire, a peine interrompu par quelques rires nerveux et sa très belle facture visuel. Sorte de Manga « live » House se distingue par l’enchainement discontinu d’excentricités visuelles et peut se résumer a son simple pitch, une bande de tasspés hystériques se faisant trucider dans une maison hantée. Le film de Nobuhiko Obayashi n’est qu’une suite de scènes mettant en avant un contenu clairement surréaliste, ou toute les digressions graphiques sont envisageables. Sa particularité viens de sa tonalité enjoué, lumineuse, contrastant sévèrement avec d’autres films au postulat similaire. J’ai rien a en dire d’autres sinon que je me suis grave fait chier et que j’aurais, peut être, mieux apprécier en début de festival une œuvre aux parties pris aussi radicaux.

The Murderer, le nouveau métrage de Hong-jin Na, remarqué par le très (mais alors vraiment très) surestimé The Chaser. Prenant le contre pied de ce dernier par sa forme, Hong-jin Na échange une esthétique soigné contre une vision nettement plus rugueuse, et dans le fond, par le billet d’un propos social mis très en avant. Et effectivement le scénario est plutôt pas mal, mais je commence a avoir du mal avec toutes ces lenteurs, qui semblent êtres un passage obligé dans la narration… Du moins c’est ce que le réalisateur semble penser ! Il y a plein de trucs qui aurait semblé gagner en efficacité via un dégraissage de l’intrigue. Je ne suis vraiment pas convaincu que les divers aller retour du perso principal de son appart se posaient comme d’absolues nécessités, de même que la révélation du piège aurait pu tomber plus tôt, etc… De même je n’ai pas accroché à la dernière demi heure ou l’on voit le caïd provincial se transformer en Terminator en hachettes (se servent pas de flingues en Corée ?). Too much pour un film qui se veut réaliste et trop timoré en face d’œuvres plus « débridées » (huhuhu je l’ai faite). Le ton même du film, démonstrativement désespéré, fini par lasser et rend le tout très prévisible, sans compter que l’on de ressent jamais vraiment d’empathie pour le héros. The Murderer souffre d’un travail d’écriture des différents protagonistes allant au minimum syndical, se contentant de les définir uniquement par leurs conditions sociales et pas en tant que personnes. Après je comprend parfaitement que l’on puisse aimer, les scènes d’action sont pas mal, mais ce n’est clairement pas ma tasse de thé (ou plutôt de Soju huhuhu bis)! Hello Ghost de Young-Tak Kim voit un jeune homme poursuivit par des fantômes, après une tentative de suicide. Excédé par le comportement envahissant des revenants, il va devoir accomplir un vœu (par fantôme) afin de pouvoir s’en débarrasser et retrouver la douce quiétude de sa vie de dépressif suicidaire. Comédie intimiste douce amère sur la quête de soit, Hello Ghost souffre quelque peu d’un manque de rythme et d’une dynamique comique qui, couplé a une photo terne, le rende assez plat. C’est par l’écriture de ces personnages que Young-Tak Kim crée l’intérêt, sur les relation complexe que va nouer le héros avec ces fantômes et sur la découverte de son passé. Portrait touchant d’un solitaire qui va peux a peux, au fil des épreuves désignées par les fantômes, renouer avec la vie, Hello Ghost est une œuvre pleine de tendresse qui touche le cœur avant les zygomatiques. Rien de génial mais un chouette petit film !

Guilty of Romance de Sono Sion c’est lui largement démarqué du reste. Débutant par la découverte d’un meurtre violent autant que macabre (les morceaux d’un cadavres mélangés avec les bouts de mannequins) Guilty of Romance raconte l’histoire de l’émancipation d’une plantureuse jeune femme (fabuleuse Megumi Kagurazaka) de l’emprise de son mari, un gros con précieux adepte de la relation platonique, de sa rencontre avec une prostitué (la sulfureuse Makoto Togashi) qui va l’entrainer sur les voies de l’humiliation et de la dépravation. Construction en flash back, divisé en autant de chapitres, Guilty of Romance parle avant tout de la condition de la femme dans un Japon ultra misogyne et brosse le portrait d’un société ou les relations hommes-femmes sont vu sous l’angle de la bestialité, de la domination, de la soumission et de l’humiliation. Un Japon ou la simple quête du simple plaisir rencontre le vice le plus noir. Comme d’hab’ Sion adopte un rythme modéré, propice a la description minutieuse du parcourt de son héroïne et, a plus large échelle, d’une radioscopie d’une société phagocyté par l’hypocrisie, le mensonge et la frustration. Mise en place rigoureuse et tonalité tragi-comique, Guilty of Romance permet a Sono Sion, une fois de plus, de dresser l’état des lieux d’une société moderne hanté par ces vieux démons, un monde ou l’innocence – même dans ces élans nymphomaniaques Sion ne juge jamais son héroïne et prend constamment partie pour elle – fini broyé par la violence. Pour les plus érotomanes d’entre vous, sachez que jamais Sion ne fait l’économie du physique de la très graphique Megumi Kagurazaka et que son film est jalonné de scène de cul ma foi fortement décomplexées. LE film de cette sélection !

Sélection Vintage.

Le point fort de cette édition fût indiscutablement ces différentes rétrospectives (hommage a H.G. Lewis, la sélection Juste a Film ; une historique du cinéma Gore et la carte blanche d’Eli Roth) grâce auxquels ont vit défiler sur les écrans helvète le meilleur comme le pire ! Inutile de revenir sur les qualités des Yeux sans Visage de G. Franju, du Masque du Démon de M. Bava et de La Revanche de Frankenstein de T. Fisher (que j’ai déjà chroniqué ici), si ce n’est pour dire que leurs visions sur grands écrans, tout en entérinant leurs statuts d’œuvres majeurs, permit de profiter dans des conditions presque idéales de la flamboyance macabre, de la puissance baroque et poétique de ces insurpassables du genre. On pourra néanmoins regretter que La Revanche de Frankenstein est été diffusé dans de médiocres conditions, pas de copie 35 mm mais le DVD anglais diffusé par un projecteur souffrant d’évidents problèmes de définition. L’enquête mené par un flic conservateur dans une petite île dominé par d’ancienne croyance païennes n’en fini pas d’intriguer par le fascinant climat d’étrangeté, voir d’onirisme qu’il diffuse. The Wicker Man, projeté dans une excellente copie, garde intact toute sa force et sa singularité, grâce a un scénario béton et d’une réalisation aussi discrète que redoutablement efficace. De même l’Au Delà de Lucio Fulci, s’il a un peu vieillit, reste un modèle du genre. Parce qu’en dehors de ces scènes gore terriblement dégueux, l’Au Delà est un superbe film fantastique, habile mélange de divers thème du fantastique – maison hantée, démonologie et film de zombis – Il constitue l’apothéose de la collaboration entre Fulci, Darnado Sachetti (scénario), Fabio Frizzi (score superbe), Sergio Salvati (photo somptueuse), Gianetto De Rossi (sfx old school macabre et sanglant a souhait) et Fabrizio De Angelis (producteur). Une collaboration réussissant a transfigurer un simple produit d’exploit’, surfant sur les succès du moment (Shining, Suspiria), en incontournable du ciné fantastique transalpin. Un monument poétique et macabre à la gloire de la mort, gardant aujourd’hui encore toute sa funèbre puissance.

Moins essentiel mais très chouette fût la découverte de At Midnight I’ll Take Your Soul de José Mojica Marins, qui en est le réalisateur, l’acteur principal et le scénariste. Première apparition de cette figure emblématique de l’exploit’ qu’est Coffin Joe (ou Zé do Caixão en V.O.), At Midnight… suit le parcourt du Zé, gros salopard dont le seul but est la souffrance de son prochain, vers sa damnation finale. Un peu lent et tributaire d’une réalisation maladroite, At Midnight… tire sa force vénéneuse de son personnage principal, incarnation brute de tout ce que l’humanité peux compter de vilénie, de violence gratuite et de sadisme. Mise en scène minimaliste accompagnée d’une belle image et d’une atmosphère laissant la part belle a une imagerie folklorique macabre, At Midnight… laisse un goût assez particulier en bouche, celui d’une œuvre emplie de la colère transgressive de son auteur, et d’une volonté de s’affranchir des carcans des codes établis. Du coté des classiques Gore US 80′s, Basket Case et Toxic Avenger gardent haut la main leurs statuts de petits films cultes. Si Basket Case sonne comme une lettre d’intention du cinéma underground, provocateur et férocement indépendant d’Henenlotter, sa tonalité sérieuse, voir dramatique en font une exception dans l’histoire de sa filmo. On y retrouve déjà une fascination pour le monstrueux et la mutation, un goût pour la description des bas fonds urbains, hantés par ce que compte les sociétés modernes de laissés pour comptes, de clodos, de putes, de junkies et de paumés en tout genres, abîmés dans le cloaque d’une misère sans espoirs. Un portrait d’un monde sans lendemain qui devient le témoins aveugle de la vengeance d’un brave type et de son monstrueux jumeau, Bélial, envers ceux qui ont osés les séparer. La facture ultra fauché joue a mort en faveur de l’histoire, lui fournissant un décorum et une atmosphère glauque propice a l’élaboration d’une intrigue parfois rigolote, parfois émouvante et foncièrement noire.

Tourné dans un esprit similaire et partageant quelques points communs avec son voisin de palier, Toxic Avenger est lui entièrement tourné dans un esprit rigolard. Pathétique histoire d’un loser persécuté par les membres d’un club de bodybuilding devenant, suite a une chute dans un baril de produit toxique, un super héros d’un type assez particulier, aussi moche et baraqué que particulièrement violant dans l’exécution de la justice rendu. Avalanche de vulgarités en tout genre, Toxic revendique son budget cheapos et la vision ultra caricatural d’une East Coast blindé de yuppies détestables, de pétasses siliconées et de cailleras psychotiques, futur chair a pâté du Vengeur Toxic qui prendra un malin plaisir a leurs écraser la gueule avec son ballet brosse, leurs arracher les bras, bref les réduire en bouillis sous l’œil amusé et complice de Lloyd Kaufman, qui n’oublie jamais d’égratigner le culte vulgos du corps et de la gagne en vogue dans les 80′s.

Nettement plus premier degré, Gore Gore Girls fût un fascinant voyage au cœur de ce que les modes vestimentaires des 70′s comptait de plus hideux. Sans aucune véritable histoire, si ce n’est une vague enquête policière dont H.G. Lewis se cogne totalement, GGG vaut pour ces scènes gores aussi dégueux que mal foutu (sans même parler de leurs profondes conneries… une fessé mortelle, nan mais sérieux !), sa production design de folie, qui nous rappelle constamment que ce n’était pas forcément mieux avant : des papiers peints hallucinants, des banquettes aux motifs monstrueux, un incroyable panel de pulls, costards et chemises pelles a tartes a rendre aveugle un non voyant, et un défilé discontinu de boudins, rendues encore plus laides « grâce » au travail (ou son absence) sur l’image, d’une mocheté sans pareil. On évitera de parler du montage comptant un nombre terrifiant de faux raccords et d’une réal tellement besogneuse que le terme inexistante semble encore trop faible. Un gros foutage de gueule qui ne se cache jamais le cynisme total de la chose… Mais le pire restait a venir !

En provenance direct des gouffres sans fond de la nullité, des contrées arides et désolées du ballonnement gastrique filmé, des abîmes ténébreux de la ringardise, de l’enfer du Bis le plus autre et du cauchemar d’un dément dont l’esprit aurait sombré dans le néant le plus absolu – ou comme chacun sait, siège la folie du mal (et inversement) – nous a été envoyé un des plus ultimes nanars de tout les temps, j’ai nommé Pieces de Juan Piquer Simon, autrement appelé chez nous Le Sadique à la Tronçonneuse ! Difficile d’imaginer que ce film est seulement pu être pensé par un être humain digne de ce nom, même affligé de la plus épaisse des personnalité ! Comment décrire l’indescriptible, imaginer l’inimaginable, conceptualiser le néant, parler de l’innommable et assister a l’insoutenable ? Alignement de scènes plus débiles les unes que les autres, Pieces semble n’avoir été conçu que pour une chose ; annihiler le concept même de cinéma ! En une scène d’intro, Simon balaie d’un revers de la main toute idée de dramaturgie, de crédibilité, de direction d’acteurs et artistique, de montage, de.. de… de… tout en fait !

Démentiel salmigondis de tout ce que le Slasher compte de bas du front, de racoleur et de minable, Pieces étale avec générosité ces charmes douteux avec le sérieux d’un pape en pleine séance de vœux pour la paix dans le monde. Pas une scène n’est épargnée par le fléau du faux raccord, porté par JPS au rang d’orfèvrerie, et toutes portent le sceau de l’ânerie profonde du projet. Des scènes de couloir qui n’en finissent jamais (et souvent pour ne voir qu’une victime potentiel aller au chiotte), des jump scare de folie (l’attaque de l’héroïne par… un prof de karaté qui passait dans le coin), d’inavouables tentatives de « densifier » le suspense (tout ce qui concerne le perso joué par Paul Smith), la consternante direction des acteurs (Paul Smith, virtuose dans l’art subtile de rouler des yeux ou Christopher Georges, hilare tout du long et qui n’en a rien a branler), la chouette facilité qu’on les actrices a se désaper, des SFX miteux, un agencement de meurtres dépassant les limites du raisonnable (le tueur suit une victimes dans un ascenseur, cachant une tronçonneuse derrière le dos), un scénario pitoyable ne s’interdisant aucunes stupidités (les flics, trop cons pour résoudre cette difficile et mystérieuse affaire, demande a un étudiant de trouver le tueur), etc etc etc… La liste est vraiment longue, et mon dictionnaire des synonymes quasiment épuisé, pour répertorier le flot incessant des aberrations charriées par ce long fleuve minable… Vous l’aurais déjà compris, ce film est absolument génial et, comme l’a si bien expliqué Eli Roth lors de son hilarante présentation, une fois que vous aurez vu Pieces PLUS RIEN NE SERA JAMAIS COMME AVANT !!!

Hors donc voilà, c’est fini. On remballe le matos et on se retrouve l’année prochaine pour de nouvelles et, n’en doutons pas, folles aventures. Mais cette review ne serais pas complète sans mon habituel bise sur le cul a tout mes compadres de festoch, infatigables défricheurs de l’inconnu et amateurs de saveurs subtiles et exotiques, et a un mot sur le festival off, composé cette année de Navajo Joe, La Rançon de la Peur, King Kong vs Godzilla, Invasion of the Astro Monster, Demon of the Lute, The Boxer’s Omen, Shogun Ninja, Kamikaze Girls vs Yakuza et le fabuleux, l’immortel, le génial Strike Commando ! A plus les gros ^^

White Zombie

15 mai 2011

Réalisé en 1932 par Victor Halperin, produit en indépendant par lui même et son frère Edward, White Zombie eu l’insigne honneur d’être le premier film de zombie de l’histoire. Très loin des débordements sanguinaires qui marqueront le genre quelques décennies plus tard, Halperin emploie l’imagerie liée au folklore attaché au Vaudou et situe l’action de son film en Haïti ou se rendent Neil et Madeleine pour y voir Beaumont, un ami qui s’éprend de la jeune femme qui repousse aussitôt ces avances. Dépité, Beaumont se rend chez Legendre, un planteur jadis élève d’un bokor, qui reçoit la demande du jeune homme de transformer provisoirement Madeleine en zombie, de sorte que Neil, la croyant morte, retourne aux U.S.A. Legendre accepte mais avec de sombres arrières pensées, ayant lui aussi des vues sur Madeleine et sur les propriétés de Beaumont, qui sans le vouloir vient de mettre en marche des forces qui vont le détruire. Aujourd’hui encore, et malgré ces évidentes qualités, le métrage de Victor Halperin continue d’être pris pour un gros nanar ennuyeux a peine digne de figurer, si ce n’est pour des motifs purement historiques, aux cotés des grandes réussites du genre de l’âge d’or des 30′s.

Sans posséder l’évidence de ces contemporains, le réalisateur modeste qu’est Halperin se montre souvent habile dans ces choix de mise en scènes et distille dès l’arrivé du couple sur l’île une ambiance prenante de menace, notamment pendant la première rencontre du couple avec Legendre (Bela Lugosi), a la croisée d’un carrefour, immobile, fixant Madeleine d’un regard sans équivoque. Accompagnant cette scène d’un effet en fondu enchainé du regard de Lugosi sur la calèche, idée reprise par Coppola pour son Dracula, Halperin construit de manière adroite une ambiance lugubre sur une imagerie fantastique en totale résonance avec un sous texte fortement sexué (pour l’époque) qui sera la marque de White Zombie. A l’instar de The Black Cat (1934) d’Edgar G. Ulmer, la motivation des personnages est centrée autour de la possession d’un femme, victime de l’irrépressible désir qu’elle suscite, transportant le film d’Halperin dans un climat diffus de perversion. Pur film d’atmosphère, White Zombie tire sa force des choix esthétiques d’Halperin dans son illustration du scénario, somme toute très classique de Garnett Weston, et de son habile utilisation des décors récupérés sur Dracula ou Frankenstein. Après une introduction classique des personnages principaux, le film "décolle" pendant la visite de l’étrange sucrerie de Legendre, se servant de zombies comme "masse ouvrière" pour le fonctionnement de son usine. Halperin décrit le broyeur de canne a sucre, un mécanisme a deux étages actionné a sa base par des malheureux condamnés a faire tourner le broyeur jusqu’à la mort et alimenté par d’autres zombies qui jettent la canne dans l’énorme entonnoir qui se trouve au second étage. Beaumont assiste a la chute d’un des porteurs dans l’entonnoir; sans un cri de sa part, il sera broyé par les pals de l’hélice actionnés par les zombies, qui continuent inlassablement de faire tourner le mécanisme de l’engin. Si le hors champs a son importance dans cette scène, l’utilisation du son ou de la photo y sont primordiales. Rythmé par le sourd et lancinant grincements de l’engin, unique présence sonore, cette scène littéralement infernal est éclairé par un superbe clair obscur qui en renforce l’atmosphère ténébreuse et oppressante. Autres passages marquant sont celui ou Beaumont prend conscience de l’erreur tragique de sa démarche en voyant Madeleine zombifiée jouer mécaniquement, sans âme, sur un piano, ou celui ou il est lui même transformé en zombie sous le regard amusé du sadique  qu’est Legendre.

Les décors, très caractéristiques du gothique américain de l’époque, participe de l’onirisme ambiant. L’immense maison délabré et rempli d’ombres qu’habite Legendre n’est en rien "réaliste" ou crédible, mais une construction graphique métaphorique de la personnalité de son propriétaire. Le schéma narratif se conforme avec les codes de l’époque, happy end compris, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une allégorie d’un capitalisme anthropophage dont le but final serait moins le fric que la volonté de pouvoir et de domination de l’autre. L’interprétation de Lugosi va dans ce sens, il incarne un être unidimensionnel dans sa malveillance, avec toute la pelleté de grimace et de rictus dont il avait le secret, uniquement motivé par l’assouvissement de sa méchanceté par l’emprise totale qu’il exerce sur ces victimes. On notera que les Halperin Bros réalisèrent Nation Aflame en 1937 – l’adaptation d’une nouvelle de Richard Dixon, auteur raciste de The Clansman, roman à la base de Naissance d’une Nation – que je n’ai pas eu l’occasion de voir mais qui, selon plusieurs commentaires piochés sur la toile, tout en étant une adaptation fidèle aux écrits de Dixon en inverse le propos pour en faire une œuvre anti-raciste dénonçant la corruption des membres des milices d’extrêmes droites, ce qui semblerais valider pour White Zombie l’idée d’un fantastique poétique aux résonances sociales discrètes mais bien réelles, ce dont se souviendra John Gilling en réalisant quelques décennies plus tard l’Invasion des Morts Vivants pour le compte de la Hammer, qui par l’emprunt de nombreux thèmes en constitue un quasi-remake. Si aujourd’hui le look des zombies et le jeu savoureusement outrancier de Lugosi peuvent prêter a sourire, White Zombie conserve le charme authentique de la naïveté des films de cette époque et reste une des œuvres fantastiques importante des 30′s. Une petite perle pour toutes personnes cherchant dans le ciné fantastique cette poétique de l’image qui semble avoir aujourd’hui complètement disparu.

">http://www.youtube.com/watch?v=lOzgz1Ddmz8]

le Cid

8 avril 2011

El Cid

d’Anthony Mann. USA/Angleterre/Italie. 1961.

Vision romanesque de la vie pleine de combats, de passions et de fureur de Rodrigo Diaz de Bivare, Le Cid s’impose toujours aujourd’hui comme un des plus grands films épiques jamais réalisé. Fasciné par l’Espagne et ces somptueux paysages, c’est Anthony Mann qui soumit le projet d’un film épique s’y déroulant a Samuel Bronston, producteur spécialisé dans la production king size (Le Roi des rois, La chute de l’empire romain, les 55 jours de Pékin et heu… Fort Saganne), qui accepta de financer le faramineux projet. Situé au XIe siècle, en pleine guerre opposant chrétiens et maures, Mann expose très rapidement les différents axes qui serviront de leviers narratif; amitié du Cid avec les rois maures, relation conflictuel avec la royauté espagnole, menace des hordes du terrible Ben Youssouf et les amours contrariés avec la belle Chimène. Ce qu’il y a d’admirable chez Mann c’est l’économie de scènes qu’il utilise a l’introduction de ces thématiques, une présentant Ben Youssouf et deux autres El Cid, ce qu’il est – le pur représentant d’un esprit chevaleresque dans toute sa noblesse – et ce qu’il est appelé a devenir – un espoir pour les peuples d’Espagne devant la barbarie d’un obscurantisme médiéval. Si la fonction christique du Cid évoqué par le billet du symbolisme du chemin de croix (littéralement) demeure présente, cette image n’est finalement destiné qu’a accentué la solitude d’un homme emporté par le souffle de l’histoire vers son destin, emprisonné dans son rôle de leader, au détriment de sa passion pour Chimène. Un destin qu’il porte comme le fardeau d’une croix percé de flèches, présage de son avenir et de sa fin.

Film mélancolique au romantisme flamboyant, Le Cid est l’œuvre d’un Anthony Mann au sommet de son art, de sa maitrise du cadre et d’une narration visuelle époustouflante, délivrant toute une série de tableaux d’une puissance évocatrice sans pareil, magnifiant un Charlton Heston suintant de noblesse, d’abnégation, de courage, une Sophia Loren sublime en Chimène torturée entre sa pulsion vengeresse et son amour constamment contrarié par les évènements. Mais au delà de l’antagonisme/attirance de Cid et Chimène, cœur même du récit, Le Cid est blindé de "seconds" rôles qui auraient chacun mérités un long métrage; les infants au relations conflictuelles et troubles, le roi maure Moutamin défiant la haine séculaire hérité de siècle de conflits (superbe Douglas Wilmer) ou le comte Ordonez, traitre puis allié du Cid par amour pour Chimène (superbe Ralf Vallone). Des personnages complexes typique du cinéma d’Anthony Mann, déchirés par de nombreux conflits intérieurs, au service d’un récit puissant porté par le lyrisme du score MONSTRUEUX de Miklos Rozna, illuminé par la photo de Milton Krasker dont la patine supra-classieuse enveloppe d’un écrin chatoyant de magnifiques décors. Une œuvre gigantesque qui culmine avec une scène finale grandiose, ou l’homme transcende sa propre mort, devient une idée et rejoint l’histoire, la légende. Bref ce film est une grosse merde, ne l’achetez pas et préférez lui 300 (un vrai flim de mecs qui en ont une vraie paire solidement riveté dans le calcif).

Les Lèvres Rouges

3 avril 2011

Daughters of darkness

de Harry Kümel. Belgique/1971.

Pas encore auteur de l’intriguant Malpertuis, adaptation intéressante mais bancale du chef d’œuvre de Jean Ray, Harry Kümel s’attaque en 1971 a une grande figure du fantastique; la comtesse sanglante Erzebeth Bathory. Remise au gout du jour l’année dernière par Julie Delpy dans son excellent La Comtesse, Erzebeth Bathory fut avant tout une aristocrate très influente qui défraya les chronique de la Hongrie du début du XVIII siècle pour des crimes atroces d’une amplitude rarement atteinte depuis, commis sur de nombreuses jeunes filles dans le but de préserver jeunesse et beauté (des crimes dont la réalité a été remise en cause par plusieurs thèses récentes faisant d’Erzebeth la victime d’un complot d’état). Devenue au fil du temps l’objet de contes populaires dont la légende fut agrémenté par le folklore tournant autour de ces effroyables exactions – les fameux bains de sang sont une pure invention de l’imaginaire collectif, la légende sanglante d’Erzebeth croisa logiquement l’imagination de nombreux artistes a travers le temps. Quoique très lointainement inspiré de la comtesse, de sa personnalité plus que de ces «actes», Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu intégra le premier le vampirisme dans le mythe Bathorien, un vampirisme aux consonances saphiques appuyés qui devait en faire la référence ultime du genre. Si la sexualité du vampire féminin n’est qu’effleurée dans le mystérieux Vampyr de Carl Dreyer ou timidement suggérée dans Daughter of Dracula, La comtesse Bathory et le personnage de Le Fanu devinrent dès la libéralisation des mœurs des 60′s, et jusqu’à aujourd’hui, le sujet de nombreuses œuvres qui allaient poser frontalement la nature sexué du vampirisme cinématographique. De Roger Vadim au films de la Hammer – dont le sympathique The Vampire Lovers de Roy Ward Baker et le médiocre Countess Dracula de Peter Sasdy, tout deux avec la pulpeuse Ingrit Pitt- en passant par un nombre conséquent de bandes d’exploitation 70′s jusqu’aux Prédateurs de Tony Scott, la comtesse sanglante fut la muse vénéneuse d’une immense partie de la filmographie vampirique féminine, très souvent d’inspiration saphique ou cultivant l’ambiguïté quand a la sexualité du vampire féminin.

Abandonnant complétement le décorum gothique habituel du genre, Les Lèvres Rouges prend pied dans l’univers contemporain d’un grand hôtel vide et nous conte l’histoire d’une lutte de pouvoir entre la comtesse Élisabeth Bathory et un homme, Stephan, pour la possession de sa jeune épouse, Valérie. Plus qu’un simple décor, ce palace situé a Ostende tiens la place d’un personnage a part entière, a l’instar de l’hôtel Overlook de Shining. Il ne semble être qu’une émanation de la comtesse Bathory, un espace a l’architecture suranné et écrasante, a l’image d’une lipstick lesbienne toute droit sortie d’une autre époque, tissant patiemment la toile ou viendra se perdre un couple, par avance déjà condamné par la nature destructrice de Stephan. Pourvu de fines pointes d’humour noir, Les Lèvres Rouges développe une atmosphère lancinante de sadisme et de dépravation au travers des portraits de la comtesse, une succube magnifiquement campé par Delphine Seyrig, et du mari, attiré par la mort et la torture. C’est dans ce parfum délétère de corruption et de sensualité trouble que Valérie sera emportée, une innocente coincée entre une harpie et un sadique dont le destin basculera en faveur d’un final très ironique. Ce qui fait la spécificité des Lèvres Rouges en comparaison des films de vampires qui lui sont antérieurs, c’est la méthode dont va se servir la comtesse pour faire basculer Valérie de son coté. Point d’arrivé nocturne en robe de nuit évanescente sous un clair de lune irréel, mais une intrusion dans l’unité du couple et son noyautage par la mise en lumière de la perversion de Stephan,  au cours d’une soirée ou Bathory utilisera son pouvoir de séduction dans le but de  mettre en évidence la facette sombre de la personnalité du jeune homme devant une Valérie consternée, de sa lâcheté et de sa lubricité grâce a l’assistance de Ilona, la troublante servante d’Élisabeth, qui paiera chèrement les manipulations de sa maitresse. Plus enclin a utiliser le charme manipulateur de ces créatures de la nuit que leurs pouvoirs surnaturels supposés, qui semblent d’ailleurs inexistants, le film de Kümel se situe plus du coté du thriller psychologique et sexuel que du film de vampire classique et dénote une volonté d’émancipation des codes usuels du genre et d’enracinement du réel dans le fantastique. De ce point de vue Les Lèvres Rouges se place davantage dans la ligné de Rosemary’s Baby ou Martin de G. Romero que d’un Cauchemar de Dracula.

La force de Kümel et Pierre Drouot est d’avoir créer un climat fantastique, proche du surréalisme et du cinéma érotique, dans un décorum réaliste grâce a l’apport de personnages étranges (la "mère" de Stephan, le groom ou le flic) ou d’incongruité visuelles (Bathory occupant son ennuie en faisant du tricot, le baiser vampirique donné a Valérie entre autres), forgeant le socle d’un espace fait d’étrangetés, de bizarrerie pérennisant l’idée de l’intrusion discrète du fantastique dans le réel, tendant a l’élaboration d’une atmosphère d’onirisme sensuelle et inquiétante. Un intrusion rendu crédible par l’abandon des codes parmi les plus too much du genre – pas de dentitions proéminentes, de morsures sanguinolentes, de crucifix, de transformations animales, de cercueils ou de collier d’ail – sans toutefois se séparer de certains de ces stéréotypes; la lumière du jour, le miroir et l’eau vive. Si la réal y est excellente, il convient de signaler que Les Lèvres Rouges cultive une parenté certaine avec quelques unes des œuvres a venir parmi les plus marquantes de la décennie; la première scène, par les choix chromatiques de sa photographie, semble issue d’Inferno, le montage des morts de Ilona et de Stephan ressemble étrangement a ceux des meurtres des Frissons de l’Angoisse du même Argento ou la scène situé a Bruges entretient une filiation clair avec le Ne vous retourner pas de Nicolas Roeg. De là a dire que Les Lèvres Rouges fut un pont entre tradition et modernité il y a un pas que je serais tenté de franchir, mais ce qui une certitude c’est qu’il est extrêmement dommageable que le film de Kümel ne bénéficie pas aujourd’hui de la même aura que ces successeurs.

Si Kümel, inspiré par les peintres de l’école surréaliste belge et les cadrages de Resnais sur L’année dernière a Marienbad, soutenue par d’excellents dialogues, une bonne distribution et un score soulignant parfaitement la singularité de son œuvre, exploite avec habilité les décors a sa disposition pour créer un climat poétique servant élégamment une histoire de vampires moderne, sa plus grande qualité fut sans doute de magnifier la comtesse Bathory a chacune de ces apparitions. Pour l’anecdote Delphine Seyrig refusa dans un premier temps le rôle, avant d’être convaincu par Alain Resnais, son mari a l’époque, de l’accepter. Bien lui en pris car Seyrig compose par son jeu délicat et sophistiqué un personnage fascinant d’une grande complexité, la luminosité de l’actrice contrastant merveilleusement bien avec la noirceur de son rôle. Portrait d’une femme a la fois dominatrice, cruelle et tendre, Seyrig passe par une extraordinaire palette d’émotions pour construire une comtesse en quête d’un amour total, absolu, carnivore. Hommage a Marlène Dietrich, son jeu suave (quelle voix !!!) et sa gestuel gracieuse, associés a une garde robe désuète mais classieuse, construisent une « méchante » d’exception, diaphane, hors du temps et subtilement vénéneuse. En fait ce que propose Les Lèvres Rouges, en même temps qu’un authentique film de vampire, c’est le superbe portrait d’une hédoniste, libérée du joug des préceptes moraux d’une société patriarcale dont les représentants sont ici assez pathétiques, une femme fatale dans l’expression la plus ultime qui soit. Troublante de fragilité, d’une envoutante et monstrueuse sensualité, Delphine Seyrig compose ici une figure obsédante, marquante et inoubliable du fantastique.

Le Hell Trailer (qui spoile un max et qui fait passer DoD pour l’exploit’ qu’il n’est pas, vous êtes prévenu)

">http://www.youtube.com/watch?v=sFRuSbykaV0]

Deauville Asia 2011

27 mars 2011

Hors donc cette année, point de pistes enneigés, d’attentes interminables pour un film que l’on est même pas sûr de voir, de chalet brico-lego, de temps de chiotte, de sélection de merde, d’organisation en rodage perpétuel et tout un tas d’autres trucs qui font le charme douteux du "festival" de Gerardmer.  Pour changer un peu d’air et d’altitude, nous sommes allés faire un tour au festival asiatique de Deauville, qui s’est tenu du 9 au 13 Mars.

Heureusement, le film d’ouverture ne donnât pas cette année le ton du festival, donc vous ne m’en voudrez pas si je ne m’y attarde pas trop. La Ballade de l’impossible de Tran Anh Hung fut une punition de près de 2h15, racontant les tergiversations amoureuses d’un jeune homme partagé par son attirance entre deux jeunes femmes, l’une complètement cinglé et l’autre normalement possessive. Mis à part une facture visuelle parfois très réussi, qui aide beaucoup a en supporter le visionnage, La Ballade de l’impossible fut et reste un mystère quand aux intentions de son auteur, hormis celle de brasser du vent et d’étirer le vide de substance de son récit plus que de raison afin de tester la résistance de son publique. A réserver aux plus exigeants d’entre vous (les aérophiles donc).

On enchaine avec deux des films de la rétro Hong Sangsoo; la Femme est l’avenir de l’homme et HAHAHA. Bâti sur le socle de thèmes communs (les relations conflictuelles hommes/femmes, le portrait assez peu flatteur qui est fait de la gente masculine), les deux œuvres sont des tranches de vies aigres-douces construites comme autant de tableaux mettant leurs protagonistes dans l’engrenage de situations quotidiennes. Pas vraiment friand de ce type d’œuvres, ma foi très auteurisantes, je ne pourrais néanmoins que les conseiller au amateurs. La narration y est fluide, la tonalité générale tend a une certaines légèreté, le propos est convenu mais on n’est jamais en face d’œuvres lourdingues martelant ad nauseam que "la vie c’est pô beau" (spéciale quacdédi aux très nombreux boulets de notre belle contrée officiant dans le même registre). Rien de fondamentalement essentiel mais assez sympa et rarement chiant malgré le manque flagrant d’explosions, de samouraïs extra-terrestres ou de monstre atomiques.

En vue de préparer la projection de J’ai rencontré le Diable, l’organisation eu la judicieuse idée de programmer une rétro naturellement consacrée a son réalisateur, Kim Jeewoon. C’était donc avec un certain plaisir que l’on a eu l’occasion de mater sur grand écran ces deux premières œuvres, A Quiet Family et The Foul King. Bien qu’handicapés par un manque certain de rythme, corollaire obligatoire de presque toute première œuvre qui se respecte, les deux films se présentent comme des comédies noires a l’humour féroce, mettant en avant  des freaks fuyant, chacun a leurs manières, le tourbillon de banalité de l’existence. Une famille, sous l’impulsion de son chef, se retire dans un trou pour y mener l’activité d’hôtelier et devra faire face a une vague de cadavre (A Quiet Family) ou un employé de bureau embrasse la carrière de catcheur afin d’échapper a la médiocrité de son quotidien (The Foul King). Souvent drôles, ces deux films a très petit budget ont en commun une peinture amusé et tendre de leurs protagonistes tout en faisant preuve d’une foncière méchanceté a leurs égards (en gros ils s’en prennent vraiment plein la gueule). Vu la qualité de ces modestes œuvres, on est en droit de regretter  qu’entre temps Kim Jeewoon est changé son fusil d’épaule. Car mis à part l’excellent A Bittersweet Life, sa reconversion dans la grosse prod ne s’est largement pas transformé en réussite artistique, J’ai rencontré le Diable vient confirmer la déception envers un réalisateur trop vite élevé en indispensable  de la cinématographie sud coréenne. Si le premier meurtre réussit a installer une ambiance poisseuse et oppressante, le reste n’est qu’une grosse baudruche médiocre et pathétique qui tente de nous faire passer ce qui n’est rien d’autre qu’un torture porn pour une œuvre dure et sérieuse sur la contamination d’un homme par la violence. C’est d’abord amusant, puis ridicule pour devenir authentiquement consternant vers la fin. Les influences italiennes apparemment revendiqués par Jeewon se résument au pire de la carrière d’Argento; le scénario est ubuesque (attendez de voir le pote cannibale du tueur) mais ce qui fait vraiment pitié, c’est Choi Minsik. Bouffi, jouant comme un pied et mûr pour un remake d’Ebola Syndrome (sérieux a la fin la ressemblance avec Anthony Wong est carrément frappante), ça fait tout de même mal de voir un aussi grand acteur se vautrer a ce point dans ce qui n’est rien d’autre qu’un gros Bis se la racontant du haut de ces prétentions de petit péteux et de son esthétisme classieuse.

Dans un registre plus sérieux Birth Right et Cold Fish se sont montrés plus convaincants. Premier film de Naoki Hashimoto, Birth Right raconte l’enlèvement puis la séquestration d’une jeune fille par une autre, dans un lieu indéfini. La kidnappeuse dévoilant in fine le motif de ce qui se révèle être une vengeance a l’encontre de la mère de sa victime. Sur un ton qui n’est pas sans rappeler les premières œuvres de Kyoshi Kurosawa, Birth Right est un film a huit clos a l’ambiance étouffante jouant sur l’immobilité de sa caméra et de sa bad girl, prostrée, dans l’attente de la réalisation de sa vengeance, dont les motifs nous serons révélés dans un flashback a la sémantique dévastatrice.Vraiment dommage que la première moitié du métrage, difficilement supportable, ne se résume qu’a quelques plans fixes dont la durée a été rallongé plus que de mesure et que le propos, qui aurait dû être celui d’un moyen métrage, se retrouve diluée sur plus d’1h40. D’autant plus dommage que la deuxième partie, situé après le flashback, est vraiment intéressante tant elle se révèle cruelle, amère et pathétique. N’empêche que Birth Right est un film de vengeance intriguant malgré, ou a cause, de son rythme languissant et que Naoki Hashimoto se révèle être un réalisateur a suivre. Adaptation d’un fait divers extrêmement sordide, quasiment tabou au Japon et nouveau film de Sion Sono (Suicide Club, Love Exposure, Hair Extention), Cold Fish commence comme une petite comédie de mœurs pour finir dans l’horreur la plus absolue. Parcourt d’un homme effacé, marié a une femme qui n’a qu’indifférence a son égare et père d’une fille qui le déteste, Shamoto, tenancier d’une boutique de poisson tropicaux, voit sa vie basculer par l’apparition de Murata, lui même patron d’un magasin similaire, qui va se révéler être un monstrueux tueur en série, arnaquant ces victimes avant de les tuer et, avec l’aide de sa troublante compagne, de les découper en morceaux. Shamoto, totalement sous l’emprise de Murata, qui le prend comme "assistant", va peu a peu sombrer, victime de sa couardise et contaminé par la folie de Murata. Authentique Néo Noir dans bien des stéréotypes qu’il emploie, Cold Fish se distingue par une narration exemplaire et sobre, amenant graduellement les éléments narratifs qui vont entrainer Shamoto dans un processus de déshumanisation. La grande force de film de Sono est d’avoir cloisonné son récit à la seule personne de son anti-héros, excluant d’emblée presque toute présence policière, ou plus généralement extérieur, tout en diversifiant les différents points de vue interne au monde corrompu de Murata, mettant a jour ces complicités et le fonctionnement de sa "prospère activité", une révélation qui va gangréner l’esprit fragile de Shamoto jusqu’à le faire basculer dans un état proche de la folie. Le résultat, glaçant, passionne autant qu’il effraie et envoie en orbite le dernier Kim Jeewon qui, sur une thématique voisine (la contamination de l’âme par la violence et la corruption), n’arrive pas a la hauteur d’un bout d’ongle de Cold Fish. Pour les nombreux érotomanes qui liraient ces lignes, il est a noter que le casting féminin ne fait pas semblant de pigeonner puisque l’on y trouve la très hautement bandulatoire Megumi Kagurazaka (l’épouse esseulé pas insensible a la brutalité de Murata) et la très troublante Asuka Kurosawa (l’épouse nymphomane et totalement cinglée de Murata). Et pour une fois, la critique ne s’y est pas trompé en lui accordant son prix. Un des meilleurs films du festival !

Au niveau de la sélection action le bilan fut assez mitigé, le meilleur y côtoyant le pire. Au sujet du pire, Ong Bak 3 fut un vrai supplice. Au lieu de combler les attentes d’un publique venu simplement chercher de bonnes grosses scènes de tape bien violentes, le nouveau film de Tony Jaa se révéla être un gros pensum d’une affligeante niaiserie (c’est a dire même pas drôle) nous contant avec moult détails le parcourt initiatique et spirituel de Tony Jaa (ou de son personnage on ne sait plus) se résumant souvent à de mauvais numéros de danses traditionnelles ou de plans fixes de Jaa en train de communier avec la nature… Et ça dure des plombes ! C’est mal foutu, le casting est globalement a chier et même les quelques scènes de stomb présentes ici ou là font un peu pitié. Je n’ai pas vu le 2, mais par comparaison le 3 fait passer Ong Bak premier du nom pour un pur chef d’œuvre du film martial. A éviter !!! Encore plus véreux fût Mr & Ms Incredible qui, malgré un pitch prometteur, se révéla être un film de "super héros" d’un ennui mortel, doublé d’une comédie insipide ou pas même un instant votre humble serviteur esquissa l’ombre d’un sourire. Tout aussi oubliable Wind Blast, malgré une bonne facture technique, s’est révélé soporifique par le trop plein de personnages, le brassage mal digéré de genres – on passe du western au film d’action en passant par le film d’aventure – et une narration ultra bordélique qui n’arrive jamais a raconter quoi que ce soit, ni a justifier aucun de ces choix narratifs… Et ça dure 2 putain de bites a culs d’heures !!!

Assez attendu (surtout par moi) True Legend annonçait le grand retour de Yuen Woo Ping dans dans le giron du film martial, après près de 13 ans d’absence, dans une superproduction pété de tunes, en 3D, blindé niveau casting puisqu’en plus de compter Michelle Yeoh, Jay Chou, la toute mignonette Zhou Xun, Gordon Liu et, euh, David Carradine, True Legend voit un autre grand retour, celui de Chui Man Chuk, soit l’acteur du mythique The Blade de Tsui Hark ! Et tout ce beau monde de se réunir avec l’ambition de nous raconter la vie et l’œuvre de Su Can; créateur de la fameuse boxe de l’homme ivre ! Dit comme ça, le projet faisait furieusement envie et l’on avait tout de suite le réflexe de se remémorer avec quel succès Ronny Yu avait réussi Fearless, aux ambitions similaires. Et bien sans être une grosse lose, True Legend n’en demeure pas moins une authentique déception. N’en attendez surtout pas une bio (même romancé) car Yuen Woo Ping navigue constamment entre le Bis friqué – le bad guy a une armure en Or noir greffé dans la chair et les catcheurs ricains simiesque de fin valent leurs pesant de cacahouètes – et le grand mélo historique persistant a raconter la grande histoire a laquelle on ne croit jamais. Mis a part les défauts récurrents de nombres de productions actuelles (trop long, CGI de mauvaises qualités) Yuen déçoit véritablement dans nombres de combats filmés suivant les canons actuels, en plans serrés, empêchant aux chorégraphies élaborées par le clan Woo Ping de réellement décoller. Seul le duel dans le puits et ceux situés vers la fin, ou Chui Man Chuk devra affronter des catcheurs occidentaux, relève l’intérêt d’une œuvre narrativement mal agencé, bordélique, ou l’on oublie souvent les enjeux et qui peine a créer une  empathie envers ces personnages, en général sacrifiés – hélas pour le bad guy ultra charismatique – quand il ne sont pas alourdis par la médiocrité de l’interprétation (Chui Man Chuk y est exécrable) . Cela permettra de relativiser le talent de Yuen Woo Ping qui, avant toute chose, est un grand chorégraphe et un réalisateur somme toute modeste, sans vision artistiquement assez forte pour porter un tel projet a bout de bras et lui donner la cohérence et la fluidité qui lui font défaut. Plus modeste mais nettement plus réussit, Blades of Blood est un wu xia pian coréen retraçant le parcours vengeur d’un jeune homme, en quête du meurtrier de son père qui est a la tête d’un complot contre le pouvoir, au moment ou les japonnais décide d’envahir le pays. Situé dans ce contexte historique chaotique, Blades of Blood se pose comme une œuvre sympathique qui doit sa réussite a l’excellente caractérisation de ces protagonistes (dont un hommage non déguisé a Zatoïchi), son refus du manichéisme, une facture très correct laissant aux combats (pas si présents que ça) tout l’espace pour pleinement épanouir leurs sobres chorégraphie.  Très bon sur toute sa duré, Blades of Blood se vautre dans sa scène final, trop longue des quelques minutes, aboutissant a un étrange happy end plutôt mal venu. Dommage mais pas assez pour altérer le vrai plaisir de visionner ce qui reste un très bon film d’époque.

Mais LE gros morceau de cette édition fût évidement la projection du nouveau Tsui Hark, Détective Dee: Le mystère de la flamme fantôme. Ce n’est pas une veine expression de dire que le nouveau Tsui Hark était attendu au tournant, surtout depuis le décevant Seven Swords et un passage a vide artistique qui aura laissé ces plus grands fans sur le carreau. Sans pouvoir être classé aux cotés de ces plus grandes réussites, Détective Dee rassure quand a la santé de Tsui et laisse admiratif sur sa capacité a rebondir sur ces propres échecs. Revenant dans le giron du wu xia pian avec un succès largement supérieur a Seven Swords, Détective Dee se présente comme un mélange de genres ou se croise duels au sabres et thriller médiéval aux consonances fantastiques appuyés. Ce qui surprend de prime abord c’est la relative sagesse de la réalisation, là ou Tsui Hark nous avez par le passé habitués à de foudroyantes fulgurances visuelles. Clairement Détective Dee est un film a la réalisation plus modéré, délesté des digressions visuelles qui donnaient a certaines œuvres de Tsui Hark (les pires comme les meilleurs) cette forme virtuose génialement chaotique. Plus proche de The Lovers ou Shanghai Blues que de The Blade ou Time & Tide, Détective Dee est son œuvre la plus équilibré, sereine et surtout sa plus accessible au grand publique depuis The Lovers. Adapté des écrits de Robert Van Gulik – lui même inspiré par le Juge Ti (630 a 700 de notre ère), un personnage ayant réellement existé pendant la période T’ang particulièrement réputé pour sa capacité a délier les enquêtes les plus complexes – Détective Dee sonne pour Tsui Hark comme un retour vers ces premières amours, plus précisément vers sa première œuvre, Butterfly Murders, pour son inclinaison pour les intrigues a tiroir et une atmosphère qui navigue sans cesse entre fantastique, cruauté et mystère. Mais là ou Butterfly Murders était une œuvre de jeunesse passionnante mais chaotique, Détective Dee est l’écho d’un réalisateur ayant depuis longtemps passé le cap de sa maturité, lui permettant non seulement de rendre un hommage appuyé au cinéma de Chu Yuan, auquel Dee m’a constamment fait penser, mais également de revenir sur des figures piochées dans sa filmographie.

Comment ne pas penser à la très hiératique Lin Ching Hsia devant les personnages campées par la toute belle Li Bing Bing et la très charismatique Carina Lau, à la scène de combat situé dans la cité souterraine, équivalent lacustre à la scène des échelles de Il était une fois en Chine ou de celle du duel sous la pluie du même film, a Zu premier du nom dans l’apparition écarlate du moine mystérieux qui tend un piège a Dee, toujours dans la cité souterraine, ou la relation ambiguë qu’entretiennent Dee et Jing’er qui n’est pas sans rappeler le couple formé par Leslie Cheung et Joey Wong d’Histoires de fantômes chinois, lui même visuellement cité. Mais contrairement a d’autres réalisateurs (Carpenter et son Ghost of Mars pour ne pas le citer) l’accumulation d’auto-citation ne cannibalise jamais le métrage. Diluées dans la narration ces citations, quelles soient thématiques ou visuelles, lui offrent un cachet indéniablement rétro-HK 80/90′s malgré une facture on ne peut plus moderne. L’apparente sagesse de Détective Dee n’arrive pas a masquer la griffe de son maitre d’œuvre, que ce soit par ces cadrages sublimes, la fluidité de ces nombreux combats – chorégraphiés par Sammo Hung – ou même dans ces quelques «égarements», la scène de l’attaque des cerfs rendu boiteuse par la faute de CGI trop pauvres, un défaut chez d’autres mais depuis Green Snake ou Legend of Zu on sait que chez Tsui l’idée compte souvent plus que les moyens. Film de sabres soutenu par un scénario béton, Détective Dee est en outre un très bon film a suspense, l’intrigue n’y est jamais sacrifié au profits de ces excellentes scènes d’actions et reste passionnante tout du long grâce a l’habilité de Tsui Hark a créer une ambiance prenante de mystère basé sur l’ambiguïté des motivations des différents personnages et l’atmosphère fantastique du décorum. En bref Détective Dee c’est du lourd, a mater d’urgence (une suite, VITE) et un retour en force de Tsui Hark qui rend d’autant plus impatient que son prochain film signera ces retrouvailles avec Jet Lee !

J’en profite pour faire une bise (et pas sur le cul) a Adinaieros et Fabulous Fab avec j’ai passé un super festival, doublé par le désormais incontournable Off qui avait comme sélection cette année Semi-Pro, Réanimator, Orange County, Muertos de Risa, Tokyo Godfather, l’Éclair Noir et Délire Express. See you next time les gros !!!

les Hell trailers of course !!!

">http://www.youtube.com/watch?v=qxuc7xJAHrQ]

">http://www.youtube.com/watch?v=gGRF9s0Trd8]

">http://www.youtube.com/watch?v=8rREc1qH5k8]

">http://www.youtube.com/watch?v=vvGA-S6ANKg]

">http://www.youtube.com/watch?v=ao7bA1xn2zc]

">http://www.youtube.com/watch?v=JljVW-R6xpE]

NIFFF 2010

23 juillet 2010

Comme chaque année la petite ville de Neuchâtel ouvrait ces portes aux cinéphiles curieux et quelques peu déviants grâce au Neuchâtel International Fantastic Film Festival, autrement appelé NIFFF par les feignasses, qui fêtait ici sa dixième éditions.  Pour des raisons qui vont sembler évidentes au fil de cet article, le classement se fera par catégorie a l’exception des films asiatiques qui se sont largement démarqués – a quelques exceptions près – du lot et qui seront tous regroupés dans le même chapitre.

Compétition International (autrement appelée section Canada Dry):

Présenté hors compétition Ondine eu l’insigne honneur d’ouvrir les festivités et on ne peut pas dire que le dernier Neil Jordan se soit montré a la hauteur des attentes qu’auraient pu susciter une nouvelle œuvre du réalisateur des excellents La Compagnie des Loups et Entretien avec un Vampire. D’un parce qu’Ondine n’est absolument pas le film fantastique que Jordan essaie, assez frauduleusement d’ailleurs, de nous vendre pendant toute une première moitié de métrage, située au croisement des univers de Ken Loach et Hayao Myazaki, deux parce qu’il s’embourbe dans une fable sociale qui sans doute aurait put être intéressante si  Jordan n’avait pas démonté un argument fantastique totalement inutile au profit d’un retournement de deuxième partie franchement risible – la résolution de l’argument fantastique est ubuesque – et a la morale aussi opportune qu’un slogan pour le crédit agricole. Comme l’a dit fort a propos mon ami Adi (notez la pertinence de cette rime) le film d’ouverture donne généralement le ton du festival, une maxime pleine de vérité et largement prophétique quand au contenu et à la qualité des œuvres suivantes. Strigoï a pour lui dix première minutes pétillantes, drôles et bourrés de personnages truculents… et c’est tout ! Privé d’un scénario digne de ce nom le reste n’est qu’une suite de scénettes sans intérêts ou le fantastique n’est encore une fois qu’une pièce rapportée servant une métaphore lourdingue "relevée" par une bonne grosse rasade d’un humour a peu près aussi rafraichissant qu’une soirée chez les Woerth (les vampires ne sucent plus, triste époque, mais vident le frigos du petit peuple, génial). On passe rapidement sur The Reeds qui par la grâce a son avalanche de clichés, sa laideur, ces personnages inexistants, ces retournements prévisibles et son absence de rythme s’est révélé être la purge du festival pour rapidement passer (la aussi) sur The Eclipse, autre daube moisave aussi consistante qu’un bol de gelée anglaise, suivant les pérégrinations amoureuses d’un écrivain en devenir, hanté par la mort de sa femme et rongé par la culpabilité. Quelques part, au delà de l’incommensurable ennuie qu’il provoque, on est en droit de se demander le pourquoi du choix de faire de The Eclipse un film fantastique tellement il semble évident que les quelques scènes de terreurs qui le parsème semblent avoir étés conçues pour réveiller le spectateur et que le sous texte fantastique  parasite le récit d’une trame qui n’aurait du servir qu’a un simple drame psychologique, ou éventuellement peut on oser le pourquoi du choix d’un score situé au confins des influences croisées de Richard Clayderman et du générique de Mr Bean. Bref The Eclipse se pose comme un film mystérieux sur les intentions de ces auteurs et pourrait se résumer a une seule et unique interrogation: MAIS POURQUOI THE ECLIPSE !!!

Lecteur, saura tu trouver l'antinomie présente sur cette photo ?

Mais le cauchemar ne devait pas s’arrêter en si bon chemin et le pire restait encore a venir. Mis a part The Reeds, tout ces films se distinguaient par le dédain manifeste d’un fantastique mis au service de récit sociaux inconsistants et de la prétention de leurs auteurs respectifs, toisant la puissance évocatrice de l’imaginaire du haut de leurs prétentions auteurisantes. Et dans le style boursouflure égocentrique, Gaspar Noé et son Enter The Void se pose comme le blockbuster et la référence absolue du genre. Parti d’un postulat simple, le prophète de la provoque branchouille s’embarque dans un interminable maelström de scènes "chocs" et d’idées de mise en scène pompées chez d’autres (en vrac Fincher ou De Palma) pour les répéter ad nauseam sur une durée de plus de 2h30, avec comme conclusion édifiante que le bonheur vrai, pour les pauvres merdes que nous tous, est de se retrouver amoureusement coincé entre les nichons de sa frangine. Noé a largement démontré par le passé sa capacité a noyer ces fantasmes sordides – généralement liés a l’inceste – derrière un discours misanthropique en papier cul livré en bonus dans un baril de lessive,  trouvant grâce auprès d’un publique hype avide de sensations fortes pour qui sa provoque gratos passe pour un discourt social d’une profondeur abyssal et qu’il est si délicieusement excentrique, et cinéphile, de soutenir. Car de gratuité il n’est question que de ça dans cette odyssée kitchos dans lequel Noé ne se refuse aucune idées visuels, surtout les plus péraves. Pseudo trip expérimental au didactisme frauduleux et entièrement tourné selon le principe de la vision subjective du référant/déchet servant de guide au spectateur dans les méandres de la pensée Noésque, Enter The Void enquille les travellings improbables dans tout et n’importe quoi (pourvu que ça choque hi hi hi) sans qu’a un moment on puisse déceler un quelconque discourt ou propos dépassant le simple stade de l’auto proclamation de la géniale clairvoyance de son auteur sur la si triste condition humaine. Racoleur jusqu’à l’ennuie, le sexe est ici aussi bandant que chez Breillat, et se complaisant dans le glauque emperlousé d’un esthétisme criard, Noé se noie dans le vide sidéral de son cinéma. Reykjavik Whale Watching Massacre est quand a lui un petit slasher islandais correctement emballé, plutôt sympa dans sa volonté de montrer une galerie de personnages plus cons et odieux les uns que les autres (le français est un régal) mais souvent trop hésitant dans son pastiche parodique du genre, pas mal mais vite oubliable.

Le triste constat de cette sélection se doit d’être relativisé par deux films qui ont pour eux le mérite de s’éloigner de la vacuité des films précédemment cités. Relevant le niveau particulièrement bas d’un ciné fantastique ou d’horreur français dévasté par le nombre déjà très conséquent des merdes qui ont pullulées des dernières années, Djinns s’impose comme une très modeste réussite. Se posant comme une relecture frenchy de La Forteresse Noire de Michael Mann, Djinns décrit le parcourt d’une unité de para investissant un antique village fortifié et perdu en plein désert pendant le conflit algérien, un commando bientôt en proie aux attaques des puissances occultes hantant la solitude de dunes immémoriales et silencieuses. On pourra regretter des dialogues souvent faibles, une caractérisation parfois outrancières, un propos assez brumeux et une imagerie fantastique a peine esquissée, n’empêche que la réalisation de Hugues et Sandra Martin se montre souvent joliment efficace – les scènes de nuits dans le désert ou la citée en plus d’être belles réussissent a rendre concrète la maléfique présence des djinns – et même intelligente dans le sens ou elle évite toujours le piège du gore trashouille-revendicatif et gratos si tristement coutumier de nos productions. On pourra également saluer un casting très solide et la réussite que constitue le design et la réalisation sonore et visuel des djinns qui s’imposent large comme ce qu’une production moderne française a sortie de mieux jusqu’ici. Des démons fidèles a certaines légendes les décrivant invisibles et s’attaquant a l’esprit d’hommes entachés par le vice et le mal. Nouveau film de Nicolas Winding Refn après son très contreversé Bronson, Valhalla Rising se porte lui a un tout autre niveau. Parcourt d’un combattant borgne et muet en quête de la terre sainte  mais se retrouvant dans le nouveau monde,  Valhalla Rising se transforme rapidement en quête initiatique et expectative d’un homme férocement individualiste découvrant l’importance du choix de chacun a assumer son destin et de rejeter le formatage culturel dont il est issue. Film fascinant que les choix  visuels radicaux, la violence rugueuse de ces rares scènes de combats et le rythme a l’obsédante langueur rapproche de l’œuvre de Werner Herzog (on pense parfois a Aguirre, la colère de Dieu), Valhalla Rising est sans doute une des plus troublantes pellicule sorties ces dernières années. L’ahurissante beauté formelle dont elle fait preuve grave violemment les rétines d’images puissamment évocatrices qui mettent en avant le charisme magnétique d’un Mads Mikkelsen donnant toute l’intensité requise a One Eye, un personnage toute en intériorité – inspiré dixit Winding Refn de Snake Plissken – imprimant de sa présence une œuvre envoutante ayant le bon gout de ne jamais tomber dans le symbolisme de bas étage généralement de mise dans d’autres films dit "d’auteur" , ce que Valhalla Rising est assurément. Très Largement LE film occidental de cette sélection !

La sélection New Cinema from Asia (autrement appelée les Niaks ont la Niak):


Mutant Girls Squad, cadavre exquis réalisé par Yoshihiro Nishimura, Tak Sakaguchi et Noboru Iguchi, fut la première bonne surprise du festival. Dans la lignée de The Machine Girl ou Vampire Girl vs Frankenstein Girl et sur un scénario tenant sur un ticket de métro, MGS est une petite bande sans prétention et passablement fauchée dont le seul but est d’enquiller les idées les plus branques dans une bonne humeur communicative, et surtout dans un véritable bain de sang. Une jeune fille se découvre des pouvoirs et rejoint un groupe de girls mutantes douées de pouvoirs tous plus improbable les uns que les autres – dont une possédant le don de faire sortir de son cul une tronçonneuse – commandé par un pseudo samouraï voulant conquérir le monde en but a une unité d’élite fasciste – muni de flingues sur le nez – voulant leurs destruction. Très inégal en rythme mais jamais véritablement chiant MGS est un petit délice de gourmet, souvent drôle dans sa volonté de toujours franchir les limites du raisonnable – le super guerrier programmé pour anéantir les mutants, le fantôme/gâteaux – et jubilatoire dans son enchainement de scènes gores inventives et très généreuses en hémoglobine. Autre film de femmes mais nettement moins gaudriolesque, Bedevilled est un constat terrifiant du rôle de la femme écrasée par le joug de traditions séculaire dans une société coréenne passéiste. le film de Jong Cheol-soo raconte l’histoire d’un citadine retournant sur une île, peuplée de paysans sous évolués, pour rendre visite a une amie d’enfance. Elle se rends rapidement compte que son amie est devenue l’esclave sexuelle des rares hommes de l’île et l’objet des persécutions des vieillardes qui l’exploite sans vergogne dans de difficiles travaux de champs.  Excellemment joué et munit d’un scénario béton, Bedevilled n’épargne aucune humiliations et sévisses a la pauvre femme qui devra supporter jusqu’à la mort de son enfant avant de claquer un boulon. S’il évoque parfois L’île Nu de Kaneto Shindo, dont Bedevilled constituerait une version hargneuse, on pense surtout aux Chiens de Paille de Sam Peckimpah pour la peinture d’un microcosme rural sordide, sa gestion ultra nerveuse de la tension dramatique et sa dernières demi heure catharsique, ou la paysanne règlera violemment ces comptes avec les habitants de l’île. Film dur et très émouvant Bedevilled est, en plus d’une œuvre d’une maitrise filmique redoutable, un uppercut en pleine gueule et un des meilleurs films du festival.

Steven Yen au meilleur de sa forme !

14 Blades une la nouvelle prod élevée a la gloire de Donnie Yen, immense artiste martial mais acteur médiocre handicapé par le charisme d’un brocoli. Wu Xia Pian besogneux s’étirant sur deux heures, 14 Blades n’enthousiasme clairement pas pour la fulgurance de ces combats, complétement illisibles quand ils ne sont pas truffés de CGI moisis et/ou d’effets pompeux, ou par son histoire dont les enjeux sont pour le moins vaporeux. Dénué du moindre suspense – Donnie Yen est invincible – 14 Blades reste regardable, voir même assez marrant pour le non-jeu de son acteur principal qui affiche un sérieux de tout les instants – même pendant la scène ou il se débarrasse de quelques malfaisants en leurs balançant des os de poulets en pleine face – le faisant se rapprocher d’un Steven Seagal au pire (ou au meilleur c’est selon) de sa forme. Bien, en une seule scène de tape Gallants nous aura vengés des combats pourraves de 14 Blades et de ces deux interminables heures. Kung-fu comedy rythmé et vraiment drôle, Gallants retrouve la recette miracle des grands classique du genre sans jamais taper dans un passéisme révérencieux tout en étant l’authentique hommage d’une époque aujourd’hui révolue. Gallants suit le parcourt d’un très, très gros loser subissant la vie comme on prend un marteau en pleine gueule qui va s’incruster dans une vieille école de Kung-fu, reconvertie en restaurant, tenue par deux vieillards pas très frais a l’idée de la présence de cet encombrant personnage. La donne va changer avec le réveil de leurs maitre sortit d’un coma de trente ans et le défi lancé par une école moderne a l’ancienne garde. Développant les ressorts comique du postulat de départ avec intelligence, Gallants offre une cascade de gags hilarants et une galerie de personnages truculents interprétés par Chen Kuan Tai, une des stars mythique de la Shaw Brothers, par Leung Siu Lung, artiste martial moins connu revenu au cinéma grâce a Stephen Chow dans Kung-fu Hustle et surtout par Teddy Robin Kwan qui interprète Maitre Law, un sifu peu orthodoxe amateur de cigare surtout préoccupé a draguer des minettes et s’éclater en boite de nuit. Ce qui séduit dans Gallants, en dehors de la drôlerie des situations, c’est la dimension humaine poignante vers laquelle évolueront les personnages au fil des évènements, la sobriété de l’illustration de l’émotion qui en découlera et les scènes de combats – superbes chorégraphies old school mises en valeur par une réal impeccable – qui ne font pas semblant d’en mettre plein la tronche. Bref, je ne vais pas m’appesantir en superlatif, Gallants c’est un gros, une très gros baril de bonheur !!!

Autre comédie mais japonaise celle là, Wig prend le parti de nous raconter les tribulations d’un architecte obsédé par sa calvitie naissante et qui décide de se faire une perruque chez un étrange personnage, perruquier mais également vendeur de sushi (entre autre). Petite comédie surfant sur le sujet du culte de l’apparence et de l’aliénation qui en découle, Wig exploite les ressorts de son intrigue dans un mode burlesque typiquement nippon avec un certain talent. Très sympa mais manque juste le petit zeste de folie qui aurait put faire de Wig une grosse barre de rire. Tetsuo : The Bullet Man est quand a lui une énorme déception. Reprenant vaguement l’intrigue du 2, Tsukamoto se noie littéralement dans sa dernière œuvre dont le didactisme outrancier laisse songeur quand aux réels motivations de son auteur ($$$ ou caprice d’auteur ???). Abandonnant les thèmes qui faisait le socle des premiers épisode, Tetsuo 3 est un véritable gouffre qui ne raconte rien, le pire étant le travail sur l’image franchement ignoble. Il n’est plus question du devenir de l’homme dans la cité tentaculaire de Tokyo, symbole du modernisme sauvage et aliénant d’un Japon devenu un enfer de béton et de métal, du comment l’intrusion du métal et du milieu industriel dans la chair transforme l’homme en un être nouveau qui va lui même formater son environnement a sa nouvelle condition en provoquant l’apocalypse. Le salary man est victime des expériences de son père qui travaillait pour une firme d’armement américaine… Point. Le film se traine laborieusement sur 1h15 réussissant a devenir assommant par l’entassement de scènes risibles et inutiles principalement situées dans une maison et sa cave. Privé d’un quelconque propos, le spectateur devra subir l’accent nippon d’acteurs japonais s’exprimant en anglais (lolmdr) et de la shaky cam ici poussé a son paroxysme le plus ultime dès que Tetsuo se met en branle. Fini la réal expérimental, place a l’hystérie totale.  La dernière scène fini d’achever le souvenir d’un réal autrefois punk, dérangeant et génial pour laisser la place a celui d’un autre Tsukamoto, rangé, conforme et cachant sa normalité derrière l’esbroufe d’une mise en scène se parant du verni de l’expérimental, en fait atteinte du syndrome de la tourette. Un naufrage artistique hallucinant. Raging Phoenix est un action thaï bas du front qui s’étale lui aussi sur plus de heures (MAIS PUTAIN STOP MERDE !!!) sur un scénario prétexte a enchainer les scènes de tape, d’ailleurs pas super motivantes pour un poil. Ce qui rend le truc vaguement intéressant c’est la tournure que prennent les évènements dans les dernières quarante cinq minutes ou RP prend une orientation ouvertement Bis, assez proche du ciné d’exploit’ dégénéré philippin. Trop long, cultivant une nette parenté avec les prods made in Bulle Caisson et truffé de scènes de pathos dégoulinant, RP souffre du manque de rigueur typique des prods thaï qui, si elles bénéficient d’acteurs/actrices qui ne semble pas connaitre la simple notion de mortalité, continue de stagner dans une complète indigence visuel et scénaristique.

Summer Wars ne restera pas dans les mémoires. Lui aussi trop long et souffrant d’un nombre conséquents d’intrigues qui n’aboutissent qu’a alourdir le rythme et de toute une galerie de personnage a l’encombrante uniformité (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil) , SW est en outre assez gênant par la morale un rien réac qu’il distille mais reste regardable grâce a son impeccable facture et a quelques scènes de bastons plutôt sympa. Bof quoi ! Venu de Corée, Woochi doit sa réussite au mariage très réussi entre comédie, d’action et fantasy. Métrage ambitieux pourvu d’une très belle manufacture typique du cinéma coréen, situé sur deux époques (médiévale fantastique et moderne), Woochi suit les pérégrinations d’un apprentis magicien, Woochi donc, et de son serviteur homme/chien a la poursuite d’un flute magique que convoite un magicien surpuissant et sa meute de démon. le point fort du film de Choi Dong-hun c’est la caractérisation de personnages très attachant, a commencer par le duo formé par Woochi et son serviteur. Le premier est un gros farceur plein de malice, un rien arrogant, qui se découvrira une passion pour les tenues de scènes de Michael Jackson et mène en bateau le deuxième a qui il a promis une forme humaine définitive et qui passe son temps a se prendre des tartes, a son sauver son maitre et a être transformé en divers formes animales. Le duo est "soutenu" dans sa quête par trois dieux ayant pris formes humaines et dont les interventions, souvent catastrophiques, en font une bande de gros flandus  munit de deux mains gauche. Si la plupart des gags liés a la découverte du monde moderne par Woochi et son valet semble taper dans un registre dangereusement proche des Visiteurs,  Choi Dong-hun a le bon gout de s’éloigner de la  facilité beaufisante du chef d’œuvre de Poiré et emballe des scènes de comédie légères, enjoués et bon enfant souvent réussi. Pour une fois la durée (2h15) ne fut pas un problème, même si l’avalanche de scènes comiques ou d’actions pourront en saturer certains, Woochi est un excellent divertissement populaire dans le sens le plus noble du terme et un des rares films vraiment fun du festival.

Petit passage par la rétrospective Sogo Ishii dont je ne suis  a la base pas un grand fan (en gros Electric Dragon et Gojoe m’ont royalement gonflé). Je passe rapidement sur Dead End Run, film a sketchs globalement ennuyeux (1er pas mal, 2eme ignoble, 3eme pas mal mais chiant tout de même) centré autour du thème de la poursuite et sur les deux courts, Shuffle et The Master of Shiatsu - intéressant mais pas mécontent de quitter la salle – pour passer a Labyrinth of Dreams, très différent de l’hystérie des films précités. Travaillant en binôme avec un chauffeur de bus, une jeune femme se questionne sur la véracité des rumeurs faisant du jeune homme un tueur en série tandis qu’elle commence a éprouver des sentiments pour lui.  Film atmosphérique a l’ambiance mélancolique, LoD intrigue pour le récit intérieur de l’héroïne dont la fascination grandissante pour le jeune homme est rendu palpable via la splendeur des images – la maitrise des cadres, une  photo N&B somptueuse – et le rythme quasi hypnotique qu’Ishii impose a son métrage. Une excellente surprise !

On fini cette sélection asiatique avec l’autre uppercut du festival. Au delà des meurtres sadiques qu’il assène avec une grande brutalité et qui pourrait le rapprocher des tortures flick U.S. qu’il explose dans les grandes largeurs par sa violence sans concession, Dream Home est une satire corrosive sur la situation de l’immobilier HK  et l’obsession de la possession matérielle. Cheng est une jeune femme ayant cultivé avec le temps un attrait malsain concernant l’achat d’un appartement avec vu sur la baie de Hong Kong, beaucoup trop cher pour elle, qui est acheté par quelqu’un d’autre. Elle va commettre une série de meurtre en vu de le récupérer et profiter de la baisse de prix qui ne manquera pas de tomber après le carnage.  La grosse idée de Dream Home est d’avoir structuré les motifs de Cheng via toutes une série de flash-back , monté en parallèle des meurtres, décrivant le parcourt chaotique de la jeune femme dès son enfance dans une ville en constant changement. Des bouleversements immobiliers écrasant les modestes, dont la famille de Cheng éjectée par les triades, et façonnant dans l’inconscient de la jeune femme l’image idéal du bonheur prenant la forme d’un simple appartement, lieu de refuge et que l’on arrange selon sa personnalité, rendu quasiment inaccessible vu la différences entre les prix et le niveaux des salaires pratiqué a Hong Kong. Le propos de Pang Ho Cheung serait de dire que la corruption, les injustices sociales et le poids des responsabilités de la vie ont transformés Cheng en un monstre froid et calculateur n’éprouvant pas la moindre once de remord devant l’accomplissement des meurtres qu’elle va commettre, sur toute une série de personnes qui sont autant d’obstacles a la réalisation de son rêve. Josie Ho excelle dans la composition sobre et touchante d’une tueuse en série qui va aller loin, très loin dans la réalisation de ces sordides projets (ce n’est pas pour rien que DH a écopé de la fameuse classification Cat 3). Gardien d’immeuble étouffé par un rilsan et s’auto égorgeant en essayant de le couper, femme enceinte étouffée par le sac d’un aspirateur en fonction, victime éventrée et se trainant avec ces tripes sur le sol, planche enfoncé dans la bouche, etc… sont une partie des festivités d’une œuvre a l’humour noir féroce qui ne s’oublie jamais dans son propos social ou dans l’horreur des meurtres qui sont tout deux parfaitement dilué dans l’intrigue. La cerise sur le gâteau, c’est que Dream Home possède une facture béton difficilement prise en défaut et signe de la parfaite maitrise du sujet par Pang Ho Cheung, très éloigné des tournage a l’arrache des "classiques" du genre qui ont largement contribué  a établissement de la réputation des Cat 3.

je passe la thématique suisse (Die Ewige Maske ennuyeux au possible, me suis barré de Stephanie Geschenk et Black Out en coure de séance) et le focus sur le cinoche québécois (5150, rue des Ormes intéressant mais sabré par ces vingt dernières minutes complétement a l’ouest) pour finir sur The Killer Inside Me de Michael Winterbottom et The Inhabited Island de Fyodor Bondarchuk.  The Killer Inside Me est un récit néo noir, énoncé a la première personne, d’un enculé commettant une série de meurtres. Pas complétement inintéressant, le film de Winterbottom a pour lui un casting très solide et une reconstitution d’époque des U.S.A des 50′s convaincante malgré un budget que l’on devine restreint (mais ce n’est pas la seremi non plus hein). Mais au delà de ces quelques qualités, TKIM ne convainc pas vraiment. Le manque d’implication pour le personnage principal, dont les motivations réelles restent au final assez brumeuses, n’explique pas seulement la froideur du récit. On peut regretter que Winterbottom n’est pas plus développé les nombreux perso secondaires et d’une manière générale n’est pas élargi son récit de manière a rendre plus tangible la corruption qui règne dans la petite ville ou se déroule l’action, plutôt dommage quand on tape dans le registre du film noir dont c’est tout de même le sujet principal. Plus que le meurtre sauvage de Jessica Alba, c’est aussi la posture que prend Winterbottom dans le traitement de son film qui pose problème. Le réalisateur se prend les pieds dans ces velléités anti-hollywoodienne promptes a interpeller le cinéphile friant d’un cinéma sorti des conventions et semble cacher une attitude finalement manipulatrice – rétrospectivement le meurtre d’Alba semble moins un effet de choc qu’une manière de créer la polémique, et donc une publicité, autour de son film sur le dos de la seule "star" Hollywoodienne du casting – sans vraiment proposer autre chose qu’un film très froid a la narration laborieuse. Le final ridicule semble lui tout droit sortie d’un mauvais scénario aux ficelles éculées. Pas vraiment recommandable mais regardable tout de même.

Fractionné en deux parties The Inhabited Island est l’adaptation d’un pavé des frères Strugatsky,  romancier russes déjà adapté par Andreï Tarkovski dans Stalker. Mais de langueur métaphysique il n’est pas question dans ce blockbuster de SF trônant, du haut de ces 35 millions de dollars, comme la plus grosse production du genre dans l’histoire du ciné russe mais également comme la plus grosse barre de rire (involontaire) du festival. The Inhabited Island est l’incroyable condensé des pires clichés du ciné U.S. qu’il enquille sur un rythme frénétique en tentant vaille que vaille de raconter l’histoire d’un bon gars perdu sur une planète contrôlé par un système totalitaire qu’il va décider d’éradiquer tout seul, comme un grand. Immense what’s the Fuck la réalisation de Fyodor Bondarchuk n’est qu’une suite de scènes au montage épileptique a faire crever de jalousie Michael Bay dont il reprend la grandiloquence pompeuse amenée ici a son paroxysme le plus ultime, jetant a la gueule du spectateur médusé qui n’en demandait pas tant presque rien moins que l’équivalent du Flash Gordon de Mikes Hodges. Jump cut balancés en toutes occasion – même sur le plan d’un type au look furieusement Hitlerien descendant un escalier d’une dizaine de marches -, scènes d’action arrêtées nettes au beau milieu d’un fight, pléthore de personnages inexistants et toujours caricaturaux – les bad guys sont gratinés mais la palme, hormis le héros hors concourt, est remporté par l’indispensable potiche s’extasiant devant le spectacle d’une ville hideuse matérialisé par des CGI pouraves et roulant des yeux quand elle a peur. A ce navrant constat on rajoutera un montage aléatoire et réal d’une absolu nullité. Les ellipses sont tellement énormes qu’au bout d’un laps de temps, qui fut très court en ce qui me concerne, on abandonne tout idée de compréhension pour déguster pleinement la jouissive débilité du truc qui enchaine les idées les plus improbables. Mais la grande attraction reste le héros, du nom de Maxime, ou plutôt l’acteur qui l’incarne j’ai nommé Vasiliy Sergeevich Stepanov. Étrange croisement entre Jean Sarkozy, un cornichon et un candidat de l’île de la  tentation, Vasiliy explose tout dans le registre du non-jeu en arborant en toute circonstance un sourire d’une niaiserie cosmique: pendant la rencontre avec une sorte de loup garou devant lequel il tente de se présenter (moi Mak… sime, Maxime, tu comprends ?), en nageant, en conduisant un tank, en tirant au bazooka, pendant les scènes de fight, de dialogue… Tout le temps, partout, en toutes occasions !!! Le spectacle est permanent tant notre petit Maxime est omniprésent et souvent lié a de furtifs instants de grâce, telle cette fuite d’une zone dans laquelle il est interné et qu’il quitte au volant d’un tank aux couleurs criardes en passants sur un chant de mines, la caméra ne suivant plus le tank mais la série d’explosion qui trace le parcourt vers l’horizon et la liberté de notre très candide sauveur de l’univers. La connerie profonde du truc, son immonde facture (tout est a chié) et la drôlerie de l’ensemble font presque oublié que The Inhabited Island (que l’on ne voit d’ailleurs jamais) se traine une morale bien réac sur la sagesse des tyrans et l’inconscience de l’idéalisme démocratique, renforçant encore davantage l’absurde débilité du trucmuche (je détail pas mais ceux qui l’on vu savent de quoi je veux parler) et quelques part, on devine que derrière ce film se cache un livre d’une toute autre ampleur.

Mais je ne terminerais pas cette chronique sans passer un gros, gros bisou a la mad/escape/ex-pan/waxE team (j’ai nommé Aurélien, Christophe, Fabien, Laurent, Léo rejoins plus tard par David et sa mie) avec qui j’ai eu le plaisir de vivre ces jours de grandes aventures, qui comprenait un autre festival, le notre, avec en sélection officielle et internationale Virgins From Hell, Virus Cannibal, Le Château de Frankenstein, Le Colosse de Hong Kong, Mr. Vampire, Tetsuo et Old School (LE FOU RIRE DU FESTIVAL). See you next time les gros !!!

EDIT: Vous trouverez a cette adresse le compte rendu d’Adinaieros !

Le retour des héros !

10 avril 2010

Solomon Kane & Le Choc des Titans

de Michael J. Bassett & Louis Leterrier.

C’est donc par un "double bill" que me voici revenu, après un looongue période de disette webienne, pour vous livrer une petite bafouille sur deux métrages qui auront, chacun a leurs manières, tentés de retrouver le chemin autrefois emprunté par John Milius et Peter Jackson, avec hélas beaucoup moins de succès que leurs illustres prédécesseurs mais sans toutefois tomber dans le ratage total ou honteux.

A l’heure ou la nouvelle " adaptation" du plus célèbre personnage des écrits de Robert E. Howard ressemble de plus en plus a un gros gloubiboulga des pires décisions coutumières de l’industrie Hollywoodienne, Solomon Kane serait presque a un rayon de soleil malgré l’énorme lot de casseroles que se traine le dernier métrage du sympathique Michael J. Bassett. Variation autour des écrits Howardien, Solomon Kane se présente comme une prequel a ceux ci et tente de nous donner les origines de irascible solitaire, assez brumeuse chez Howard, ici une franche ordure poursuivit par les forces du mal avec qui l’aventurier a signé un pacte, un homme en quête de rédemption découvrant son pays natal en proie a une malédiction dont il est l’origine. Les intentions de Bassett sont excellentes, son film moins. Rejetant le second degré et l’édulcoration typique que ce genre de projet a l’habitude de subir, Bassett emploie une imagerie fantastique et une violence frontal assez rare de nos jour, en total opposition avec le gros d’une production de fantasy avant tout destiné a nos chères petites têtes blondes – et aux portefeuilles de leurs parents. En gros Solomon Kane c’est pas les bisounours chez Narnia ! Là ou le bât blesse c’est que le budget n’est manifestement pas a la hauteur des intentions d’un Bassett qui doit souvent se dépatouiller avec des CGI bas de gamme et un scénario sans surprise qui suit scrupuleusement, presque servilement, les codes du genre pour se finir sur un final emballé en deux minutes. J’aurais beaucoup aimé dire que Purefoy, absolument génial en Marc Antoine dans Rome, incarne "viscéralement" Kane  mais ce dernier, transparent pendant toute la première partie, ne trouve son rythme de croisière qu’après les meurtres de la petite communauté itinérante qui le recueil, mais sans réellement crever le plafond par la suite.

Les fans d’Howard les plus acharnés auront sans doute du mal a se retrouver dans une œuvre prenant autant de liberté avec le matériau d’origine, pas aidé par une réal parfois a la ramasse (entendre d’une grande platitude) et une production design a l’aune de la photo, globalement hideuse dès que Kane franchit le palier d’un intérieur. Mais malgré toutes ces tares, Solomon Kane reste un film attachant par sa volonté de donner un cachet authentiquement sombre, par le billet de l’évocation d’un monde rongés par le mal  intérieur de l’homme, mis a jour par les maléfices de forces infernales. Une terre aride et désolée balayée par le vent de l’obscurantisme ou la civilisation n’a aucune emprise, ou la barbarie seule fait loi.  C’est dans ces quelques instants que le souffle ténébreux des récits épiques d’Howard imprime la pellicule d’une mélancolie lancinante,  dans ces combats d’une sauvagerie sans concession rattrapant presque toujours leurs illustrations souvent quelconques. Je dis souvent parce qu’il arrive a Bassett d’avoir quelques idées de plan, de scènes ou de personnages secondaires plutôt réussis rattrapant les dégâts,  faisant de Solomon Kane une œuvre excessivement bancal mais finalement très regardable… Pour peu que l’on puisse passer ces défauts.

Sans transition, on passe au remake par Louis Leterrier du classique vieillot de Desmond Davis, une œuvre  devant son statut de film "culte" avant tout grâce aux effets spéciaux de Ray Harryhausen et a de multiples diffusions télé ayant transportées l’imaginaire de toute une génération de trentenaires, alors de sales mioches au goûts déjà déviants,  dans l’univers foutrement fascinant de la mythologie grecque, de son fabuleux bestiaire et de ces trépidantes histoires de héros.

Absolument pas égaux en terme budgétaire, Le Choc des Titans partage pourtant nombre des défauts du film de Bassett. Remodelant la plupart des éléments d’origine, Louis Leterrier et ces scénaristes suivent néanmoins fidèlement la trame qui servit a la version de 1981: Persée devra affronter et vaincre le Kraken, mais avant cela il devra affronter nombre d’épreuves, la plus mortelle étant de récupérer la tête de Méduse, une ancienne beauté maudite par les dieux capable de transformer en statut de pierre n’importe quelle créature vivante osant affronter son regard. Il serait ici assez fastidieux de lister ces variations, mais les plus notables portent principalement autour de la haine que les hommes portent aux dieux et sur les conséquences des actes de ces derniers envers leurs "créations" – la transformation de Méduse, violé par Poséidon et rejetée par Athéna et de Calibos, "beau père" de Persée maudit par Zeus et transformé en bras armé d’Hadès afin de contrecarrer la quête du jeune héros. L’autre modification portent sur les motivations de Persée qui ne souhaite pas vraiment sauver Andromède des baveuses attentions du Kraken, mais tailler un costard a Hadès qui a assassiné ces parents adoptifs. J’ai particulièrement apprécié certains détails d’ordre visuel tel que l’antre de Calibos, le design de Charon (le passeur du Styx fusionné avec sa sinistre nef, un agglomérat d’épaves tracté par des âmes damnés), les reliquats de l’ancienne beauté de Méduse, l’introduction d’éléments tout droit issue de la mythologie moyen-oriental (les guerrier-sorciers Djinns). En fait tout Le Choc des Titans porte la volonté de Leterrier de réaliser un authentique film d’aventure mythologique premier degré, loin des bouffonnerie du trio Bruckheimer/Verbinski/Deep ou des velléités guerrière de ce gros bouseux de Snyder, l’amour sincère d’un réalisateur pour la culture populaire dans la définition la plus noble qui soit, clairement le réalisateur se fait plaisir et réalise son Seigneur des Anneaux.

Le problème est que, a l’instart de Bassett et Solomon Kane, les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Leterrier semble comme paralysé devant le sujet et peine a insuffler une dimension humaine et, plus grave, un souffle épique a son récit, nuisant assez gravement a l’immersion pourtant nécessaire. On s’étonnera d’ailleurs qu’un film d’une tel ampleur soit aussi court, a peine une heure quarante, expliquant peut être le pourquoi d’un manque de profondeur général, le temps manquant a Leterrier d’installer confortablement son film et d’y poser proprement ces enjeux et personnages. Le casting était à la base plutôt alléchant mais l’interprétation reste globalement figé, mis a part Mads Mikkelsen toujours uber charismatique et Alexa Davalos qui, malgré un temps a l’écran assez réduit, réussi en quelques regards a faire passer le drame d’une jeune fille promise a une mort hideuse. On passera sur le look What’s the Fuck des Dieux – essayez d’imaginer des Saint Seiya vieux,  bedonnants et permanentés évoluant dans un Olympe  circoncit a une unique salle, étonnant mélange entre un salon de coiffure tendance et un hall de gare et vous aurez une étendu des dégâts – , des Djinns tout  droit sortie d’un gros Z rital, sur l’interprétation grandiloquento/grotesque de Ralph Fiennes, sur un design pas toujours très réussi (Argos et ces habitants sont une véritable horreur), des CGI pas toujours au top et sur un happy end de merde pour se focaliser sur ce qui constitue a mon sens les principaux défauts du Choc des Titans: son incapacité a installer de réels enjeux dramatiques – les exemples les plus flagrants sont la réalisation de la prophétie des sorcières sur la "mort" de Persée, le traitement de Calibos qui passe du stade de Némésis a celui de simple boss de fin de niveau et un changement de propos assez radical, passant d’une guerre ouverte contre les dieux a un consensus mou très Matrixien – , une incapacité a maintenir le niveau atteint par certaines scènes vraiment excellentes : le combat contre les scorpions big maousses, les sanglantes interventions de Calibos, le flash back qui décrit son origine, toute la scène – franchement mortel – situé aux Enfers (Styx + Méduse), le combat final entre les avatars d’Hadès pour empêcher Persée d’utiliser la tête de Méduse contre le Kraken. Leterrier montre, au détours de certains plans magnifiques, une véritable inspiration malheureusement contrebalancée par des scènes d’expositions laborieuses assez pénible dans leurs banalités. Mis a part la partie situé aux Enfers, toutes les scènes d’action sont parasitées par un vrai problème de lisibilité du découpage qui ne doit rien, pour une fois, a la sempiternel shaky cam que Leterrier a le bon goût d’éviter, mais a un montage trop cut dommageable dans le sens qu’il rend quelque peu brouillonnes ces scènes. Un manque de lisibilité pas vraiment aidé par une 3D artificiel et totalement dispensable, qui a en outre une sale tendance  a enlaidir la texture visuel général. C’est donc là aussi un film bancal dont il s’agit, une œuvre néanmoins attachante pour son honnêteté et pour certaines qualités qui en font un film a voir de toute façon pour tout amateurs de fantasy mythologique.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.